Faut-il changer, au milieu du gué, une équipe qui perd ? C’est la nouvelle question que se pose aujourd’hui le microcosme parisien. En ayant assez de commenter l’inexorable dégringolade dans tous les sondages de François Hollande et de chercher la moindre ligne directrice dans tous ses balbutiements, nos spécialistes en sont venus à se demander si le président de la République n’aurait pas intérêt à remanier profondément son gouvernement.
Tout le monde a remarqué qu’au cours de son « grand oral » (raté) à la télévision la semaine dernière, le chef de l’Etat n’avait pas, contrairement à l’usage, prononcé le nom de son Premier ministre. A croire que, lui aussi, il considère Jean-Marc Ayrault comme totalement inexistant. Il n’a d’ailleurs pas, et là encore contrairement à la tradition, distribué de lauriers à ses ministres. On imagine la déception des Valls, Taubira, Sapin et Le Foll qui sont, les uns et les autres, persuadés d’avoir fait des merveilles.
Hollande fait aujourd’hui ce qu’il sait faire de mieux. Il hésite. Il a le choix entre garder son équipage de bras-cassés et continuer à sombrer dans la tempête ou tenter de porter un grand coup (dans l’opinion publique) en virant les gaffeurs, les médiocres, les mauvais et les nuls et en embauchant de nouvelles têtes. Mais ce n’est pas simple.
D’abord, changer de gouvernement moins d’un an après son entrée à l’Elysée serait, pour lui, se désavouer et reconnaitre publiquement qu’il s’est trompé de « casting ». Un président qui ne sait même pas choisir ses ministres a peu de chance de savoir sauver la France.
Ensuite, si tout le monde pourrait lui donner la longue liste de ceux dont il faudrait se débarrasser au plus tôt, les noms des remplaçants sont plus difficiles à trouver.
On cite, bien sûr, Martine Aubry et Ségolène Royal. Mais il déteste trop la maire de Lille qui n’accepterait d’ailleurs que Matignon pour succéder « au naze de Nantes », selon ses propres termes et, même s’il a tous les culots, on ne veut pas croire qu’il oserait prendre comme Premier ministre ou même simple ministre la mère de ses 4 enfants. Le ridicule et plus encore Valérie Trierweiler le lui interdiraient.
Restent alors des seconds couteaux qui en rêvent et se lèchent déjà les babines : François Rebsamen, Alain Rousset, André Vallini, voire même Bertrand Delanoë. Mais on peut se demander si les Français retrouveraient soudain toute leur joie de vivre avec la nomination du sénateur-maire de Dijon, du président de la région Aquitaine, du héros de la commission d’Outreau ou du maire de Paris.
En fait, le vrai problème n’est pas là. Les Français sont furieux non pas contre le gouvernement qui bafouille, se contredit et a sombré depuis ses débuts dans la médiocrité. Ils sont furieux contre le président lui-même. La 5ème République et plus encore le quinquennat ont fait du chef de l’Etat le seul responsable de la politique du pays et donc le seul coupable de tous nos malheurs. Sarkozy avait eu raison de dire que son Premier ministre n’était qu’un « collaborateur ».
Que Pierre Moscovici nous jure qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts, que Michel Sapin continue à nous affirmer que la courbe du chômage sera inversée cette année, que Laurent Fabius veuille partir en guerre pour la Syrie, en fredonnant une vieille chanson, que Jean-Yves Le Drian prétende que nous avons gagné la guerre du Mali, qu’Arnaud Montebourg se ridiculise avec ses idées de nationalisation, que Vincent Peillon patauge avec ses rythmes scolaires, que Cécile Duflot fume des joints, que Victorin Lurel compare Chavez à de Gaulle et à Blum ou que Kader Arif annonce la libération de nos otages -et la liste des mensonges, des délires et des bourdes n’est pas exhaustive- n’a guère d’importance.
Ce que les Français ne supportent plus c’est Hollande lui-même, ses atermoiements, ses volte-face, ses reniements, son manque d’autorité et plus encore son incapacité totale à fixer « un cap », à nous dire ce qu’il veut et comment il compte y parvenir. Nous affirmer qu’il veut réduire le chômage et qu’il attend la croissance n’est pas suffisant.
Hollande ressemble de plus en plus à René Coty ou à Vincent Auriol pour ne pas dire à Albert Lebrun. Mais nous ne sommes plus ni sous la IIIème ni sous la IVème. Et donc un remaniement ministériel, avec son petit jeu des chaises musicales, n’a plus aucun sens.

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