L’union nationale est une très belle idée. On l’évoque généralement en cas de catastrophe, en cas de guerre. Or, la France est aujourd’hui en pleine catastrophe avec une guerre à mener contre le chômage, l’agonie de notre économie et, pire encore, contre le dégoût de ses dirigeants, voire d’elle-même.
D’après un sondage Ifop, publié par le Journal du Dimanche de ce matin, 78% des Français souhaitent un gouvernement d’union nationale qui regrouperait des personnalités de droite et de gauche ainsi que des représentants de « la société civile ». Ils sont 89% chez les sympathisants de l’UMP et 66% chez ceux du PS.
78% c’est évidemment énorme. Cela signifie, d’abord, qu’une écrasante majorité de Français ne veulent plus du gouvernement actuel. A commencer par les 66% de sympathisants du PS. Mais que 89% de sympathisants de l’UMP souhaitent, eux aussi, un tel gouvernement prouve à quel point Fillon et Copé se sont discrédités aux yeux mêmes des leurs.
En fait, on a l’impression que, d’un côté comme de l’autre, les Français ne croient plus en leur propre camp, qu’ils renvoient dos à dos toutes les idéologies et que, écoeurés par les débats sans fin et l’alternance devenue presque automatique, ils mettent désormais dans le même sac tous les politicards qui, sur les estrades, leur ont promis monts et merveilles et qui, dès leur arrivée au pouvoir, n’ont fait que les décevoir en les trahissant.
Ne voulant plus ni de Hollande et ses amis ni de Sarkozy et les siens et n’ayant personne d’autre à se mettre sous la dent, ils en sont réduits à imaginer une équipe qui pourrait regrouper, par exemple, Hortefeux et Montebourg, Morano et Hamon, Woerth et Moscovici, avec, en prime et pour faire tout de même un peu plus sérieux, la présence rassurante d’un Louis Gallois.
Et qui veulent-ils pour diriger cette équipe de chèvres et de choux, de parapluies et de machines à coudre ? François Bayrou, 47%, Martine Aubry, 37%, Louis Gallois, 34%, Bernard Delanoë, 33%, Claude Bartolone, 29%, Ségolène Royal, 27%.
Ce palmarès est étonnant. La présence de Delanoë et de Bartolone prouve que certains se sont amusés à répondre n’importe quoi. Mais on remarque que personne n’a cité un seul homme de droite pour entrer à Matignon. Fillon et Copé devraient y réfléchir. Et le succès de Bayrou qui n’avait obtenu que 9,13 % des voix à la dernière présidentielle et qui a même perdu sa circonscription démontre à quel point les Français manquent d’hommes-recours.
En réalité, ce « rêve » d’un gouvernement d’union nationale cache (mal) le rejet massif par les Français de tout leur personnel politique. Ne voulant plus ni de la gauche ni de la droite, ils les prennent en vrac pour en faire un salmigondis providentiel.
Il va sans dire qu’un tel gouvernement, fait de bric et de broc, de soixante-huitards attardés et de nostalgiques du gaullisme, de révolutionnaires échevelés et d’adeptes du libéralisme le plus rigoureux, serait totalement incapable de faire face à la situation de la France d’aujourd’hui et que son incohérence lui interdirait de prendre la moindre des nombreuses décisions radicales qui s’imposent, d’urgence, à notre pays.
Mais cette incohérence on la retrouve aujourd’hui au sein même de chacun des deux camps. Ni à droite ni à gauche, personne n’est d’accord pour choisir entre l’austérité et la croissance, pour adopter une attitude claire face à l’Europe, pour sauvegarder ou remettre à plat « l’exception française ».
Comment alors imaginer qu’un gouvernement dirigé par Bayrou, avec Valls et Guaino, Sapin et Le Maire, pourrait faire autre chose qu’assister les bras ballants à la poursuite programmée de la décomposition de la France ?
En s’annihilant ainsi elles-mêmes, la droite et la gauche ouvriraient un boulevard à tous les extrémismes.

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