Depuis des années, nos « bons maitres » nous affirment que les Français ne veulent plus du millefeuille administratif qui, avec ses communes, ses communautés de communes, ses agglomérations de communes, ses pays, ses départements et ses régions, coute une fortune, a généré l’embauche des centaines de milliers de fonctionnaires territoriaux et crée une totale confusion des compétences et des responsabilités.
Ils nous répètent que « le bon sens » voudrait qu’on supprime l’un des échelons de ce millefeuille et tout le monde pense au département dont, il faut le rappeler, la taille avait, jadis, été délimitée pour que chaque habitant puisse rejoindre la préfecture… à cheval, en une seule journée. Les Français laissant désormais souvent leur cheval à l’écurie pour prendre leur voiture, la taille des départements semble, en effet, bien petite à l’heure des grands investissements qu’impose le développement économique du pays.
Pourquoi alors ne pas supprimer ces départements ? Pour une raison toute simple et que semblent totalement mépriser nos énarques qui règnent entre le Faubourg Saint-Germain et le Faubourg Saint-Honoré : parce que les Français ne le veulent pas. Le fameux « bon sens » ne va pas dans le même sens à Paris et en province.
Le référendum, premier du genre, qui a eu lieu, hier, en Alsace et qui proposait aux habitants du Haut-Rhin et du Bas-Rhin de fondre en une seule collectivité leurs deux départements est révélateur.
Pour que le « oui » l’emporte, il fallait qu’il recueille non seulement la majorité des votes exprimés mais aussi au moins 25% des inscrits. Or, dans le Bas-Rhin, où le « oui » l’a emporté avec 67,53% des voix, 33,11% seulement des inscrits se sont déplacés pour voter alors que dans le Haut-Rhin 37,18% seulement des inscrits se sont rendus aux urnes et le « non » l’a emporté avec 55,74%.
Ces 63% et 67% d’abstention prouvent, à l’évidence, que les Français se désintéressent totalement de toute réforme des institutions et qu’ils ont actuellement des préoccupations autrement plus importantes en tête. La différence entre les 67,53% de « oui » dans le Bas-Rhin et les 55,74% de « non » dans le Haut-Rhin démontre, en même temps, que, chaque fois qu’on tentera de modifier l’équilibre de ces institutions, il y aura ceux qui estimeront qu’on veut les léser en leur supprimant leur préfecture, leur rectorat, leur importance et ceux qui penseront être les grands bénéficiaires de l’opération en pouvant enfin dominer leurs rivaux voisins.
Or, l’Alsace était, bien sûr, la région où ce projet de fusion semblait le plus facile à mettre en œuvre. Plus petite région de France, avec seulement deux départements, elle constitue, avec son histoire souvent dramatique et sa culture encore vivace, une entité bien définie. Mais c’était oublier que les Strasbourgeois et les Colmariens ne se sont jamais appréciés et ont toujours considéré que leur ville était la vraie capitale de l’Alsace.
François Hollande (qui n’était pas à l’origine de ce projet alsacien) veut réformer, moderniser, clarifier et même moraliser notre vie politique. C’est une très bonne idée. Mais il ne faut pas qu’il oublie une règle absolue : en démocratie, même si l’on a la vérité infuse, on ne fait jamais le bonheur des peuples contre eux.
Le président de la République possède une arme magistrale : le référendum infiniment supérieur à toutes les majorités parlementaires et à tous les sondages (les sondages nous annonçaient que le « oui » l’emporterait avec plus de 75% en Alsace !). Il doit s’en servir. Cela aurait été une bonne idée pour l’affaire du mariage des homosexuels qui a divisé bien inutilement le pays et fait descendre des centaines de milliers de Français furieux dans la rue.
Mais, bien sûr, un chef d’Etat qui perd un référendum, et quelle qu’ait été la question posée, n’a plus guère sa place à l’Elysée.
D’ailleurs, dès ce matin, certains commentateurs affirment que si le « non » l’a emporté en Alsace c’est, aussi, parce que les Alsaciens entendaient rejeter le personnel politique, toutes couleurs confondues, et même réagir à l’affaire Cahuzac.
En tous les cas, ce résultat alsacien ne va pas inciter Hollande à se lancer dans son référendum sur la moralisation de notre vie politique. Avec les électeurs, on n’est jamais sûr de rien ! Mieux vaut faire le dos rond…

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