On comprend que François Hollande, Jean-Marc Ayrault, le gouvernement, la majorité parlementaire, le PS et la gauche en général soient un peu gênés aux entournures après les aveux de Jérôme Cahuzac qui vient, évidemment, de déshonorer tous ses « camarades » et de jeter un épouvantable discrédit sur tout notre personnel politique.
A leur place, on ne saurait pas quoi dire et on se contenterait sans doute de faire le dos rond. Mais, très curieusement, à l’Elysée, à Matignon et dans ce qu’on appelle « les allées du pouvoir », on n’est jamais à court d’arguments, fussent-ils plus fumeux les uns que les autres.
Hollande et Ayrault tentent de se dédouaner en répétant « en boucle » qu’ils ne savaient pas et qu’ils ne pouvaient pas imaginer une seule seconde que leur « ami Jérôme » ait pu leur mentir « les yeux dans les yeux ». Quant aux autres copains de l’ami Jérôme, ils ont trouvé encore mieux. A les en croire que ce ministre-vedette que certains annonçaient déjà à Matignon ait pu être mis en examen comme un vulgaire voleur de poules prouve que, grâce à la gauche, la justice peut enfin faire son travail. On croit rêver !
Ces deux arguments ne tiennent pas plus l’un que l’autre.
Un président de la République et un Premier ministre ne peuvent pas raconter qu’ils ignoraient totalement ce que de simples journalistes ont découvert sans avoir, eux, tous les moyens « d’investigation » dont dispose le pouvoir.
Médiapart n’a bénéficié que de dénonciations de délateurs qui voulaient faire tomber Cahuzac. L’Elysée et Matignon ont à leur disposition des centaines de fonctionnaires dont le métier est de fouiner dans les dossiers douteux. Sans parler des services secrets, Hollande et Ayrault n’avaient qu’à demander aux gens spécialisés à Bercy, à l’Intérieur ou ailleurs d’éplucher les comptes de Cahuzac. On veut d’ailleurs espérer qu’ils l’ont fait et que quand le Premier ministre a demandé à Cahuzac de démissionner, il savait déjà tout et depuis longtemps.
Quant à dire que, grâce à la gauche, la justice a pu faire son travail c’est, évidemment, se moquer du monde. Ce n’est pas la justice qui a révélé ce fameux compte à l’étranger du ministre du Budget. Ce n’est pas la justice qui a sorti l’incroyable enregistrement de la conversation téléphonique au cours de laquelle Cahuzac affirme aussi froidement que vulgairement : « Cela me fait c… d’avoir un compte à l’étranger » et « L’UBS n’est pas la meilleure des banques pour planquer son fric ». C’est Médiapart et il est plus que vraisemblable que nos juges n’auraient jamais ouvert une information judiciaire contre le ministre fraudeur et sans doute véreux sans les révélations et l’acharnement du site d’Edwy Plenel (qu’on peut de ne pas apprécier en se souvenant notamment de sa jeunesse trotskiste ou de l’époque pendant laquelle il codirigeait Le Monde avec son complice d’alors Colombani).
En fait, Cahuzac s’imaginait, peut-être comme beaucoup d’autres, pouvoir bénéficier de l’indulgente compréhension de ses amis au pouvoir et de la respectueuse docilité de nos magistrats qui ont, bien souvent, su fermer pudiquement les yeux quand il s’agissait de délinquants de gauche.
Mais l’internet et sa puissance dévastatrice ont peut-être mis un terme à une époque où les puissants pouvaient se croire tout permis, garantis qu’ils étaient de l’impunité que leur assuraient une justice aux ordres et une presse à la botte.
On peut, par exemple, se demander si aujourd’hui un Roland Dumas s’en sortirait aussi bien qu’à l’époque où de lourds soupçons pesaient sur son intégrité…

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