Les commentateurs ne parlent plus que de cela et il parait que le gouvernement s’en inquiète aussi. Le mécontentement des Français se…. « radicaliserait ».
Certains voient dans l’ampleur et la multiplication des manifestations contre le mariage des homosexuels ainsi que dans ce qui ressemble à des appels à l’insurrection de la gauche de la gauche des signes inquiétants qui laisseraient entendre qu’un nombre grandissant de nos compatriotes ne se contentent plus de rejeter Hollande dans les sondages et qu’ils n’auraient pas l’intention d’attendre les municipales de l’année prochaine pour faire part de leur… désappointement.
Comment s’étonner de cette rage des Français devant l’incurie de ceux qui nous gouvernent ? Aucune de promesses du candidat Hollande de « ré-enchanter le rêve des Français » n’est tenue et tout va de plus en plus mal, à un rythme encore supérieur à celui que nous avait imposé Sarkozy. Le chômage va bientôt battre tous les records précédents et c’est déjà fait pour les prélèvements obligatoires, avec 46,3% du PIB cette année et 46,5% l’année prochaine.
Or, devant cette ambiance qu’on pourrait presque qualifier de « prérévolutionnaire », le pouvoir reste sourd, inaudible, inerte, la bouche de travers et les bras ballants.
Dans des situations similaires (mais moins graves) Mitterrand avait su faire le virage de la rigueur et remplacer Mauroy par Fabius et Chirac n’avait pas hésité à faire une dissolution. Si nos institutions garantissent la stabilité du pouvoir, elles offrent trois échappatoires en cas de crise et de blocage : le changement de gouvernement, la dissolution et le référendum. Avec, bien sûr, pour les deux dernières solutions, tous les risques qu’elles comportent.
Visiblement, buté comme pas deux, le président de la République préfère faire le dos rond en s’imaginant, sans doute et bien naïvement, que « les choses » finiront par se calmer d’elles-mêmes pour peu que la croissance redémarre aux Etats-Unis ou ailleurs.
Mais « les choses » en question ne se calmeront jamais d’elles-mêmes car elles ont pour nom la déliquescence de notre économie et celle de l’Etat à quoi s’ajoute maintenant un rejet viscéral du pouvoir en place.
Ce qui est nouveau –et, en effet, inquiétant- c’est que l’opposition classique qui devrait avoir un boulevard devant elle est tout aussi inaudible, inerte et autant dire inexistante que le pouvoir.
Ne pensant déjà qu’à la présidentielle de 2017, voire même à celle de 2022, et entendant donc ménager le (petit) électorat homosexuel, les ténors de l’UMP ont raté la marée populaire qui se levait contre le mariage dit « pour tous ». Ils sont restés sur le bord du trottoir en regardant défiler la foule. Ils n’ont pas compris que si des millions de Français entendaient protester contre ce chamboulement de notre société qu’on leur imposait ils voulaient aussi profiter de cette occasion pour exprimer leur immense ras-le-bol contre une politique qui aggravait considérablement leur situation sans pour autant donner au pays la moindre chance de redressement.
Du coup, l’opposition, la vraie, est dans la rue, sans chef, sans organisation, sans autre programme que de crier « Hollande démission ». Et forcément, devant le mépris que lui jette au visage le pouvoir, elle se radicalise.
Quant à l’autre opposition, celle de l’extrême gauche, elle en fait tout autant avec un Mélenchon qui se prend pour Beppe Grillo, le clown qui a raflé 25% des voix et 108 sièges sur 617, lors des dernières législatives italiennes.
Certains évoquent un nouveau « mai 68 », notre dernière « révolution ». Mais cela n’a rien à voir. Mai 68 était un monôme de petits bourgeois nantis rapidement récupéré par les syndicats (encore puissants à l’époque) qui ne voulaient pas casser la baraque mais négocier avec un vrai pouvoir (de Gaulle et Pompidou).
Les mécontents d’aujourd’hui ne veulent pas trouver « la plage sous les pavés » et interdire qu’on interdise. Ils veulent le changement qu’on leur avait promis, pas celui de la société mais celui de leur vie personnelle qui est faite désormais de privations quotidiennes, de dégringolade sociale, d’angoisse pour l’avenir immédiat.
Les foules qui défilent ces jours-ci dans les rues ressemblent beaucoup moins aux étudiants de 68 qu’aux sans-culottes de 1789, toutes proportions gardées, bien sûr. Elles demandent la tête du Roi, la fin des privilèges et entendent bien détruire un bon nombre de Bastilles. Mais surtout elles veulent « du pain ».
Oui, elles se radicalisent. Or, ce genre de mouvement, on ne s’aperçoit jamais quand ça commence et on sait encore moins comment ça finit.

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