Le 18 juin, c’est aujourd’hui et c’est une jolie date. Il parait que les jeunes générations ne savent pas ce que cela veut dire et ignorent tout de l’appel qu’a lancé, il y a soixante-treize ans jour pour jour, un général de brigade (à titre temporaire) réfugié à Londres, alors que la France sombrait dans le pire des drames de son histoire. Il est bien dommage qu’on ne leur ait pas appris que de Gaulle avait, ce jour-là, non seulement sauvé l’honneur mais démontré que, même au fond du gouffre, un pays pouvait refuser l’inexorable. Pour peu, bien sûr, qu’il y ait un homme, même solitaire, avec un minimum de volonté. La situation de la France d’aujourd’hui n’est, évidemment, pas comparable avec celle de la débâcle de 1940. Nous n’avons pas été écrasés par les panzers de Guderian… mais par la crise et la mondialisation. Nous n’avons pas des centaines de milliers de prisonniers… mais trois millions de chômeurs. Le pays n’est pas couvert de ruines… mais de zones industrielles en jachère. Nous n’avons pas capitulé dès Munich… mais depuis des années à Bruxelles. Les Français ne sont pas défaitistes… mais désespérés. Et ce n’est pas Pétain qui est au pouvoir… mais les héritiers du Front Populaire qui sont revenus. Aux yeux des « experts » de l’époque, de Gaulle n’avait aucune chance de l’emporter et personne n’aurait pu croire un seul instant, en l’entendant, le 18 juin 40, à la TSF de la BBC, que cinquante mois plus tard, il descendrait les Champs-Elysées en vainqueur, dans Paris libéré. Pour les petits-fils de ces mêmes experts, la France d’aujourd’hui n’a aucune chance de s’en sortir. Ecrasée par sa dette et ses déficits, avec un état-major en déroute, une armée de dirigeants incapables, des régiments de fonctionnaires inertes, un matériel obsolète, une population qui ne croit plus à rien et qui s’accroche aux congés payés et à tous les avantages acquis, la France est condamnée à capituler et à devenir une province pauvre de l’Europe dirigée par Berlin. De Gaulle, pour en revenir à lui, avait l’habitude de dire que le drame de la France était que les Français s’imaginaient toujours qu’au tout dernier moment Jeanne d’Arc allait arriver de Domrémy et qu’en l’attendant ce peuple de vaux préférait se la couler douce, même au milieu de toutes les catastrophes. De Gaulle qui, lui-même, était arrivé de Colombey avait raison. Nous sommes en pleine catastrophe, le chef de l’Etat qui a fait le don de sa personne au pays capitule devant tous ses ennemis de la veille, l’Etat-major se chamaille, se contredit et se ridiculise en affirmant que nous vaincrons parce qu’ils sont les plus forts, toutes nos lignes sont enfoncées et les Français s’apprêtent à partir pour l’exode estival. Personne n’attend ni Jeanne d’Arc ni de Gaulle. Ce qui tombe bien d’ailleurs puisque sœur Anne ne voit rien venir à l’horizon. Le troupeau des vaux semble s’est mis en rangs pour être conduit à l’abattoir. A croire que, cette fois, la France a perdu la guerre.

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