La transparence et du même coup la calomnie qui l’accompagne bien souvent ont de beaux jours devant elles dans notre cher pays où la détestation des puissants et la dénonciation du voisin ont toujours fait partie des traditions les mieux respectées.
Jérôme Cahuzac a à peine disparu des écrans que de nombreux nouveaux visages se bousculent à la « une » de la presse.
A priori, bien sûr, tous ces « présumés innocents » qui bénéficient du « secret de l’instruction » sont des présumés coupables dont les dossiers s’étalent un peu partout.
On nous dira qu’il faut se méfier avant de trainer dans la boue l’honneur d’un homme qui n’est, pour l’instant, que soupçonné, pas même accusé, par la police et la justice d’avoir commis, sans doute par inadvertance, quelques indélicatesses.
Mais il faut bien reconnaitre qu’étant submergés, depuis quelque temps, par les saloperies en tous genres de nos élus de toutes couleurs, nous avons désormais la fâcheuse tendance de ne plus les croire sur parole quand ils nous jurent, sur l’honneur, qu’ils n’ont pas, qu’ils n’ont jamais eu et qu’ils n’auront jamais de comptes à l’étranger, avant de nous avouer, la mine confite, qu’ils ont transféré à Singapour leur compte en Suisse.
Claude Guéant n’est pas sympathique et certains trouvent même qu’il a carrément une sale gueule. Au cinéma, on lui ferait volontiers jouer les tortionnaires sadiques, voire les directeurs de prison. Mais ce n’est pas une raison pour faire de l’ancien ministre de l’Intérieur et âme damné de Sarkozy un escroc. Le délit de sale gueule n’existe pas en droit français, ce qui est sans doute dommage.
Cela dit, il faut tout de même dire qu’hier soir, sur la 2, répondant aux révélations-accusations du Canard enchainé, Guéant ressemblait furieusement à Cahuzac quand il nous affirmait que les 500.000 euros venant de l’étranger, trouvés sur son compte par la police provenaient de la vente de deux tableaux d’Andriès van EErtvelt, petit peintre flamand du XVIIème siècle, spécialiste dans les combats navals en haute mer. Toiles qu’il aurait vendus (cinq ou six fois leur prix) à un avocat… malaisien.
On sait que les Malais s’intéressent particulièrement à la peinture flamande mais on ne savait pas que l’ancien premier flic de France était un aussi habile collectionneur. Il faudra sans doute que Guéant trouve bien vite autre chose pour expliquer ces 500.000 euros en provenance de l’étranger, ainsi d’ailleurs que pour justifier toutes ses dépenses en argent liquide.
Car, bien sûr, les policiers ont fait cette découverte dans le cadre de leur enquête sur l’éventuel financement par la Libye de Kadhafi de la campagne de Sarkozy, en 2012. Cette affaire se met à sentir bien mauvais. Aux déclarations de Kadhafi et de sa famille qui ne sont, évidemment, pas des témoins au-dessus de tout soupçon se sont ajoutées les accusations de Ziad Takieddine, l’intermédiaire-marchand d’armes franco-libanais qu’il est difficile, lui aussi, de croire toujours sur parole.
Mais cela commence tout de même à faire beaucoup, surtout quand on sait que les magistrats continuent, en même temps, à enquêter et à mettre en examen un certain nombre de responsables politiques, non seulement dans le cadre de l’affaire Bettencourt mais aussi dans le cadre de l’enquête sur le financement de la campagne de Balladur en 1995 avec, peut-être, des rétro-commissions provenant de la vente par Paris de sous-marins au Pakistan.
Balladur avait raconté que les sommes considérables qui étaient soudainement apparues sur ses comptes de campagne provenaient… des quêtes organisées lors de ses meetings. Guéant nous sort l’histoire des tableaux de ce petit maitre flamand jusqu’alors quasiment inconnu. Mais ce n’est pas parce qu’ils nous prennent pour des imbéciles que nous devons les prendre pour des escrocs. Quoique…
Quant à l’inénarrable Roselyne Bachelot qui vient de déclarer que Guéant, son ancien collègue du gouvernement, était « soit un menteur, soit un voleur », on ne peut pas dire non plus qu’elle rehausse, par son élégance, le prestige de la classe politique.
Et là-dessus, on apprend, en lisant cette fois Le Point, que Thomas Fabius, fils de son père, s’est offert un pied-à-terre parisien de 280 m2 pour la somme tout de même rondelette de… 7 millions d’euros.
Thomas Fabius, 32 ans, végète à la tête d’une petite entreprise qu’il a créée, TLConseils, pour Thomas Fabius Conseil, qui ne fait aucun bénéfice. Le fils de notre ministre des Affaires Etrangères ne paie d’ailleurs pas l’impôt sur le revenu. Il a déjà eu maille à partir avec la justice (pour tentative d’escroquerie, faux et abus de confiance) et le cabinet de son père, le ministre le plus riche du gouvernement, a tenu à faire savoir que le fils n’avait bénéficié d’aucune donation ni d’aucun héritage. Thomas Fabius aurait gagné une somme importante… au jeu et emprunté ce qui lui manquait, comme tout un chacun, à une banque et sur sa bonne tête.
Encore un, donc, qui nous prend pour des gogos.
Cela dit, il faut aussi constater –et ce qui complique tout- que l’affaire Guéant (qui vise, bien sûr, Sarkozy) sort bien opportunément au moment où l’ancien président émerge triomphalement en tête de tous les sondages et que l’affaire Thomas Fabius pourrait bien avoir été rendue publique par certains camarades de l’ancien Premier ministre qui en ont assez de le voir jouer les donneurs de leçons.
En fait, la seule vraie question est de savoir combien de voix cette ambiance qui devient de plus en plus irrespirable va rapporter aux extrémistes de tous bords qui rêvent maintenant de tout faire péter…

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