Les dictateurs meurent le plus souvent dans leur lit. C’est un peu dommage. Staline, Mao et Kim il Sung se sont éteints paisiblement, entourés de l’affection des leurs. Il y a de grandes chances que Castro en fasse autant. Pour que les dictateurs disparaissent comme il conviendrait il faut une intervention extérieure. Les Américains pour Saddam Hussein, les Français pour Kadhafi.
Ces morts paisibles permettent toujours aux courtisans d’en rajouter une ultime couche. On se souvient des articles de l’Humanité (notamment ceux d’Aragon) après la mort du « Petit père des peuples ». Il faut généralement quelques années de purgatoire doré pour que ces tyrans soient enfin jetés aux enfers.
Aujourd’hui, il est de bon ton de pleurer Hugo Chavez l’ancien putschiste vénézuélien devenu le héros de son peuple et plus encore de la gauche tiers-mondiste mondiale.
On nous dit qu’il n’était pas un dictateur puisqu’après deux tentatives de coup d’Etat, il a fini par être élu. Hitler, lui aussi, avait, après un putsch raté, été élu le plus démocratiquement du monde. On nous dit qu’il a su sortir de la misère les plus défavorisés de ses concitoyens. Le Chah d’Iran, Saddam Hussein et Kadhafi avaient, eux aussi, construit des écoles, des dispensaires et des logements sociaux. Il suffit d’avoir du pétrole.
On oublie de nous dire que Chavez était un populiste délirant, sorte de Mussolini exotique, meilleur copain de Castro, de Bachar al Assad, de Kadhafi, de l’Iranien Ahmadinejad, des dingues de Corée du Nord et de tous les fous furieux de la planète dont le fonds de commerce consiste à faire brûler le drapeau américain par des foules en transe et à conspuer le capitalisme occidental (tout en vendant leur pétrole aux plus grandes compagnies « impérialistes »).
On oublie aussi de nous dire qu’après des années de pouvoir sans partage, s’il a pu, grâce aux royalties du pétrole, acheter pour pas cher ses foules populaires qui le pleurent aujourd’hui, il laisse son pays totalement en ruines sur le plan économique avec l’un des régimes les plus corrompus de la planète ce qui n’est pas peu dire.
Il serait intéressant de savoir pourquoi Kadhafi n’a pas eu droit aux mêmes éloges funèbres que Chavez. Ils étaient, l’un et l’autre, militaires, crachaient, l’un et l’autre, sur l’Occident « capitaliste », prononçaient, l’un et l’autre, des discours sans queue ni tête qui duraient des heures, avaient, l’un et l’autre, muselé la presse d’opposition et enrégimenté les foules, l’un voulait réunir le monde arabe sous sa « Révolution verte », l’autre l’Amérique latine sous le « Bolivarisme », l’un et l’autre avaient du pétrole à profusion et ils avaient, l’un et l’autre, placé leur famille à tous les postes clés du pays.
Mais la gauche n’aime pas les Arabes (sauf s’ils sont terroristes) et adorent les Tropiques. Nos intellectuels pardonnent tout à Castro et rien à Assad qui se valent parfaitement. Du coup, ils pleurent Chavez.
Il va falloir attendre quelques années pour qu’on ait enfin le droit d’écouter les émigrés vénézuéliens nous dire ce que fut vraiment « le chavezisme ».
Félicitons (pour une fois) Hollande de n’avoir envoyé aux obsèques du dit-Chavez qu’un sous-ministre de la région pour représenter la France. C’est déjà trop…

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