La droite française serait-elle maudite ? On pourrait le croire. En tous les cas, il semble bien qu’elle soit restée « la plus bête du monde ». Après s’être, pendant de longs mois, déchirée, ridiculisée, déshonorée avec son combat de coqs-chefaillons qui a opposé Fillon et Copé pour prendre la tête de l’UMP, voici qu’elle remet ça à propos de sa primaire pour les municipales de Paris. On pensait que le désastre de l’élection à la présidence du parti avait servi de leçon et tout paraissait bien préparé pour que l’UMP désigne sereinement son candidat pour affronter Anne Hidalgo l’année prochaine. Voulant faire preuve de démocratisation et s’inspirant de l’expérience réussie du PS pour la présidentielle, l’UMP organisait une primaire pour que ses militants mais aussi ses sympathisants choisissent, par internet, celui (ou celle) qu’ils souhaitaient voir tenter de reconquérir la capitale. Il faut dire que ceux dont on avait évoqué les noms, François Fillon et Jean-Louis Borloo, s’étaient curieusement « dégonflés ». L’ancien Premier ministre qui avait pourtant abandonné, lors des dernières législatives, sa circonscription sarthoise (peut-être un peu compromise) pour s’implanter à Paris, préférait visiblement, à la réflexion, se réserver pour la présidentielle de 2017 alors que l’ancien ministre de l’Ecologie préférait, lui, s’adonner à l’organisation d’une formation centriste qu’il nous annonçait, sans doute entre deux verres, comme devant devenir « le premier parti de France ». En fait, l’un et l’autre redoutaient qu’un échec à Paris ne compromette sérieusement leurs chances pour l’avenir. Mais ils prouvaient, par là-même, un manque évident de combativité pour ne pas dire de courage car il était certain qu’une victoire parisienne aurait permis à l’un de se présenter en patron de la droite pour 2017 ou à l’autre de redonner un semblant de vie au centrisme. Chirac n’avait pas hésité, en 1977, à affronter les sondages, Giscard et Michel d’Ornano pour partir à l’assaut de la capitale et faire triompher le RPR naissant, ce qui lui avait plutôt bien réussi par la suite. C’est, bien sûr, ce dont s’est souvenue Nathalie Kosciusko-Morizet qui, profitant du forfait des deux « ténors aphones » et ne doutant de rien, a jailli de sa boite de Longjumeau, comme un petit diable, et s’est imposée, parce qu’elle a un culot fou, qu’elle est une femme, qu’elle est encore jeune, qu’elle est bourrée de diplômes et qu’elle a toujours su plus ou moins naviguer prudemment entre une droite « de bon ton », une écologie assumée et un libéralisme « sociétal » sans doute de façade, le tout avec un sourire peut-être un peu figé qui cachait mal la longueur de ses dents de carnassière. L’affaire semblait entendue. Face à une Anne Hidalgo, à la fois fade et épouvantablement sectaire, imposée par Delanoë, et bénéficiant du rejet dont ont désormais à souffrir les socialistes, NKS pouvait bel et bien avoir ses chances. Mais la droite française reste, en effet, la plus bête du monde. Personne n’avait jamais entendu parler de ce Pierre-Yves Bournazel, illustre inconnu au joli nom (il lui manque cependant la particule), modeste conseiller régional, ancien conseiller de François de Panafieu et de Rachida Dati et qui n’avait strictement aucune chance ni pour la primaire ni a fortiori pour l’élection de l’année prochaine. Mais il vient de se faire, pour quelques jours, un nom en affirmant qu’il y avait des tricheries dans ce scrutin et en exigeant la suspension du vote. Personne ne sait, pour l’instant, pour qui « travaille » le bonhomme si ce n’est, bien sûr, pour Hidalgo. Mais il est évident qu’en faisant son éclat, le petit Bournazel gâche le succès prévisible de NKS et, plus grave encore, accuse ouvertement l’UMP de n’avoir toujours pas renoncé aux magouilles, aux combines et aux scrutins truqués qui, aux yeux de l’opinion, font de ce parti qui prétend être l’héritier de de Gaulle un ramassis de voyous. Cette primaire prenait déjà des allures de « flop » puisque moins de 20.000 parisiens s’étaient inscrits pour voter ce qui prouvait une évidente défiance (et le mot est faible) de l’électorat parisien de droite pour l’UMP. Avec ces accusations d’un des concurrents, cela tourne au fiasco. NKS à laquelle on reprochait déjà d’avoir abandonné Longjumeau, d’être « trop chic » pour séduire les arrondissements les plus populaires de la capitale et surtout de s’être abstenue lors du vote de la loi sur le mariage homosexuel (ce qui fut une erreur), va maintenant être accusée, sans doute très injustement, d’être une tricheuse et tous les candidats de l’UMP aux prochaines municipales vont avoir à souffrir de cette même suspicion. Tout cela parce que l’UMP n’a pas de chef capable de tenir les troupes et, sans doute aussi, parce que la droite dite républicaine a perdu son âme.

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