Un an ou presque après la dernière présidentielle, l’IFOP a sondé les Français avec les mêmes candidats. Ce sondage IFOP-Europe 1, publié aujourd’hui, est diablement intéressant à observer.
Au premier tour, Sarkozy arriverait largement en tête avec 30% des voix, loin devant Hollande et Marine Le Pen à égalité, avec 22% chacun. Rappelons-nous que lors de l’élection, l’année dernière, Hollande avait obtenu 28,6% des suffrages, Sarkozy 27,2% et Marine Le Pen 17,9%. En moins d’un an donc, selon ce sondage, Sarkozy aurait gagné 2,8% de voix, Hollande en aurait perdu 6,6% et Martine Le Pen en aurait gagné 4,1%.
Ce « succès » de Sarkozy n’est guère surprenant. En 2012, les Français rejetaient le président sortant et, grâce au système des vases communicants, Hollande en avait bénéficié. Aujourd’hui, ces mêmes Français rejettent le président au pouvoir et Sarkozy tient sa revanche. On reproche souvent, et à juste titre, à Hollande de ne pas faire grand-chose. C’est un peu injuste. Il a tout de même réussi un exploit : il fait regretter Sarkozy.
Les Français reprochaient à Sarkozy son manque d’allure, son activisme débridé tous azimuts, son absence de résultats, les zigzags de sa politique, sa course effrénée vers les électeurs du Front National. On ne peut pas dire qu’Hollande ait une allure folle, son inertie est désespérante, ses résultats catastrophiques et personne ne comprend sa politique, au point qu’on se demande s’il a, lui-même, la moindre idée sur un cap qu’il devrait définir.
Si des sondages de ce genre se multipliaient, ils inciteraient, sans doute, l’ancien président à faire son retour sur la scène politique ce dont il rêve vraisemblablement. Mais s’il continuait à préférer écouter Carla chantonner, rien ne dit que le candidat de la droite qui le remplacerait, Fillon, Copé ou un autre, ferait un tel score, même si, bien sûr, il bénéficierait, lui aussi, du rejet du sortant.
L’effondrement de Hollande n’est pas étonnant. On pourrait même dire qu’il est amplement justifié. En un an de règne à l’Elysée, il a démontré jusqu’à l’absurde qu’il n’était pas fait pour « le job ». Mis à part le mariage homosexuel (qui a divisé, bien inutilement, les Français), il n’a tenu aucune de ses innombrables promesses, ni sur le chômage, ni sur les déficits, ni sur aucune des réformes indispensables que ce soit sur la fiscalité, le code du travail, le système de protection sociale ou les institutions.
Personne n’oserait dire qu’il a su redorer le blason de la France sur la scène internationale. Petit garçon devant Angela Merkel qu’il prétendait vouloir défier, il est ignoré, pour ne pas dire méprisé, aussi bien par Poutine que par Obama.
Et pour ce qui est de la petite politique intérieure, il est totalement incapable de tenir non seulement sa majorité mais même son gouvernement.
La surprise c’est évidemment les 4,1% gagnés par Marine Le Pen qui ne s’est pourtant pas beaucoup manifestée ces derniers mois. Elle peut donc désormais rêver de réitérer l’exploit de son père en 2002, en se retrouvant qualifiée pour le second tour. Ce sondage la met à égalité avec Hollande sur la deuxième marche du podium mais, dans les élections, il n’y a jamais deux places sur cette fameuse deuxième marche. Et on peut d’ailleurs imaginer qu’en quatre ans Hollande aura tout le temps et maintes occasions de dégringoler encore un peu plus dans l’opinion publique.
Cela dit, on doit se demander si ces 4,1% de mieux sont aussi surprenants qu’il y parait. En pleine crise économique, sociale et morale, Marine Le Pen bénéficie aujourd’hui des errements idéologiques et catastrophiques de la politique de la gauche et recueille, à profusion, des voix de la classe ouvrière qui en a assez d’être trahie par les socialistes ainsi que celles de tous ceux, de plus en plus nombreux, qui se sentent déclassés ou exclus.
Mais elle bénéficie aussi du spectacle affligeant que donne la droite classique depuis sa défaite de l’année dernière. Avec ses tricheries et ses magouilles, le combat fratricide entre Fillon et Copé a été dévastateur et a pratiquement disqualifié ses deux protagonistes. Là encore du « pain bénit » pour la présidente du F.N.
Ce sondage a aussi interrogé les Français sur ce qu’ils pensaient de François Hollande. C’est épouvantable ! Pour 86% d’entre eux, « Il n’a pas d’autorité », pour82%, « Il n’est pas capable de rassembler les Français », pour 80%, « Il ne sait pas où il va », pour 73%, « Il n’est pas compétent », pour 70%, « Il n’est pas proche des préoccupations des Français », pour 63%, « Il ne défend pas les intérêts de la France », pour 57%, « Il n’est pas sincère ». On s’étonne presque qu’avec tout cela 52% des sondés le trouvent « Sympathique » et 50% « Honnête ».
Naturellement, nous sommes encore à plus de quatre ans de la présidentielle de 2017 et beaucoup de choses peuvent changer d’ici-là. Mais on ne voit ni comment la situation de la France et des Français pourrait s’améliorer ni comment Hollande qui, avec une image déplorable, bat tous les records d’impopularité, pourrait remonter dans l’estime des Français.
Comme aurait pu dire Chirac : « Putain, encore quatre ans ! »

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