Ce n’est, bien sûr, ni l’affaire Cahuzac ni même l’affaire Guérini, mais tout de même ! On va finir par se demander dans quel monde nous vivons.
L’Express révèle que le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, personnage qu’on pouvait imaginer au-dessus de tout soupçon, n’est qu’un piètre plagiaire, un minable qui, pour se faire mousser, n’a pas hésité à recopier, en douce, des pages entières d’autres auteurs et à se les attribuer. Et, comme Cahuzac, il a fini par avouer devant le déferlement de preuves accablantes car, tel un petit voyou de banlieue (ou un ministre) il a été pris la main dans le sac.
Il y a quelques mois, le Grand Rabbin avait publié un livre réservé, il faut bien le dire, aux initiés et intitulé « Quarante méditations juives ». Manque de chance pour le rabbin, certains initiés particulièrement vigilants ont découvert, dans cet ouvrage dit « de référence » et à leur plus grande surprise, des pages entières qu’ils avaient déjà lues ailleurs, notamment dans les ouvrages de Jean-François Lyotard, aujourd’hui décédé mais qui fut l’un des meilleurs spécialistes de la pensée juive.
Bien sûr, comme Cahuzac, Gilles Bernheim a commencé par nier et même par s’indigner. Mais, quand on lui a mis les pages de Lyotard sous le nez, il a bien dû reconnaitre l’énorme plagiat. Et, pour sa défense, le saint homme n’a rien trouvé de mieux que d’accuser un troisième larron mystérieux, un « nègre » dont il n’a, bien sûr, pas révélé l’identité et auquel il aurait confié le soin de rédiger le bouquin qu’il allait signer, sans pudeur.
Sa plaidoirie pro domo est affligeante. Il déclare textuellement et sans se rendre compte du ridicule de ce qu’il dit : « C’est la seule fois que je me suis livré à un tel arrangement dans un contexte où ma charge de travail et mes obligations ne me permettaient pas de porter toute l’attention nécessaire à la rédaction d’un livre. Ce fut une terrible erreur. Ma confiance a été trahie. Je demande pardon ». C’est presque du Cahuzac dans le texte !
On ne doute pas que les « obligations » du Grand Rabbin de France soient nombreuses mais la publication d’un livre ne fait pas partie de ces « obligations » et quand il affirme que sa confiance a été trahie par son « nègre », on pourrait lui rétorquer que c’est lui qui a trahi la confiance de ses lecteurs en leur faisant croire qu’il avait écrit un bouquin qu’il n’avait sans doute même pas relu.
Ce qui est ennuyeux dans cette histoire, ce n’est pas le sort qui sera réservé aux « Quarante méditations juives » (que Bernheim fait retirer des librairies) mais le fait qu’aujourd’hui, en France, n’importe qui fasse n’importe quoi, sans le moindre complexe, sans la moindre morale, sans la moindre conception de ce qui peut se faire et ne peut pas se faire.
Le ministre chargé de pourchasser l’évasion fiscale avait un compte en Suisse, le Grand Rabbin chargé du respect de la Bible avait un nègre plagiaire.
Cela fait longtemps que les Français ne font plus aucune confiance à leurs hommes politiques mais, jusqu’à présent, ils s’imaginaient encore, sans doute naïvement, que les « hommes de Dieu » étaient intègres. Encore une illusion qui vient de disparaitre.

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