Après Pierre Estoup, l’ancien magistrat qui faisait partie des trois « arbitres » dans l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais, ce sont maintenant Stéphane Richard, actuel PDG d’Orange mais ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère des Finances, et Jean-François Rocchi, ancien président du Consortium de Réalisation qui devait régler la succession du Crédit Lyonnais, qui sont mis à leur tour en examen pour « escroquerie en bande organisée » dans cette affaire Tapie. On peut croire qu’en accusant ces trois personnalités d’« escroquerie en bande organisée », comme des truands de haut vol, les magistrats ont un certain nombre d’éléments prouvant leur culpabilité. Mais il est évident que « la bande d’escrocs » (si « bande d’escrocs » il y a, car n’oublions jamais la présomption d’innocence) ne se limitait pas à ce trio. D’abord, Estoup était entouré de Pierre Mazeaud, ancien ministre et ancien président du Conseil Constitutionnel, et de Jean-Denis Bredin, avocat et membre de l’Académie française. Ensuite et surtout, jamais Richard, simple directeur de cabinet, n’aurait pu accepter la procédure arbitrale sans, au moins, l’accord de sa ministre. Et il est invraisemblable que Rocchi, censé défendre les intérêts de l’Etat, ait approuvé cette solution de « justice privée » sans en avoir reçu l’ordre « d’en haut ». Pour l’instant, on évoque comme « chef de bande », Claude Guéant alors secrétaire général de l’Elysée. Mais, là non plus, personne ne peut croire un seul instant que Guéant n’ait pas, pour cette affaire hautement sensible, pris des instructions « encore plus haut ». Et on en arrive aussitôt à Nicolas Sarkozy en personne qui, tout comme Guéant d’ailleurs, commence à être submergé d’affaires qu’on déverse à flots sur lui. Mais pourquoi diable Sarkozy aurait-il fait en sorte que l’ancien ministre de Mitterrand, tôlard à ses heures perdues, finisse par toucher 403 millions de la République, même s’il parait évident que le Crédit Lyonnais l’ait roulé dans l’affaire Adidas ? Certains diront que Sarkozy, excédé par les lenteurs de la justice et convaincu que Tapie était une victime, a choisi cette procédure hors normes (dans ce genre de procès) pour en finir une bonne fois pour toutes avec ce dossier et que ce n’est d’ailleurs pas lui qui a fixé le montant de la somme qu’a touchée Tapie. Ces arguments ne tiennent pas. Alors ? Sarkozy a-t-il été séduit, comme l’avait été Mitterrand, par le bateleur de foire ? Mitterrand s’amusait de ce genre de personnages et se croyait tout permis, même de nommer ministre un pareil individu. Sarkozy, lui-même personnage de roman, ne s’amuse pas des mêmes choses. Il faut donc imaginer des liens particuliers entre les deux hommes. Ancienne et éphémère « star » du parti radical, Tapie a, par là-même et de toute évidence, de nombreuses amitiés au sein de la franc-maçonnerie, s’il n’en est pas lui-même un « frère ». Or, on a tort de croire que les « loges » ont totalement perdu le pouvoir qu’elles avaient sous les IIIème et IVème Républiques. Elles sont revenues en force dans l’arène politique avec l’entrée de Mitterrand à l’Elysée en 1981. Hernu, Dumas, Charasse, on ne comptait plus les « frères » au coeur même ou dans l’entourage immédiat du pouvoir. Ils y sont restés. Même si le fameux secret est toujours gardé, tout le monde sait que Sarkozy avait, à l’Elysée, autour de lui, de très nombreux maçons d’Alain Bauer, ancien grand maître, à Xavier Bertrand qui a fait son coming-out, en passant par Hortefeux, Balkany, Devedjian, Estrosi et… Claude Guéant lui-même. De là à imaginer que la franc-maçonnerie (qu’avait un peu fréquentée Sarkozy à Neuilly) ait joué un rôle central dans cette affaire Tapie, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir, faute de pouvoir trouver, pour l’instant, une autre explication à ce « scandale d’Etat ».

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