François Fillon n’a pas été mauvais hier soir sur la 2. Pendant plus de deux heures d’horloge, il a affirmé et réaffirmé qu’il serait bien, « quoi qu’il arrive », candidat à la primaire de l’UMP pour la désignation du candidat à l’élection présidentielle ; il a dressé un tableau apocalyptique –mais hélas réel- de la situation du pays ; il a annoncé un programme courageux avec les principales mesures qu’il mettrait en œuvre s’il était élu à la tête de l’Etat en 2017 ; et surtout il s’est présenté sous un jour nouveau. Plus souriant –et même « impertinent » selon son propre terme- et plus déterminé qu’on ne l’avait jamais vu. Si l’expression n’avait pas déjà été utilisée, on pourrait dire qu’il était animé par « une force tranquille ». Il a su, d’un revers de main, éliminer Sarkozy et Copé. Rappelant que le premier avait affirmé publiquement qu’il renonçait à la vie politique et que le second n’était qu’un tricheur. Il a répété à plusieurs reprises que, si la France et l’Europe ne réagissaient pas, notre « civilisation » disparaitrait. « L’Europe c’est le Titanic ». Ce qui est malheureusement évident. Puis, il a annoncé « la couleur » : abrogation des 35 heures et même de la durée légale du temps de travail, remplacée par des accords entreprise par entreprise, retraite à 65 ans et alignement des retraites des fonctionnaires sur celles du privé, diminution des allocations chômage, avec obligation d’une formation, suppression de l’ISF, remplacé par une taxation des bénéfices du capital, suppression de deux postes de fonctionnaires sur trois partant à la retraite, etc. Du sang et des larmes. Mais il est convaincu que les Français sont désormais capables d’entendre un langage de « vérité », mot qu’il a répété à maintes reprises et qui est sans doute un peu devenu sa marque de fabrique depuis le jour où, à peine entré à Matignon, il avait osé déclarer : « Je suis à la tête d’un pays en faillite ». Mais, hier soir, Fillon voulait surtout changer son image. Il sait que les Français le considèrent comme un docile numéro 2 (il l’a été de Le Theule, de Seguin et de Sarkozy), capable d’avaler toutes les couleuvres (ce qu’il a fait avec délectation pendant cinq ans à Matignon et ce qu’il a refait en finissant par accepter la victoire contestable de Copé à la présidence de l’UMP) et donc sans grande colonne vertébrale. Hier, il n’avait plus de mentor, parlait de Sarkozy au passé, assumait tout ce qu’il avait fait pendant cinq ans avec « son » gouvernement, tout en reconnaissant ses erreurs, préférait s’adresser désormais aux Français plutôt qu’à l’UMP et semblait bien décidé non seulement à ne plus avaler de couleuvres mais à manger du lion. En le regardant, on finissait par se dire « Après tout, pourquoi pas ? » Vu la première année de François Hollande et ce qui s’annonce pour les mois à venir, la gauche a toutes les chances d’être balayée en 2017. Or, à droite, il n’y a pas pléthore de candidats plausibles. Sauf un coup de théâtre qui ferait apparaitre soudain un nouveau visage –NKM ou Le Maire, par exemple- elle n’a que les deux frères ennemis, Fillon et Copé, à se mettre sous la dent. Copé joue la droitisation et le « flirtichonnage » avec les idées du Front National. Fillon joue le gaullisme teinté de centrisme, autant dire le vieux chiraquisme, mais avec des intonations de Thatcher, voire de Reagan, si ce n’est de Churchill. Il reconnait d’ailleurs que « la fracture » est réelle au sein de l’UMP entre fillonnistes et copéistes et répète à plaisir qu’il ne fera jamais la moindre alliance ni même la moindre concession au parti de Marine Le Pen « qui a voulu faire assassiner de Gaulle » et dont le programme est, selon lui, absurde. Si on lit entre les lignes, on s’aperçoit qu’il met implicitement Sarkozy dans le camp des « droitisateurs » de l’UMP puisqu’il a déjà affirmé que le vrai différent qui l’opposait à l’ancien président portait sur l’attitude à avoir en face du FN. Copé (comme Sarkozy à la fin de son mandat) rêve de récupérer tout ou partie des 20% des voix qui vont désormais au FN, sans se rendre compte qu’il en perd au moins autant au centre. Fillon, lui, fait le pari de croire qu’il peut gagner sans les voix de Marine Le Pen et même en se présentant comme un rempart en face du Front National. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si la droite peut gagner sans les voix de l’extrême-droite mais de savoir si, avec 20, 22 ou 25% de voix au premier tour, Marine Le Pen n’éliminera pas le candidat de la droite. Ce qu’on appelle « un 21 avril à l’envers ». Fillon prend le risque, convaincu que, dans cette hypothèse, c’est Hollande qui sera éliminé. Et Copé fait, peut-être, une erreur en s’imaginant que sa droitisation affaiblira Marine Le Pen. Mais avant le premier tour de la présidentielle il y aura la primaire de la droite. Copé est le favori des militants de l’UMP qui se sont indiscutablement « droitisés ». Fillon celui des électeurs de droite et du centre. Or, cette primaire sera « ouverte » ce qui avantage, évidemment, Fillon. Mais il reste encore près de quatre ans. Autant dire une éternité. Hier soir, Fillon a fait ses débuts…

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