Il n’est pas encore sorti du bois mais il commence à montrer le bout de son nez. Il n’a pas « envie » de revenir à la politique mais il y sera peut-être… « obligé ».
Nicolas Sarkozy déclare, ce matin, à Valeurs Actuelles : « Il y aura un moment où la question ne sera plus « Avez-vous envie ? » mais « Aurez-vous le choix ? ». Dans ce cas-là, je ne pourrai pas continuer à me dire que je suis heureux (…). Dans ce cas, effectivement, je serai obligé d’y aller. Pas par envie. Par devoir. Uniquement parce qu’il s’agit de la France ».
Bien sûr, personne n’est dupe. Sarkozy a diablement « envie » d’être « obligé » d’y aller. Même si, comme il le rappelle, il aime accompagner sa fille à l’école et donner des conférences à travers le monde, il n’est pas vraiment fait pour jouer les nounous ou les conférenciers, n’a pas encore l’âge de la retraite et a surtout une fantastique revanche à prendre.
Il y a, bien sûr, quelque chose d’un peu ridicule, voire d’insupportablement prétentieux à se croire « obligé » de sauver la France et donc à déclarer froidement que, dans ce pays de plus de 60 millions d’habitants, on est le seul capable de faire face à la situation.
Mais il faut bien reconnaitre qu’actuellement, à quatre ans de la prochaine élection présidentielle, on ne voit pas, dans ce qui fait fonction d’opposition, l’ombre d’un soupçon d’une silhouette qui pourrait apparaitre comme un « sauveur » éventuel. Fillon et Copé se sont autodétruits dans la cour de récréation de l’UMP, les jeunes pousses, NKM ou Le Maire, sont encore beaucoup trop vertes et les vieux chevaux de retour, Juppé, Raffarin ou Xavier Bertrand n’ont aucune chance de jamais pouvoir ressortir de leur écurie.
Ce vide sidéral peut permettre à Sarkozy de caresser les rêves les plus fous. Les résurrections sont plus fréquentes qu’on ne le croit dans l’histoire politique française. Personne ne pouvait imaginer que De Gaulle reviendrait au pouvoir en 1958, que Mitterrand, vieille figure de la IVème et « héros » de quelques scandales, parviendrait à entrer à l’Elysée ou que Chirac, trahi par les siens, finirait par être élu. On n’est jamais mort en politique.
En faisant un distinguo entre « envie » et « obligation », Sarkozy fait d’ailleurs un clin au « peuple de droite ». Il a sans doute compris maintenant que s’il a été rejeté par une (petite) partie de son électorat ce fut moins en raison de son bilan, peu brillant, ou de son programme, trop à droite, que parce que les Français ne le supportaient plus « physiquement » avec ses sautes d’humeur, ses volte-face, son bling-bling et ses zigzags. Il sait donc qu’il ne pourra pas leur redonner « envie » de le voir s’agiter à nouveau comme un beau diable sur le devant de la scène. Mais il leur fait remarquer qu’ils n’auront tout simplement pas le choix.
C’est un grand classique. Ce sera « Moi ou le chaos ». Le chaos de la droite avec les guignols de l’UMP ou le chaos de la gauche avec les incapables au pouvoir.
Sarkozy a quatre ans pour faire oublier ce que fut son quinquennat. C’est plus qu’il ne lui en faut. Autre grand classique : les Français ont la mémoire courte. Aussi curieux que cela puisse paraitre, faute de candidats plausibles, l’ancien président commence à devenir « un recours » possible alors que 70% des Français attendent déjà avec impatience la prochaine alternance.
Une chose est sûre, en montrant ainsi le bout de son nez, Sarkozy coupe les jarrets de ses amis Fillon et Copé.

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