Si l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, ce qui serait peut-être une bonne chose, François Hollande serait éliminé dès le premier tour avec 19% seulement des voix. Le second tour opposerait Nicolas Sarkozy (34%) à Marine Le Pen (23%) et il est donc vraisemblable que l’ancien président pourrait faire son retour à l’Elysée.
Le sondage CSA/BFM, publié aujourd’hui, n’est pas surprenant Hollande bat tous les records d’impopularité de nos présidents un an après leur prise de pouvoir. Les Français sont maintenant, dans leur écrasante majorité, convaincus qu’il est totalement inapte pour la fonction.
Le bilan de la première année de son quinquennat est épouvantable. Le chômage, la précarisation, les déficits, les prélèvements obligatoires n’ont fait qu’augmenter et plus personne –même lui- ne peut aujourd’hui accuser le régime précédent d’être responsable de cette situation désastreuse. En onze mois, les socialistes avaient amplement le temps d’inverser les choses. En plus, le débat sur le mariage des homosexuels a gravement divisé le pays et l’affaire Cahuzac a porté un coup mortel à « la gauche morale ».
Mais ce sont moins les erreurs de sa politique que son absence de politique que lui reprochent les Français. Ils accusaient Sarkozy de zigzaguer entre l’ouverture à gauche et la course aux électeurs du Front National. Ils accusent Hollande de rester les bras ballants avec sa social-démocratie qui ne sait pas choisir entre la croissance et l’austérité, les réformes et la protection des avantages acquis, le matraquage des riches et l’aide aux entrepreneurs. Il ressemble de plus en plus à l’âne de Buridan qui, à force d’hésiter entre son baquet d’avoine et son baquet d’eau, finit par mourir de faim et de soif.
Sa recherche continuelle du consensus qui consiste surtout à bafouiller, à se contredire et à ne rien faire pour ne déplaire à personne, et donc à laisser couler le navire tout en déplaisant à tout le monde, est devenue insupportable pour trois quarts de Français. Il y a un an, il recueillait 28,63% des voix au premier tour de la présidentielle avec ses promesses de « changement » et de « ré-enchanter le rêve français ». Le rêve étant devenu cauchemar, avec 19%, il a perdu plus d’un tiers de ses partisans et connaitrait ainsi le sort peu enviable de Jospin en 2002.
Les 23% de Marine Le Pen ne sont pas étonnants non plus. Elle bénéficie, bien sûr, notamment dans les classes les plus populaires, du rejet dont a à souffrir la gauche mais il est évident aussi qu’elle attire désormais de plus en plus d’électeurs de la droite classique qui, après avoir été écoeurés par la guerre des chefaillons, Copé et Fillon, s’étonnent de voir à quel point cette opposition officielle est inerte et sans idées, comme si elle se contentait d’attendre que le pouvoir lui tombe miraculeusement du ciel par le simple jeu de l’alternance.
A force de récupérer les mécontents de droite et de gauche, avec un programme économique incertain mais plutôt de gauche et en sachant se montrer discrète sur les sujets qui fâchent (on l’a vu avec le mariage pour tous) Marine Le Pen arrondit régulièrement son magot.
Reste le mystère des 34% de Sarkozy. Celui qui fut « l’homme le plus détesté de France » est, sans rien faire, en moins d’un an, devenu l’homme-recours pour ne pas dire providentiel.
Certes, il bénéficie, lui aussi et plus encore que Marine Le Pen, du rejet dont a à souffrir Hollande. Mais il ne faudrait pas oublier qu’il avait tout de même obtenu 48,36 % des voix au second tour de 2012 et que donc sa défaite avait été beaucoup moins catastrophique que ce que tous les experts avaient annoncé. Ajoutons qu’on reproche aujourd’hui à Hollande exactement le contraire de ce qu’on reprochait hier à Sarkozy : le manque d’autorité, l’inertie, les reculades. Autant d’accusations qui ont déjà fait oublier l’autoritarisme, l’agitation tous azimuts et les décisions à l’emporte-pièce de son prédécesseur.
Cela dit, il faut bien reconnaitre qu’aujourd’hui un retour triomphal de Sarkozy parait invraisemblable, même si l’histoire de nos présidentielles est parsemée d’invraisemblances, de l’élection de Giscard en 1974 à la réélection de Mitterrand en 1988 ou à celle de Chirac en 2002.
Mais en faisant ainsi caracoler Sarkozy en tête de tous les sondages, la presse va finir par rendre plausible un tel retour, par donner envie au mari de Carla Bruni de « remettre ça » et par éliminer tous ceux qui, à droite, sont convaincus qu’ils sont les seuls à pouvoir reprendre le flambeau, les Fillon, Copé, Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet ou autres.
Nous avons encore quatre ans pour papoter au Café du Commerce…
.

Mots-clefs : , ,