Jérôme Cahuzac était sans doute l’un des meilleurs –ou des moins mauvais- ministres du gouvernement. Belle gueule, bon orateur, connaissant bien ses dossiers et pas vraiment de gauche, il avait tout pour plaire et certains le voyaient déjà succéder, un jour, à Jean-Marc Ayrault à Matignon.
L’ennui c’est qu’il n’était pas « blanc-bleu » et que les locataires de Bercy sont souvent la cible préférée des journalistes dits « d’investigation », voire même des « petits juges ». De Strauss-Kahn à Woerth en passant par Boulin, Emmanuelli, Bérégovoy ou Gaymard, on a l’impression qu’il y a une malédiction dans ce ministère. Il est vrai que quand on est grand argentier et donc chargé, notamment, de poursuivre sans pitié les fraudeurs de tout poil, il vaudrait mieux être irréprochable.
Or, cela faisait des années –et bien avant la création de Médiapart- que des rumeurs souvent très déplaisantes circulaient sur « le beau gosse ». Il avait commencé à faire fortune quand, juste après avoir été membre du cabinet de Claude Evin, ministre de la Santé, de 1988 à 1991, où il était chargé des médicaments, il avait créé un cabinet de conseil spécialisé justement dans le commerce des médicaments et travaillant pour les plus grands laboratoires. Certains s’étaient alors indignés de ce passage bien rapide du public au privé dans ce domaine particulièrement sensible du médicament. Puis, ce cardiologue de formation avait gagné encore beaucoup d’argent en créant avec sa femme, dermatologue, une clinique d’implants capillaires, spécialité « juteuse » mais peu prestigieuse dans le monde de la chirurgie.
On peut donc s’étonner que François Hollande qui (comme son prédécesseur) voulait instaurer une république irréprochable ait choisi pour un poste clé ce personnage « trop riche pour être honnête » selon ses ennemis, nombreux dans le Lot-et-Garonne (aux législatives de 2007, il a battu son adversaire UMP, l’ancien juge Jean-Louis Bruguière) et à Paris, à commencer par sa femme, Patricia, avec laquelle il est en instance de divorce et qui ne le ménage pas.
La fameuse présomption d’innocence étant devenue une galéjade dans notre pays, Libération pouvait titrer ce matin « Cahuzac, son compte est bon » et sa démission, exigée par Hollande lui-même, apparaitra aux yeux de beaucoup comme un aveu de culpabilité même si, pour l’instant, il n’est « victime » que de l’ouverture d’une information judiciaire.
Tout le monde s’émerveille, ce matin, de l’énergie dont aurait ainsi fait preuve, pour une fois, le président de la République. Mais Hollande n’avait guère le choix. La situation économique et financière du pays, les mesures d’austérité tous azimuts font du ministre du Budget le véritable ténor du gouvernement, ne serait-ce d’ailleurs qu’en raison de l’inexistence de plus en plus notoire du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et du ministre des Finances, Pierre Moscovici.
Hollande qui continue à sombrer dans tous les sondages, ne pouvait pas se permettre d’offrir à l’opposition, elle-même au creux de la vague, un putsching-ball sur lequel elle aurait pu se déchainer comme l’avaient fait les socialistes contre Eric Woerth pendant tout le débat sur les retraites.
Cette preuve d’autorité du chef de l’Etat ne va guère redorer son blason. Pour la majorité des Français, « l’affaire Cahuzac » démontre simplement, et une fois de plus, qu’il y a des « casseroles qui tintinnabulent » aussi bien à droite qu’à gauche. Un argument de plus pour ceux qui proclament « Tous pourris ! ».
Cela dit, la démission du ministre du Budget aura tout de même permis d’occulter totalement l’annonce par l’AQMI de l’assassinat d’un otage français.

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