Ce qui est bien avec François Hollande, c’est qu’on n’est jamais déçu ! Mis à part les derniers « hollandolâtres », une espèce en voie de disparition, personne, hier soir, n’attendait quoi que ce soit de la prestation télévisée du président de la République.
Ayant été totalement incapable, pendant dix mois, de faire face à la situation et à ses obligations, on ne pouvait guère imaginer qu’en une petite heure il saurait nous remonter le moral en nous faisant croire qu’il avait compris la gravité de la situation, qu’il avait fixé un cap et que les choses allaient finir par s’arranger.
On sait qu’il aime « les blagues à deux balles ». Il a donc d’abord commencé par nous raconter sa baliverne préférée : il va inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année grâce à ses contrats de génération, son pacte de compétitivité et sa banque publique d’investissement. Personne n’y croit, bien sûr, lui non plus d’ailleurs, mais ça fait toujours sourire (amèrement).
Ainsi lancé, il a continué à prendre les téléspectateurs pour des imbéciles. Il nous a d’abord juré ses grands dieux qu’il n’y aurait pas d’impôts nouveaux… oubliant, notamment, l’augmentation prévue de la TVA et quelques autres broutilles. Quant au déficit abyssal de la Sécurité sociale, il s’est contenté d’un superbe… « Nous ne reparlerons »…
Pour ce qui est de la fiscalisation des prestations familiales, il a fait encore plus fort. Pas question, nous a-t-il déclaré le plus sérieusement du monde, de taxer les allocations et encore moins de remettre en question l’universalité de cette politique d’aide aux familles. A un détail près : « Que les hauts revenus touchent autant que les autres, non ».
L’idée se défend parfaitement. La solidarité ne devrait jouer qu’en faveur de ceux qui en ont vraiment besoin. Mais alors il faut avoir le courage de le dire et annoncer aux Français que les riches (et un bon nombre de moins riches) ne toucheront plus les mêmes allocations familiales que les « défavorisés » et que l’universalité de cette politique en faveur des familles va disparaitre. Un gosse de pauvre rapportera plus qu’un gosse de riche.
Pour la fameuse taxe à 75% sur les revenus dépassant le million d’euros par an, il a trouvé un tour de passe-passe. Le Conseil constitutionnel lui ayant retoqué sa petite idée, ce ne seront plus les bénéficiaires de ces hauts salaires (indécents, il est vrai) qui paieront les 75% mais… leurs entreprises. La première version était anticonstitutionnelle car confiscatoire, la nouvelle version sera totalement inapplicable mais Hollande pense sans doute sauver ainsi la face.
Pour les retraites, lui qui s’était roulé par terre quand Sarkozy avait reculé l’âge de départ à 62 ans, voilà qu’il reconnait, enfin, qu’il va falloir… allonger la durée de cotisation. Or, quelle différence y a-t-il entre reculer l’âge de la retraite et allonger la durée de cotisation ? Aucune en réalité. Nous avions, d’ailleurs, été, ici-même, quelques-uns à reprocher à Sarkozy d’avoir préféré toucher au « tabou » de la retraite à 60 ans plutôt que de prolonger les annuités de cotisation ce qui serait revenu au même.
La seule nouveauté, hier soir, a été l’annonce présidentielle d’« un choc de simplification administrative » (sic !). Là, bravo ! La France crève sous le poids des lois, des décrets, des arrêtés, des règlementations, des normes en tous genres, souvent obsolètes, parfois contradictoires, voire absurdes, en tous les cas liberticides, ainsi que sous le fardeau de son mille-feuille des collectivités et sous sa dictature de ses administrations. En 1964, Georges Pompidou, alors Premier ministre de de Gaulle, déclarait déjà « Arrêtez d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois dans ce pays, les Français en crèvent ».
Hélas, Hollande ne nous a donné aucune précision sur ce qu’il entendait par ce « choc de simplification administrative ». Et, mollasson comme on le connait, on le voit mal s’attaquer à ce fléau national qu’on appelle tantôt « le délire normatif français », tantôt « la tyrannie des ronds-de-cuir », tantôt plus simplement « l’énarchie ».
Et Hollande a conclu son numéro en déclarant un peu pompeusement : « Je veux une République exemplaire et apaisée ». Nous en rêvons tous. Exemplaire ? Cela commence mal avec Cahuzac, sans parler des affaires du PS à Marseille ou ailleurs. Apaisée ? De qui se moque-t-il, lui qui, après avoir déclaré la guerre aux riches, n’a rien trouvé de mieux que de sortir cette histoire du « mariage pour tous » qui a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de Français et divisé les Français comme ils ne l’avaient pas été depuis l’affaire de l’Ecole libre ?
On aurait aimé qu’il nous parle de la France, de la place de notre pays dans le monde, dans l’Europe, d’un grand dessein, d’une vision, d’un espoir pour les jeunes. Il ne nous a vendu que quelques rustines. En effet, comme un conseiller général aux petits bras.
On va lire avec intérêt les commentaires de la presse complaisante ce matin et attendre les prochains sondages. Dès hier soir, sur les plateaux de télévision, certains trouvaient qu’il avait « enfin revêtu les habits présidentiels »…

Mots-clefs :