Attention, danger ! L’affaire Cahuzac a, bien sûr, remis à la mode le fameux « Tous pourris ! » et tout le monde sait maintenant qu’il y a, dans notre faune politique, quelques vrais « pourris » qu’il faudrait débusquer. Mais attention à ne pas basculer un peu vite dans la généralisation. Qu’ils soient, dans leur écrasante majorité, des menteurs et des incapables, personne ne le conteste et, d’ailleurs, ils le démontrent depuis des années. Mais qu’ils méritent tous les galères pour escroquerie, vol-à-la-tire et détournement de fonds est loin d’être prouvé.
Libération a commis, ce matin, une faute impardonnable en faisant état, sous le titre « Une possible affaire Fabius tétanise l’Elysée », de « rumeurs » qui affirmeraient (au conditionnel) que Laurent Fabius « aurait » (au conditionnel), lui aussi, un compte en Suisse.
Dans la course au scoop (et aux lecteurs), Médiapart a remporté la palme en révélant l’affaire Cahuzac. Le Monde, trottinant derrière, a sorti l’affaire Augier. Mais Libération n’avait toujours rien à se mettre sous la dent.
Chacun sait que Laurent Fabius, fils d’un grand antiquaire parisien, possède une fortune très confortable. Cela peut, par les tempos qui courent, soulever des soupçons. Mais cela n’est pas une raison pour qu’un journal étale sur la place publique et sans le moindre début de l’ombre de la plus petite preuve une rumeur qui, pour l’instant, semble tout à fait infondée pour ne pas dire absurde et que le ministre des Affaires Etrangères a démentie (ce que précise Libération).
On connaissait « l’air de la calomnie ». Nous sommes entrés dans « l’ère de la calomnie ».
Et il est bien dommage que la presse qui avait –pour une fois- fait son travail, avec Médiapart d’abord, puis Le Monde ensuite, donne soudain raison, avec ce dérapage inadmissible de Libération, à ceux qui accusent les journalistes de trainer dans les caniveaux, les poubelles et les égouts.
Libération, journal fondé par Sartre et qui se targue d’être la référence des soixante-huitards d’antan (mais qui appartient à Edouard de Rothschild) rappelle brusquement les pires feuilles de l’avant-guerre, voire de l’occupation, à mi-chemin entre le chantage et la délation calomnieuse.
Cela dit, au-delà de ce grave manquement à toute éthique professionnelle, il est frappant de voir que la presse dite « de gauche » s’est lancée aujourd’hui dans la chasse aux responsables socialistes comme si ces braves gens s’apercevaient soudain qu’il y avait aussi des Carignon, des Woerth, des Pasqua, des Santini, des Léotard, des Donnedieu de Vabres (et la liste n’est, bien sûr, pas exhaustive) sur les travées de gauche.
Tout cela sent diablement la fin de règne, avec les premiers rats qui commencent à quitter le navire.

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