Si l’on en juge par les premières réactions aussi bien dans la presse que dans les milieux politiques (on attend avec impatience les prochains sondages d’opinion) François Hollande n’a convaincu personne avec son « choc de moralisation ». Pas plus, d’ailleurs, qu’il n’avait semblé crédible avec son « choc de compétitivité » ou son « choc de simplification ».
Pour les uns, il parle pour ne rien dire. Pour les autres, il n’est même pas audible.
Il est vrai que ses idées sur la transparence du patrimoine des élus, l’incompatibilité de certaines professions avec un mandat de parlementaire et la lutte contre les paradis fiscaux n’ont rien de très nouveau et qu’on voit mal comment elles pourraient être mises en œuvre.
Mais le pire, bien sûr, c’est que plus personne ne croit un seul instant en ce que peut dire, affirmer, annoncer, promettre le président de la République. Le chef de l’Etat est totalement décrédibilisé.
L’affaire Cahuzac l’a, bien sûr, terrassé. Comment, lui qui avait fait de la chasse aux riches et de la moralité publique son fonds de commerce, avait-il pu nommer ministre du Budget un fraudeur-menteur qu’on peut, en plus, soupçonner d’avoir touché des pots-de-vin? La naïveté poussée à ce point relève de la bêtise la plus crasse. A moins qu’il n’ait été au courant et qu’il ait préféré fermer les yeux…
Mais le « tsunami Cahuzac » n’est, en fait, qu’une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Pratiquement tous nos présidents ont eu leur(s) scandale(s) : l’affaire Bettencourt, la cassette Méry, les Irlandais de Vincennes, le Rainbow warrior, le suicide de Grossouvre dans son bureau de l’Elysée, le Crédit Lyonnais, la mort de Boulin, l’affaire de Broglie, et la liste pourrait s’allonger à l’infini. A chaque fois, le trône présidentiel vacillait quelques jours mais « le patron » savait reprendre la main parce qu’il était un patron précisément.
Ce qui a coulé, semble-t-il définitivement, François Hollande ce ne sont pas les turpitudes de Cahuzac mais ces dix mois de pouvoir pendant lesquels non seulement il n’a, mis à part le mariage pour les homosexuels, tenu aucune de ses promesses, sur le chômage, les déficits, le pouvoir d’achat, la ré-industrialisation du pays, mais pendant lesquels il a surtout fait preuve de sa totale incapacité à fixer un cap précis, à choisir entre l’austérité et la croissance, à tenir son équipe d’amateurs, à faire face à Angela Merkel, à « ré-enchanter le rêve français ».
Tout le monde répète aujourd’hui que l’affaire Cahuzac a provoqué une grave « crise morale » dans le pays. C’est faire beaucoup d’honneur à l’ancien ministre du Budget. La crise morale existe depuis bien longtemps. Depuis qu’on ne sait plus ce que c’est que d’être français, quand on n’en a pas honte. Depuis que tout se délite dans le pays, l’économie, les services publics, l’école, les hôpitaux, etc. Depuis que les jeunes n’ont le choix qu’entre l’émigration ou Pôle-Emploi.
Certains avaient naïvement cru que François Hollande, avec ses allures de bon gros et son discours de social-démocrate, allait nous redonner le moral avec un peu de morale et surtout une vision claire de l’avenir du pays et une farouche détermination à mener toutes les « révolutions » qui s’imposent pour que nous ayons une chance de remonter à la surface.
Moins d’un an après son entrée à l’Elysée, ils s’aperçoivent que ce benêt qui ne savait pas ce qu’il voulait si ce n’est accéder à la magistrature suprême est un incapable. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un pantin désarticulé.
Les uns sont déçus, les autres qui ne se faisaient aucune illusion ne triomphent pas pour autant. Tous sont désespérés.

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