Chacun sait que pour qu’une entreprise (privée) puisse vivre et même simplement survivre, il faut qu’elle soit capable d’investir, pour garder un minimum de compétitivité, qu’elle soit libre de ses mouvements, pour pouvoir réagir aux fluctuations du marché, et -même si on oublie souvent cette troisième exigence- qu’elle ait de clients.
Or, depuis des années, les entreprises françaises meurent les unes après les autres parce qu’elles sont écrasées d’impôts et de charges, ce qui les empêche d’innover, parce qu’elles sont paralysées par notre législation, ce qui les tétanise, et parce qu’elles perdent leurs clients qui, eux-mêmes écrasés d’impôts, peuvent de moins en moins consommer.
Chacun sait aussi que ce sont ces entreprises, et elles seules, qui pourraient éventuellement être capables de réduire le nombre des chômeurs en créant de vrais emplois, pour peu, bien sûr, qu’on leur redonne un peu d’air.
Mais, en bon socialiste qu’il est, François Hollande pensait pouvoir conjurer le drame du chômage en embauchant encore et toujours des fonctionnaires. Idée doublement absurde puisque, par définition, les fonctionnaires, aussi utiles soient-ils, ne créent aucune richesse et que de nouvelles embauches de ronds-de-cuir, alors qu’ils sont déjà ¬ six millions, ne font, bien sûr, qu’aggraver les dépenses de l’Etat.
Pire même, Hollande, en bon démagogue qu’il sait être aussi, s’imaginait qu’il séduirait son électorat en reprenant à son compte toutes les vieilles rengaines de la gauche de jadis contre ces salauds de riches, ces ignobles patrons, les 200 familles, les milliardaires fumant des cigares, la finance internationale qui s’abreuve du sang des travailleurs. Et il en a rajouté.
On connait le résultat : le chômage a continué à augmenter, les déficits à se creuser, les investisseurs ont pris la route de l’étranger et des pans entiers de l’électorat de gauche celle du Front National.
Il semble que certains conseillers aient fini par faire comprendre à l’ancien apparatchik de la rue Solferino qui règne désormais à l’Elysée que, seuls, ces riches, ces patrons, ces entrepreneurs qu’il avait fustigés et désignés à la vindicte populaire pourraient, éventuellement, l’aider à tenir sa promesse d’inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013.
Habitué à manger son chapeau, à avaler des couleuvres et à faire volte-face, François Hollande a donc décidé, cette semaine, de faire à la fois un effort et contre mauvaise fortune bon cœur, même si le cœur en question n’y était pas vraiment.
Recevant, hier, dans la salle des fêtes de l’Elysée (sic !), les patrons des Assises de l’entreprenariat, le président a donc esquissé les premiers pas d’une danse du ventre et des voiles assez stupéfiante devant ces entrepreneurs médusés.
Lui qui avait déclaré que son seul ennemi était la finance, qui voulait taxer les plus riches à 75%, qui avait inventé une nouvelle tranche d’impôt pour les plus fortunés, etc., etc. n’avait soudain pas de mots assez aimables pour ces salauds de riches qui avaient « le courage de prendre des risques » et nianiagna, ces ignobles patrons qui savaient « créer de la richesse pour le pays », et nianiagna, ces ordures d’entrepreneurs qui étaient « au premier rang du combat pour le redressement de la France » et re-nianiagna.
Puis, magnanime, paternel et même fraternel, il leur annonça qu’en guise de cadeau de retrouvailles il leur offrait une réforme de la fiscalité des plus-values de cession d’entreprise ou d’actions et la suppression du registre des infamies sur lequel la Banque de France grave le nom de tous les chefs d’entreprise ayant fait faillite.
Sous le coup de la surprise et avec une naïveté confondante, les patrons présents se mirent à applaudir, comme à Guignol, et certains déclarèrent même qu’on venait d’assister à un véritable tournant du quinquennat croyant sans doute que le président avait enfin ouvert les yeux sur les réalités.
Personne ne remarqua tout de suite que ces mesurettes ne concernaient que les patrons ayant décroché ou ayant fait faillite. Pas un mot n’avait été prononcé pour les entreprises se débattant chaque jour pour leur survie, sur les charges, sur la règlementation, sur la compétitivité, l’innovation, la relance de la consommation.
Ce matin, après une nuit délicieuse sans doute bercé des plus beaux rêves, ces mêmes patrons se réveillèrent en apprenant que le groupe PS de l’Assemblée déposait « une proposition de loi sur la reprise des sites rentables », surnommée « Loi Florange »…
Les « pigeons » s’étaient, une fois de plus, fait pigeonner et comprirent ce matin que la danseuse du ventre et des voiles avait toujours l’intention de les plumer.