Exiger de nos élus qu’ils rendent public leur patrimoine est une idée plus compliquée qu’il n’y parait.
D’abord, il faudrait que cette publication soit faite « avant » les élections afin que les électeurs sachent à qui ils ont affaire, ce qui, vu le nombre de candidats qui se présentent à tous nos scrutins, semble difficile. Ensuite, bien sûr, il faudrait vérifier la véracité des chiffres avancés. Les tricheurs sont souvent des menteurs. Ensuite encore et surtout, il faudrait surveiller l’évolution de ce patrimoine tout au cours du mandat de l’élu car, bien sûr, le seul problème est de savoir si cet élu s’est, ou non, enrichi pendant (et grâce) à son mandat. Cette surveillance serait sûrement difficile à mettre en œuvre. Enfin, il ne faudrait pas que cet étalage serve à discréditer les candidats possédant quelques biens.
En démocratie, même « les riches » ont le droit de se présenter aux suffrages de leurs concitoyens. D’ailleurs, certains veulent croire que ceux qui ont déjà de l’argent seront moins tentés que les autres à « piquer dans la caisse », ce qui n’est pas prouvé. D’autres estiment qu’un homme qui a su faire plus ou moins fortune dans le privé peut avoir de meilleures compétences qu’un autre pour gérer la collectivité, ce qui n’est pas impossible.
On se plaint, à juste titre, de voir notre scène politique envahie par les énarques et les fonctionnaires. Exiger de nos candidats un « certificat de pauvreté » c’est, évidemment, éliminer une bonne partie de ce qu’on appelle « la société civile » et donc des hommes qui ont su se coltiner avec les réalités économiques, contrairement aux apparatchiks et aux enseignants qui ne sont jamais sortis de leur bulle confortable et pour lesquels la politique semble moins être une vocation, voire un sacerdoce qu’un filon professionnel.
En France, on considère volontiers que nos hommes politiques sont tous des « pourris », ce qui est, bien sûr, excessif, et que ceux qui ont plus ou moins « réussi » dans la vie sont forcément des « escrocs », ce qui n’est pas toujours le cas. Tant que les Français n’auront pas décomplexé leurs relations avec l’argent, qu’ils n’auront pas avoué qu’ils rêvent, tous, de gagner au loto et qu’ils possèdent, tous ou presque, des bas-de-laine quand ce ne sont pas des lessiveuses, il sera bien difficile de moraliser notre vie politique.
Ne sachant pas quoi inventer pour faire oublier « le tsunami Cahuzac » qui lui a porté une sorte de coup de grâce, François Hollande improvise dans l’affolement des textes qui relèvent plus de la démagogie que de la réflexion.
Il oublie que nous avons déjà une abondante législation qui condamne la corruption, la fraude et les détournements de fonds publics. Il oublie que, depuis la nuit des temps, les Dix Commandements affirment notamment : « Tu ne voleras pas », « Tu ne feras pas de faux témoignages », « Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain ». Sans parler des Sept péchés capitaux définis par le pape Grégoire en l’an 600 qui dénonçait déjà l’avarice, l’orgueil, l’envie et même la luxure. Au lieu de pondre de nouvelles lois, on pourrait donc inscrire les Dix Commandements et les Sept péchés capitaux en prologue de notre Constitution…
Il est stupéfiant qu’en France au XXIème siècle le pouvoir soit obligé de légiférer pour rappeler aux élus qu’il ne faut pas voler.
Les Français vont apprendre dans les jours prochains que leurs ministres ne possèdent qu’un petit trois pièces à Paris acheté à crédit, une modeste masure à la campagne héritée de leurs parents, une vieille voiture cabossée et un livret à la Caisse d’Epargne. Personne ne sera dupe.
On ne demande d’ailleurs pas à nos ministres de faire pitié. On leur demande de ne plus nous faire honte et surtout de faire enfin leur métier en sortant la France de l’abime dans lequel ils l’ont précipitée.

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