Nous avions été quelques-uns –peu nombreux à dire vrai- à nous étonner de l’empressement avec lequel Hollande, Ayrault, Valls et consorts nous avaient présenté la bagarre qui, le 5 juin dernier, avait opposé, rue Caumartin, en plein Paris, une bande de skinheads à un groupe de jeunes et qui s’était tragiquement soldée par la mort d’un étudiant de Sciences-Pô de 18 ans, Clément Méric. L’enquête avait à peine commencé que les plus hautes autorités de l’Etat nous affirmaient déjà que des nervis d’extrême-droite, répondant aux appels au meurtre qu’auraient lancés les adversaires du mariage homosexuel, avaient voulu tuer de pacifiques jeunes militants de gauche. On se souvient que l’ineffable Pierre Bergé avait accusé Frigide Barjot d’être responsable de ce drame, alors que le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, sans parler d’Harlem Désir et des autres, évoquaient la menace fasciste et le danger que faisait soudain peser l’extrême-droite sur la République. Or, le soir même du drame, il semblait évident qu’on avait affaire à une vulgaire bagarre entre jeunes qui avait mal tourné. La récupération et la manipulation par le gouvernement et toute la gauche de ce tragique incident rappelaient étonnement l’affaire du cimetière juif de Carpentras quand Mitterrand et les siens avaient accusé le Front National d’être responsable, du saccage des tombes juives de cette petite ville méridionale. Quelques années plus tard, l’enquête a démontré que le parti de Jean-Marie Le Pen ne pouvait en rien être impliqué dans cette pitoyable histoire. Comme pour l’affaire de Carpentras, la gauche a aussitôt organisé des manifestations de foule à Paris et dans un certain nombre de villes de province. En hommage à la mémoire du jeune Clément Méric, bien sûr, mais surtout pour dénoncer le fascisme de l’extrême-droite et fustiger la violence que prônerait la droite en général. Dans les jours qui ont suivi, on a appris que, si les skinheads avaient bien des relations avec des groupuscules plus ou moins néo-nazis, les autres appartenaient, eux, à un groupuscule d’extrême-gauche, « le Collectif antifasciste Paris-Banlieue », qui n’hésite pas, lui non plus, à recourir à la violence dans certaines manifestations. Une photo du malheureux Méric était d’ailleurs publiée sur laquelle on le voyait au premier rang d’un défilé des « anti-fa », un foulard lui cachant le bas du visage. Un témoin ayant assisté au début de la rencontre entre les deux groupes dans un appartement où se déroulait une vente de vêtements affirmait que c’étaient Méric et ses amis qui avaient commencé à injurier les skinheads. Un autre témoin précisait que Méric et ses amis avaient attendu les skinheads devant la porte de l’immeuble. Tout laissait alors croire que c’étaient les « antifascistes » qui avaient provoqué puis attaqué les « fascistes ». Il ne s’agissait donc pas d’une attaque de nazillons contre de braves étudiants mais bel et bien d’une bagarre entre deux groupes rivaux, extrémistes et violents et le magistrat chargé de l’enquête poursuivait d’ailleurs le coupable du coup mortel, Esteban Morillo, pour « violences volontaires ayant entrainé la mort sans l’intention de la donner ». On apprend aujourd’hui que des caméras de vidéo-surveillance de la RATP ont filmé la scène et qu’on voit sur ces images Méric attaquer Morillo, de dos, puis celui-ci se retourner et pour se défendre porter un coup qui fut malheureusement mortel à Méric. Rien n’excuse, bien sûr, la mort d’un jeune garçon de 18 ans. Mais il est parfaitement scandaleux qu’avant même qu’on ait connu les circonstances exactes de ce drame les dirigeants du pays aient voulu s’en servir pour attaquer non seulement l’extrême-droite mais aussi la droite en général. Scandaleux aussi que la police n’ait pas fait état de ces enregistrements de vidéo-surveillance (que RTL vient de révéler). Un responsable a déclaré : « Nous voulions attendre que les tensions s’apaisent ». Mais c’est précisément en cachant la vérité que les tensions ne pouvaient que s’exacerber. En fait, il fallait surtout laisser au gouvernement le temps d’utiliser ce drame en le manipulant à sa guise. Avec, peut-être, l’espoir qu’en rendant ainsi la droite responsable de la mort de ce jeune garçon on ferait oublier les centaines de milliers de personnes qui avaient manifesté les jours précédents dans les rues contre le mariage homosexuel. Ce sont-là des méthodes de dictatures.

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