Les Tchadiens viennent d’annoncer coup sur coup qu’ils avaient tué Abou Zeid, l’une des grandes « figures » d’Al Qaïda au Maghreb Islamique, et Moktar Belmoktar, dit « le borgne », ancien d’AQMI, chef d’un groupe de rebelles dissidents et auteur de l’attaque terroriste contre les installations gazières d’In Aménas.
Tout se serait passé au cours de combats particulièrement violents dans le grand nord du Mali où les Tchadiens, quelques Maliens et surtout les Français tentent de déloger les Islamistes qui s’y sont réfugiés après avoir fui Gao et Tombouctou.
Jusqu’à présent, nous n’avons aucune confirmation officielle de la mort de ces deux chefs rebelles, ni de Paris, ni de Bamako, ni d’Alger.
Très curieusement, d’ailleurs, les Français n’apparaissent pas dans ces deux « victoires » contre les Djihadistes que, seul pour l’instant, revendique le dictateur tchadien Idriss Déby dont les hommes ont subi de lourdes pertes dans ces combats.
Visiblement, les Français qui, évidemment, mènent toutes ces opérations veulent être discrets. Mais on notera tout de même que l’arme d’Abou Zeid qu’étudient actuellement les services secrets algériens (qui poursuivent Abou Zeid depuis des années) leur a été « remise par les soldats français », ce qui laisserait entendre que les Français étaient au moins présents sur les lieux lors de la mort du chef d’AQMI, si tant est que ce soit bien lui.
On comprend que Paris préfère laisser aux Tchadiens les honneurs de ces succès. Nous avons 15 otages actuellement dans cette région. 7 entre les mains d’AQMI, au nord du Mali : Daniel Larribe, Thierry Dol, Pierre Legrand, Marc Ferret, salariés d’Areva, enlevés au Niger, le 16 septembre 2010, Philippe Verdon et Serge Lazarevic, enlevés au Mali, le 24 novembre 2011, et Jules Berto Rodriguez enlevé au Mali, le 20 novembre 2012. Et nous en avons 8, sans doute au Nigéria, entre les mains d’« amis d’AQMI », Francis Collomp, enlevé au Nigéria le 19 décembre 2012, et les 7 membres de la famille Moulin-Fournier, le père, la mère, l’oncle et les 4 enfants, enlevés au Cameroun le 19 février dernier.
Nous glorifier de la mort de ces deux chefs plus ou moins charismatiques du Djihadisme africain serait, sans doute, condamner nos compatriotes.
Nous sommes sans aucunes nouvelles de nos otages. Paris répète qu’« il n’est pas question de négocier avec des preneurs d’otages ». C’est toujours ce que la France a affirmé mais elle a toujours essayé de négocier. Souvent avec succès. D’ailleurs, quand elle a tenté de libérer ses otages par une opération commando cela s’est toujours mal terminé.
Mais, cette fois, toute négociation semble impossible puisque la France a officiellement déclaré la guerre à ces Islamistes et qu’il serait donc inconcevable que Paris leur paie une rançon et d’ailleurs qu’ils l’acceptent.
On peut alors imaginer que Paris a fait savoir aux Djihadistes que nos Rafales, nos hélicoptères et nos forces spéciales les extermineraient jusqu’au dernier s’ils ne libéraient pas nos otages. Menace qui sous-entendrait que nous saurions nous montrer plus indulgents s’ils nous rendaient nos compatriotes.
Mais, d’une part, cette menace qui semble commencer à être mise à exécution n’aura, bien sûr, aucune prise sur les rebelles du Nigéria qui détiennent la famille Moulin-Fournier et Francis Collomp. Nous n’allons pas nous mettre à pilonner le Nigéria. Et, d’autre part -mais c’est l’une des difficultés de cette guerre- les Djihadistes n’ont pas peur de la mort et rêvent même de finir en martyrs. On les imagine donc mal nous rendre nos otages pour avoir la vie sauve.
Quand François Hollande nous a déclaré que déclencher l’opération du Mali était la meilleure des chances de récupérer nos otages, il a évidemment fait une erreur et démontré qu’il ignorait tout de ces « fous d’Allah ».
En se lançant dans cette aventure malienne, Hollande a pris le risque de sacrifier nos otages. Plus personne ne lui sait gré de ses « victoires » de Goa et de Tombouctou. Si demain, après avoir appris aujourd’hui qu’un troisième soldat français avait été tué dans cette expédition, les Français apprenaient que nos 15 otages ont été assassinés par les Djihadistes, ils ne le lui pardonneraient pas.

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