Laurent Fabius vient d’annoncer que la France et la Grande-Bretagne livreraient des armes aux rebelles syriens si l’Union Européenne ne levait pas rapidement l’embargo qui interdit actuellement ces livraisons.
Tout le monde est, bien sûr, scandalisé par cette guerre civile syrienne qui, en deux ans, a déjà fait plus de 70.000 morts et chacun sait que la Russie de Poutine et l’Iran des ayatollahs fournissent des armes à Bachar al Assad, un dictateur qui n’hésite pas à faire tirer à l’arme lourde contre ses adversaires et à détruire son pays, ville après ville.
Mais l’opinion publique internationale commence à comprendre que ce qu’on lui raconte n’est pas la vérité. D’abord, les rebelles reçoivent aussi déjà des armes. L’Arabie saoudite, le Qatar et les autres émirats pétroliers du Golfe se montrent particulièrement généreux avec les ennemis du régime alaouite (et laïc) de Damas. Sans cette aide massive, les rebelles n’auraient d’ailleurs jamais pu mener ces mois de combats et remporter quelques victoires importantes.
Ensuite et surtout, on s’aperçoit, jour après jour, que ces fameux rebelles ne sont pas des démocrates comme on voudrait nous le faire croire mais bel et bien des Islamistes qui rêvent d’instaurer une république islamiste en Syrie, à l’image de l’Iran, comme sont en train de le faire, chez eux, les Islamistes de Tunisie, de Libye et d’Egypte et comme voulaient le faire, au Mali, les homme d’Al Qaïda au Maghreb Islamique contre lesquels nous sommes partis en guerre.
Il semble que nos grands responsables n’aient toujours pas compris qu’en terre d’Islam la démocratie ne faisait pas recette parce qu’elle était confondue avec « l’impérialisme occidental » et qu’elle était contraire aux fondements mêmes de l’Islam. Le choix se limite donc, hélas, entre dictature ou révolution islamique.
L’expérience prouve à l’évidence que les Iraniens ne sont pas plus heureux sous la babouche des ayatollahs qu’ils ne l’étaient sous la botte du Chah. Et les manifestations de Tunis ou du Caire ainsi que les inquiétudes des Chrétiens de Damas laissent entendre qu’un bon nombre de Tunisiens, d’Egyptiens et de Syriens ne veulent pas voir leur pays basculer dans le fanatisme religieux.
On peut se demander aussi s’il est vraiment de l’intérêt de l’Occident de poursuivre cette politique qui, au nom de la démocratie, nous a fait jadis armer les Talibans d’Afghanistan, soutenir Khomeiny en Iran et, plus récemment, éliminer Kadhafi en Libye.
Laurent Fabius se rend-il compte que si demain, avec notre aide, les Islamistes l’emportent en Syrie c’est tout le Proche-Orient qui, avec le Hezbollah, le Hamas et les Chiites irakiens, basculera dans le fanatisme et que le Liban, la Jordanie et Israël seront menacés ? Se rend-il compte que le jour où des Islamistes règneront de Tunis à Lattaquié, toute la rive sud de la Méditerranée deviendra la première ligne de la guerre que les adeptes du djihad veulent nous déclarer ?
En envoyant des armes aux rebelles syriens nous ne défendons pas des démocrates qui veulent abattre une dictature, nous armons nos pires ennemis car de toute évidence, malgré leurs faux nez de démocrates, ces rebelles syriens ont les mêmes ambitions que ceux que nous appelons ailleurs des terroristes islamistes. Comment peut-on avoir l’idée d’armer les rebelles syriens alors qu’on fait la guerre aux rebelles maliens ?
Certes, Assad est un horrible dictateur mais nous ne sommes pas obligés de choisir entre la peste et le choléra même pour faire plaisir à nos amis Qataris.
Blum n’avait pas voulu intervenir dans la guerre d’Espagne alors pourtant qu’Hitler et Mussolini envoyaient des armes à Franco.

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