Jean-Pierre Raffarin s’était rendu célèbre, alors qu’il était à Matignon, avec ses « raffarinades » souvent un peu ridicules. Aujourd’hui, devenu une sorte de sage de la République, le sénateur de la Vienne préfère reprendre des mots d’auteurs incontestés. Ce matin, sur RTL, l’ancien Premier ministre a déclaré : « Il y a une menace de chienlit dans le pays ». Il a parfaitement raison.
Mais si, en 1968, le mot de de Gaulle s’appliquait à la rue, aujourd’hui il s’applique au gouvernement. En 68, les étudiants avaient envahi les rues et jetaient des pavés sur les CRS sans qu’on sache très bien ce qu’ils voulaient si ce n’est changer le monde. Aujourd’hui, on sait très bien ce que les sidérurgistes de Florange, les ouvriers de PSA, les salariés de Pétroplus, les 4 millions et demi de chômeurs du pays et les 8 millions de malheureux qui vivent sous la ligne de pauvreté demandent. Ils veulent du travail et que François Hollande qui avait promis un « redressement productif » de la France tienne se promesses.
Ils sont furieux de voir que, cette semaine, les hauts-fourneaux de Florange ont été éteints et que le démantèlement de la raffinerie de Pétroplus commence. Deux symboles, parmi d’autres, que Hollande, Ayrault et Montebourg avaient juré, la main sur le cœur, de sauver. Et, partout ailleurs, de nouveaux plans de licenciement sont annoncés.
Le gouvernement dénonce une « radicalisation » de l’opposition et pointe du doigt certains groupuscules extrémistes sans pouvoir d’ailleurs les désigner avec précision. Mais il ne s’agit pas de quelques groupuscules. Le pouvoir a désormais en face de lui une foule immense de Français dont le ras-le-bol peut, à tout instant, se transformer en colère dévastatrice. Parce qu’ils sont menacés par le chômage, parce qu’ils voient, chaque jour, leur niveau de vie dégringoler, parce que l’avenir n’est plus « incertain » mais de toute évidence catastrophique. Raffarin a parlé d’« une montée de tension préoccupante ».
L’affaire du mariage des homosexuels n’est plus maintenant qu’un prétexte qui cristallise tous les mécontentements, toutes les colères.
L’ancien Premier ministre pose des questions : « Qui est en charge de la cohésion sociale de notre pays ? Vous croyez que le gouvernement est innocent quand on a le niveau de chômage que nous avons, quand on a cette crise sociale dans les profondeurs du pays et qu’on nous met un débat de société qui divise le pays ? »
La chienlit ce ne sont pas les chômeurs, les familles modestes, les adversaires de l’aéroport de Notre-Dame des landes ou les opposants au mariage « pour tous » qui la provoquent. La chienlit, elle règne à l’Elysée, à Matignon, dans tous les ministères.
Jamais un président de la République n’a été aussi hésitant, balbutiant, vacillant, inerte en face d’une crise, il est vrai, sans précédent. Jamais un Premier ministre n’a été aussi inexistant. Jamais un gouvernement n’a été aussi divisé et donc tétanisé entre ses socio-démocrates, ses socialistes purs et durs, ses écologistes illuminés.
Là encore, l’affaire Cahuzac n’a été qu’un prétexte (de plus) pour que les Français rejettent cette équipe. Peut-être pas « Tous pourris » mais en tous les cas « Tous menteurs ».
Cahuzac avait menti sur son compte en Suisse mais il avait aussi menti sur les résultats de sa politique budgétaire. Tout comme Hollande, lui-même, avait menti en nous annonçant un retour aux 3% de déficit ou, pire encore, qu’il inverserait la courbe du chômage avant la fin de l’année.
Si tous ceux qui ont menti doivent renoncer à leur mandat, le chef de l’Etat n’a plus qu’à démissionner.
En 68, la chienlit était dans la rue et de Gaulle y avait mis fin en décrétant la dissolution de l’Assemblée et en remportant haut-la-main les élections de juin 68. La chienlit étant, cette fois, dans les allées du pouvoir et le président se refusant à demander au peuple son avis, par une dissolution ou un référendum (qu’il sait perdus d’avance), on voit mal comment le pays pourrait sortir de cette crise qui n’est plus seulement économique ou sociale mais qui est désormais une crise de régime.

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