Le nouveau pape est, évidemment, sympathique. Non seulement il ressemble d’une manière étonnante à Raffarin, ce qui rassure plutôt, mais sa simplicité, on pourrait même dire sa modestie, son bon sourire et sa façon de tutoyer tout le monde et de prendre dans ses bras les handicapés ne peuvent que séduire les foules.
En France, on connait mal des Argentins qu’on prend souvent pour des gauchos perdus dans la pampa et venant parfois danser le tango dans les bas-fonds de Buenos-Aires. C’est un peu succinct. Un humoriste les avait mieux définis. « Les Argentins sont des Italiens mâtinés d’Allemands qui se prennent pour des Anglais et qui parlent l’espagnol ». Ils sont, en effet, la quintessence de la vieille Europe, avec même un petit charme des années folles de l’avant-guerre. François est un bon exemple d’Argentin, beaucoup moins « exotique » qu’on ne l’a dit, sans doute un peu moins moderniste qu’on ne le croit.
Ce qui est drôle depuis des débuts de ce pontificat c’est de voir la gauche française et notamment la presse du même nom tenter de s’approprier ce pape qui semble tant plaire aux braves gens.
Alors que certains reprochent –à tort- à l’ancien archevêque des Buenos-Aires d’avoir eu une attitude ambigüe pendant la dictature argentine, le Nouvel Observateur se réjouit de l’élection d’un pape… « de gauche ». On ne savait pas le journal de Jean Daniel passionné par la vie de l’Eglise catholique mais surtout on se demande ce qui permet à Laurent Joffrin et à nombreux de ses confrères de faire de François un homme de gauche, ce qui se veut, sans doute, flatteur sous leur plume.
Et c’est ici qu’on s’aperçoit de l’invraisemblable confusion des genres que la dictature de la pensée unique et la tyrannie du politiquement correct ont réussi à nous imposer.
D’après nos bobos parisiens, le pape serait un homme « de gauche » parce que, fidèle au message du Christ (ce qu’on ne peut pas lui reprocher), il prône la paix entre les hommes, le respect de toute créature de Dieu et surtout la charité envers les défavorisés, en s’indignant d’un monde sans pitié où l’argent a été couronné roi depuis belle lurette.
La gauche continue à penser qu’elle a « le monopole du cœur » et que la droite se réjouit de voir les « salauds de riches » écraser les pauvres qu’ils exploitent pour mieux s’enrichir. C’est un peu rapide.
Si l’on reprend l’histoire des grandes avancées sociales de notre pays, on s’aperçoit que la Sécurité sociale a été créée en 1945 et l’assurance chômage en 1958. Dans les deux cas, c’était de Gaulle qui était au pouvoir. On peut ajouter que, jadis, les « affreux bourgeois » avaient « leurs pauvres » et que c’est plutôt la droite qui a inventé « les bonnes œuvres » et pratiqué « la charité », même si on l’a accusée de « paternalisme ». La droite s’est tout autant préoccupée du sort des plus malheureux que la gauche tout en pensant, contrairement à la gauche, que ce n’était pas en ruinant les riches qu’on enrichirait les pauvres. Le clivage droite-gauche ne se fait donc pas sur ce thème-là.
Il peut sans doute mieux s’établir sur la conception que chacun se fait du mystère de la vie et de la complexité de la société. Et alors, là, le nouveau pape peut difficilement être récupéré par la gauche.
Convaincu que la vie est un « cadeau de Dieu », il est farouchement hostile à l’avortement (instauré en France par la droite de Giscard) et à l’euthanasie (promesse de Hollande dans son programme). Persuadé que la famille est la base même de la société, il s’est opposé avec l’énergie du désespoir au mariage des homosexuels quand il a été légalisé en Argentine.
Le monde dont rêve Sa Sainteté François n’a rien à voir avec celui que voudrait nous imposer l’autre François, notre président. Et ce n’est pas parce que le nouveau souverain pontife fait déjà « un tabac », mieux qu’une star du show-business, que la gauche peut en faire un des siens.
Il faudrait que cette gauche de bobos nantis finisse par apprendre qu’on peut être un honnête homme attentif aux plus déshérités et… de droite.

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