Tout le monde affirme que Stéphane Richard, PDG d’Orange, est un excellent patron. Les spécialistes du monde des télécommunications et son personnel –syndicalistes compris- ne tarissent pas d’éloges sur lui. Tous répètent qu’il gère parfaitement son entreprise (44 milliards de chiffre d’affaires, 170.000 salariés) et qu’il a su rétablir un climat de confiance au sein d’Orange qui avait été gravement déstabilisé par une vague de suicides. Mais un « escroc », poursuivi par la justice pour avoir agi en « bande organisée » comme l’est aujourd’hui Richard selon les termes de sa mise en examen, peut-il rester à la tête d’une telle boite ? La réponse est évidemment non. Stéphane Richard connaitra son sort lundi, à l’issue d’une réunion exceptionnelle du Conseil d’administration. Et on peut penser que, même s’il devrait pouvoir bénéficier, comme tous les citoyens de ce pays, de la présomption d’innocence, il risque fort d’être viré, les trois représentants de l’Etat (qui détient 27% d’Orange) sur les quinze membres du CA pouvant difficilement le confirmer dans ses fonctions dans l’ambiance médiatico-politique actuelle. Il y a des mots qui tuent et on a l’impression que, depuis quelque temps, certains magistrats, sans doute furieux de ne plus pouvoir envoyer leurs clients à la guillotine, n’hésitent pas à violer la langue française pour exécuter ceux qui ont le malheur de tomber entre leurs griffes. L’enquête dira, peut-être, un jour, si Stéphane Richard a voulu, alors qu’il était le directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l’Economie, avantager scandaleusement Bernard Tapie dans l’affaire du Crédit Lyonnais ou s’il s’est contenté d’obéir aux ordres de sa ministre ou s’il a reçu des instructions de Claude Géant alors secrétaire général de l’Elysée. Il n’est, de toute évidence, qu’un des rouages dans cette machine infernale qui a permis à Tapie (qui avait été lésé, tout le monde le reconnait, par le Lyonnais) de récupérer 403 millions, payés par les contribuables. Il a peut-être, avec beaucoup d’autres dans cette affaire, commis une erreur, une faute, voire même un délit et il est donc parfaitement normal que la justice « examine » son cas comme celui de tous ceux qui ont été impliqués dans cette affaire. Mais de-là à en faire un « escroc » qui aurait agi « en bande organisée », c’est-à-dire un grand truand qui aurait, avec ses complices armés de mitraillettes, attaqué une banque ou organisé un trafic international de drogue, il y a, évidemment un gigantesque pas que nos magistrats n’auraient jamais dû franchir. Il y a quelques semaines, un petit juge bordelais, Jean-Michel Gentil, a entamé des poursuites contre Nicolas Sarkozy pour « abus de faiblesse » dans le cadre d’une enquête sur le financement de la campagne présidentielle. Comme si l’ancien président, tel un loubard de banlieue, avait violenté la vieille dame pour lui « piquer son fric ». Il est vrai qu’en raison de la prescription, le méchant Gentil ne pouvait plus poursuivre Sarkozy pour un éventuel financement illégal de sa campagne. Mais les mots ont un sens. Sarkozy a, peut-être, reçu des fonds de Liliane Bettencourt qui, de tout temps, a aidé financièrement la droite. Mais il n’a évidemment pas eu besoin d’« abuser de la faiblesse » de la femme la plus riche de France. Richard a, peut-être, participé, à son niveau, à une opération contestable qui a permis à Tapie de toucher son pactole. Mais il n’est évidemment pas un « escroc ». Et, si on peut être sévère sur la conception que Nicolas Sarkozy se faisait du pouvoir, on ne peut tout de même pas, quand on est un magistrat de la République, accuser l’ancien président de la République, l’ancienne ministre de l’Economie, son ancien directeur de cabinet, l’ancien secrétaire général de l’Elysée et quelques autres d’avoir formé « une bande organisée d’escrocs ». Même si l’on pouvait sans doute retrouver tous leurs noms sur le « mur des cons » que des magistrats avaient cru devoir afficher dans les locaux de leur syndicat. En voulant déshonorer quelques personnalités de « l’ancien régime », avec des mots « assassins », ces magistrats décrédibilisent totalement la justice française qui n’en avait déjà pas besoin. Veulent-ils complaire ainsi au pouvoir d’aujourd’hui ? C’est vraisemblable. Les Français sont étonnés de voir que leur justice se limite désormais à un combat entre une « bande de cons » (ceux qui ont inscrit ces noms sur le fameux mur du même nom) et une « bande d’escrocs ».

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