Jérôme Cahuzac a donc tout avoué, ou presque. Qu’il était un fraudeur qui avait planqué son fric en Suisse puis à Singapour, qu’il était un imposteur qui avait menti au président de la République, au Premier ministre, aux parlementaires et donc aux Français.
Il ne lui reste plus qu’à nous dire d’où venaient ces 600.000 €, ce qui est tout de même une somme. Et puisqu’il a reconnu toutes les autres accusations, on peut imaginer que ces 600.000 € proviennent bien, comme certains l’affirmaient, de pots-de-vin de laboratoires pharmaceutiques qu’aurait touchés cet ancien membre du cabinet du ministre de la Santé Claude Evin, reconverti en « consultant ». Le fraudeur-menteur serait donc, en plus, de la pire espèce des margoulins.
On veut croire que le bonhomme n’aura pas l’impudeur de reprendre son siège de député, comme la loi l’y autorise, et qu’il disparaitra à tout jamais de la scène politique.
Mais l’affaire le dépasse, évidemment, de beaucoup. D’abord, la gauche ne pourra plus, avant longtemps, évoquer la fameuse « morale » qui lui servait de fonds de commerce. L’affaire Bettencourt, l’affaire Karachi font soudain figures de broutilles. Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agissait « que » de financements illégaux de campagnes électorales. Alors que Cahuzac, lui, touchait des enveloppes pour son propre compte et avait ouvert des comptes en Suisse et à Singapour pour lui-même.
Il est à mettre dans le même sac que son camarade de parti, le sénateur, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, mis en garde-à-vue aujourd’hui même. De la « racaille » qu’il faudrait nettoyer au « Karcher », pour reprendre des images célèbres.
Plus grave encore, cette affaire éclabousse, évidemment, le Premier ministre et plus encore le président de la République. Ce sont eux qui ont choisi Cahuzac pour le mettre à un poste clé du gouvernement et le charger de… pourchasser sans pitié les fraudeurs, si ce n’est les menteurs et les margoulins.
Or, tout le monde politique s’étonnait déjà de la fortune bien rapide de ce play-boy et si certains pensaient que c’étaient les chauves qui avaient enrichi ce chirurgien reconverti dans les implants capillaires, d’autres se souvenaient que le consultant avait souvent su monnayer au prix fort son carnet d’adresses d’ancien membre du cabinet d’Even.
Mais aujourd’hui il n’est poursuivi que pour avoir mis son magot à l’étranger. On nous raconte que ni Hollande ni Ayrault n’étaient au courant et qu’ils avaient, l’un et l’autre, cru Cahuzac sur parole quand celui-ci leur avait affirmé « les yeux dans les yeux » qu’il était victime de la pire des calomnies et qu’il n’avait jamais eu un sou ni en Suisse ni à Singapour.
De deux choses l’une. Ou le président et son Premier ministre sont des imbéciles ou ils nous prennent, nous, pour des imbéciles. Dilemme en face duquel nous nous sommes déjà retrouvés plusieurs fois.
Le chef de l’Etat et son « collaborateur » ont à leur disposition une kyrielle de services spéciaux, secrets, officiels, confidentiels qui enquêtent à longueur d’année dans toutes les banques de la planète sur tous les comptes des maffieux, des truands, des preneurs d’otages et des grands patrons avec lesquels ils sont en délicatesse. Qui pourrait croire que François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont été assez benêts, naïfs, crédules pour ne pas demander qu’on leur remette une fiche sur Cahuzac ? Ce serait une faute impardonnable.
L’autre hypothèse n’est guère plus flatteuse. Ils savaient, l’un et l’autre, que leur camarade n’était pas « net » et même qu’il était un délinquant mais ils en avaient besoin pour dorer la pilule des contribuables, de Bruxelles et des agences de notation et ils ont pensé qu’avec le temps et quelques pressions par-ci par-là, l’affaire pourrait être étouffée.
Bref, ou ils ne savaient pas et ce sont vraiment des jean-foutres, ou ils savaient et ce sont ce qu’on appelle des complices.
On voyait que ce pouvoir s’enlisait dans les sables. Maintenant, en plus, il patauge dans la boue.
Est-il besoin de dire qu’un tel scandale qui donne la nausée donne aussi trois points de plus à Mélenchon, cinq de plus à Marine Le Pen et dix de plus à l’abstention ?

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