Tout le monde l’a dit et répété sur tous les tons : Hollande n’a été élu que parce que Français ne supportaient plus Sarkozy (et que DSK avait été éliminé dans les circonstances que l’on connait). Aujourd’hui, il semble bien que ces mêmes Français ne veulent plus de Hollande.
Jeudi soir, le président de la République a totalement raté ce qu’on nous présentait comme son « grand oral ». Il s’agissait, en fait, d’un « oral de rattrapage ». Dégringolant dans tous les sondages depuis des mois, beaucoup plus que ne l’avaient fait tous ses prédécesseurs au lendemain de leur entrée à l’Elysée, Hollande devait tout essayer pour tenter de reprendre la main, de créer un minimum de confiance, de faire croire qu’il était capable d’assumer ses fonctions. C’est loupé. 66% des téléspectateurs ne l’ont pas trouvé convaincant, selon un premier sondage BVA pour I-télé. On les comprend.
On s’étonne même qu’un tiers des « sondés » ait pu être séduit par ses rodomontades sur la courbe du chômage et sa « boite à outils » de petit bricoleur.
Alors que la situation du pays est chaque jour plus catastrophique avec un chômage, une précarité, des déficits, une dette qui explosent, on était en droit d’attendre « quelque chose » du chef de l’Etat, au moins une idée neuve.
Or, il s’est contenté de nous annoncer que la durée de cotisation pour les retraites serait allongée, que les allocations familiales seraient diminuées pour les familles aisées, que les entreprises auraient à payer une taxe pour les salaires par trop élevés de leurs dirigeants et qu’il voulait simplifier les démarches administratives. Autant dire des mesures plutôt « de droite » que même la droite n’avait pas osé lancer.
Pour celui qui prétendait « ré-enchanter le rêve français » et qui espérait rebondir avec cette heure de propagande c’est bien peu. Et, en plus, pas le moindre souffle, aucune vision d’avenir, aucune « allure ». En effet, du bricolage de débutant.
On comprend que la gauche de la gauche soit furieuse et que la droite ricane. Le grand jury (populaire) de ce tout petit oral a recalé le candidat en ne lui accordant qu’un petit 3 sur 10, selon les sondages. Avec une telle note, il y a bien peu de chance que ce cancre soit autorisé à… redoubler dans quatre ans. Il risque fort, s’il ne se reprend pas très sérieusement d’ici-là –mais en a-t-il les capacités ?- d’être viré de l’établissement.
Mais le problème pour les Français est déjà celui de son remplacement car le poste ne peut pas rester vacant.
Et c’est ici qu’on voit –à la surprise générale, il faut bien le dire- revenir, sur la pointe des pieds mais avec ses gros sabots, Nicolas Sarkozy. Alors qu’il ruminait sa rancœur dans son coin, il a la double et divine surprise de voir que ses rêves les plus fous commencent à s’exaucer. Son successeur-usurpateur est plus mauvais encore qu’il n’avait pu l’imaginer et ses propres héritiers auxquels il n’avait d’ailleurs rien légué ont fait la preuve, à force de s’entredéchirer comme des chiffonniers pour se partager les dépouilles, qu’ils ne pouvaient pas prétendre à la couronne.
A gauche, on imagine mal un Valls ou une Martine Aubry oser entrer en lice pour tenter de sauver les couleurs du PS tant que le calife sera sur son trône même chancelant. A droite, Fillon et Copé sont déjà exsangues, quatre ans avant le combat et un inconnu du genre NKM ou Bruno Le Maire est encore trop vert pour sortir du bois en 2017.
Bref, qu’on le veuille ou non et même si les juges, après l’avoir mis en examen, l’expédiaient derrière les barreaux, Sarkozy a, jusqu’à preuve du contraire, un boulevard devant lui. On va droit vers une nouvelle « Restauration » !
En 2012, les Français le rejetant ont élu Hollande, en 2017, rejetant Hollande ils l’éliront. Quitte, naturellement, à rappeler Hollande en 2022. L’alternance n’a plus que deux protagonistes.
Pire encore l’alternance risque bien de n’être que de façade. On change les premiers rôles mais la tragi-comédie reste la même puisqu’à part augmenter les impôts, baisser les aides, reculer l’âge de la retraite et créer des emplois bidon pour les jeunes nos deux « chefs de guerre » n’ont toujours pas compris que nous étions entrés dans le XXIème siècle, c’est-à-dire dans un autre monde où « l’exception française », « les avantages acquis », « l’Etat providentiel » sont des expressions qui font penser aux chars-à-boeufs, à la marine-à-voile et à la lampe-à-huile, pour ne pas dire à l’homme de Cro-Magnon.
Reste évidemment à savoir si, avec un chômage à 20% ou plus et une dette à 100% du PIB ou plus, les Français se contenteront d’observer indéfiniment ce petit duo de marionnettes passant de la danse de Saint-Guy à la danse du ventre.

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