Ce serait s’attaquer à un tabou mais ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.
Les Français sont fiers de leur système dit « de protection sociale », unique au monde, mais… la France en crève. A force d’être providentiel pour tout le monde, pour tout et pour n’importe quoi, l’Etat providentiel en question est totalement ruiné. La vache à lait n’a plus de lait et, famélique, titube sur ses pattes.
Tous nos comptes dits sociaux sont dans le rouge vif. Chômage, vieillesse, maladie, famille, c’est la faillite partout.
Naturellement, on peut dire qu’avec la crise économique, il n’y a plus assez de gens pour payer. C’est évident. Mais on peut aussi se demander si, crise ou pas, il n’y a pas, surtout, trop de gens qui bénéficient de toutes ces aides et allocations distribuées à la volée au nom du principe de l’universalité.
Le drame de notre pays c’est que, pour faire face à tous nos déficits, tous nos dirigeants, de droite comme de gauche, ont toujours préféré présurer davantage encore « les cochons de payeurs » plutôt que de freiner sur les dépenses. Il est vrai que « les cochons » pèsent infiniment moins lourd dans le corps électoral que les quémandeurs en tous genres.
Mais « ce gentil cochon » qui faisait vivre « la gentille vache à lait » se fait rare de nos jours et il n’est plus guère possible de le saigner plus encore. Alors il est sûrement temps de réfléchir à ce fameux système providentiel et à son universalité.
Le mot « solidarité » dont on nous rebat les oreilles est l’un des plus beaux de la langue française. Hélas on en a, depuis bien longtemps, totalement oublié le sens. Le Petit Robert est précis : « Solidarité : relation entre personnes ayant conscience d’une communauté d’intérêts qui entraine, pour un élément du groupe, l’obligation morale de ne pas desservir les autres et de leur porter assistance ». En clair : les riches doivent aider les pauvres, ceux qui ont un emploi doivent aider les chômeurs, les jeunes doivent aider les vieux, les bienportants doivent aider les malades, etc.
La solidarité ne peut s’appliquer qu’en faveur de ceux qui en ont besoin. Or, notre système veut que tout le monde puisse bénéficier de cette solidarité et même ceux qui n’en ont pas vraiment besoin.
Normal, nous dit-on, quand on a cotisé pour une assurance quelconque il est logique qu’on soit couvert. Mais les prélèvements sociaux n’ont rien à voir avec une assurance. Ce sont, quel que soit le nom qu’on leur donne, des impôts. Ils sont obligatoires, calculés sur les revenus et de nombreux bénéficiaires n’ont d’ailleurs pas cotisé.
Un député socialiste, rapporteur du budget de la Sécurité sociale, Gérard Bapt, vient de suggérer qu’on divise par deux les allocations familiales des familles ayant des « revenus élevés ». Est-ce vraiment scandaleux ? Est-il normal que les plus riches d’entre nous bénéficient, au même titre que les plus pauvres, de la solidarité nationale et touchent de l’argent public dès qu’ils ont deux enfants ? Evidemment, non.
On dira que c’est grâce à ces allocations familiales que notre démographie ne s’est pas effondrée comme elle l’a fait chez nos voisins. C’est absurde. Nos familles les plus aisées n’ont qu’un ou deux enfants et elles les auraient même sans percevoir d’allocations. Notre démographie tient le coup grâce à nos immigrés qui touchent ces allocations parce qu’ils sont, généralement à juste titre, considérés comme défavorisés.
Le tout serait, bien sûr, de savoir à partir de quel revenu on est « aisé». Bapt fixe le seuil à 53.000 € par an pour un couple avec deux enfants et à 61.000 € par an pour un couple avec trois enfants. Et il a fait ses calculs. Si on divise par deux les allocations familiales que reçoivent ces « riches », l’Etat économise 1 milliard d’€ par an.
Bapt va plus loin. Il voudrait aussi, pour ces mêmes « riches » supprimer le complément mode de garde qui aide les familles à faire garder leurs enfants. Là, l’économie serait de 2 milliards par an. Une goutte d’eau, dira-t-on, mais tout de même.
Bapt précise que ses « suggestions » ne toucheraient que 11% des familles qui bénéficient actuellement de ces allocations familiales, lesquels font partie de 20% des ménages les plus aisés.
Il est évident que le jour où on réduira (puis, sans doute, supprimera) ainsi les allocations familiales pour les plus « aisés », le gouvernement sera tenté de reprendre et d’appliquer le principe de cette nouvelle solidarité dans un certain nombre d’autres domaines, eux aussi, en difficulté comme par exemple la branche maladie ou la branche vieillesse de la Sécurité sociale.
Hollande et Ayrault auront-ils le courage de s’attaquer à un tel tabou ? Rien n’est moins sûr. Les lobbys veillent au grain. Mais Hollande aime bien faire payer les riches…

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