Archives par moismars 2013



Pas de trêve pascale pour le ridicule

C’est le week-end de Pâques. Nous serions donc en droit de déguster tranquillement nos chocolats, blottis au coin de feu, en espérant que nos « grands » hommes se taisent un peu pour nous laisser souffler.
Eh bien pas du tout ! Dans la seule journée d’hier, Laurent Fabius a demandé à la Corée du Nord de ne pas déclencher une guerre mondiale et atomique, François Bayrou a regretté amèrement le passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été et Bernard Cazeneuve, le nouveau ministre du Budget, a affirmé que nous serions à 3% de déficit à la fin de 2014.
A première vue, ces trois déclarations « pascales » n’ont rien à voir entre elles. Si ce n’est qu’elles prouvent, toutes les trois, à quel point notre personnel politique sombre dans le ridicule.
Que Fabius qui n’est pas le plus mauvais de nos ministres envoie une « dépêche » aux fous furieux de la Corée du Nord pour leur faire savoir que Paris aimerait bien qu’ils s’abstiennent de toutes nouvelles provocations fait, bien sûr, partie du train-train de la vie diplomatique. Mais, en faisant connaitre à grands cris cette démarche « énergique » de notre ministre des Affaires étrangères, le Quai d’Orsay ridiculise le pauvre Fabius.
Il ne fait aucun doute que, depuis la mort de de Gaulle, les Nord-Coréens ignorent totalement où se trouve la France et que, quand ils ont cherché dans un dictionnaire qui pouvait bien être Hollande, ils ont découvert que c’était les Pays-Bas.
On peut le regretter mais c’est comme cela. Il faudrait que nos dirigeants, de droite comme de gauche, comprennent enfin à quel point leur politique a fait disparaitre la France de la carte du monde. Autant de Gaulle pouvait, de Phnom-Penh, faire la leçon aux Américains, autant Chirac pouvait encore, par la bouche de Villepin, refuser la guerre contre l’Irak, autant Hollande est aujourd’hui ridicule en lançant un avertissement aux Nord-Coréens.
Que François Bayrou, patron du MoDem et éternel candidat à la présidentielle, s’imagine encore que son heure (d’été ou d’hiver) finira par arriver est une chose. Mais qu’il n’ait rien trouvé de mieux que de s’insurger contre le changement d’heure alors qu’on vient d’apprendre que le déficit public était de 4,8% du PIB (et non pas de 4,5% comme l’avait annoncé le gouvernement) et que la dette publique atteignait 90,2% de ce même PIB (et non pas 89,9%) est d’autant plus stupéfiant qu’il faut bien reconnaitre qu’il fut longtemps le seul à tirer le signal d’alarme sur nos déficits et notre dette.
Bernard Cazeneuve fait ses débuts à Bercy. Cela dit, il faisait déjà partie du gouvernement et on veut donc croire qu’il était tout de même un peu au courant de la situation économique et même budgétaire du pays. Pourquoi éprouve-t-il le besoin d’entamer ses nouvelles fonctions en nous déclarant que « Nous serons aux 3% de déficit à la fin de 2014 » ? Il sait parfaitement qu’avec une croissance nulle pour atteindre cet objectif que nous impose Bruxelles (et que Hollande avait fixé à la fin de 2013) il faudrait soit augmenter encore considérablement les prélèvements obligatoires, ce qui est inconcevable, soit tailler à la serpe dans les dépenses de l’Etat ce que ne fera jamais ce gouvernement.
Bref, Fabius, Bayrou et Cazeneuve sont ridicules.
Mais Ayrault n’est pas en reste. Il confirme ce matin, dans le Journal du Dimanche, que Montebourg, « son » ministre du Redressement productif, lui a bel et bien déclaré au moment de l’affaire d’Arcelor-Mittal à Florange : « Tu fais chier la France entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes ». Et Ayrault n’a alors pas pensé, une seule seconde, à virer Montebourg de « son » gouvernement.
Après les déclarations du député socialiste de Paris Pascal Cherki qui comparait le président de la République à un modeste conseiller général de Corrèze, on peut en conclure que la France d’aujourd’hui est, selon les socialistes eux-mêmes, dirigée par… un conseiller général et un conseiller municipal. Il ne faut donc pas s’étonner que la politique du pays manque un peu d’envergure…

31 Mar 2013 | Comments (10)

Sarkozy, Hollande, Sarkozy…

Tout le monde l’a dit et répété sur tous les tons : Hollande n’a été élu que parce que Français ne supportaient plus Sarkozy (et que DSK avait été éliminé dans les circonstances que l’on connait). Aujourd’hui, il semble bien que ces mêmes Français ne veulent plus de Hollande.
Jeudi soir, le président de la République a totalement raté ce qu’on nous présentait comme son « grand oral ». Il s’agissait, en fait, d’un « oral de rattrapage ». Dégringolant dans tous les sondages depuis des mois, beaucoup plus que ne l’avaient fait tous ses prédécesseurs au lendemain de leur entrée à l’Elysée, Hollande devait tout essayer pour tenter de reprendre la main, de créer un minimum de confiance, de faire croire qu’il était capable d’assumer ses fonctions. C’est loupé. 66% des téléspectateurs ne l’ont pas trouvé convaincant, selon un premier sondage BVA pour I-télé. On les comprend.
On s’étonne même qu’un tiers des « sondés » ait pu être séduit par ses rodomontades sur la courbe du chômage et sa « boite à outils » de petit bricoleur.
Alors que la situation du pays est chaque jour plus catastrophique avec un chômage, une précarité, des déficits, une dette qui explosent, on était en droit d’attendre « quelque chose » du chef de l’Etat, au moins une idée neuve.
Or, il s’est contenté de nous annoncer que la durée de cotisation pour les retraites serait allongée, que les allocations familiales seraient diminuées pour les familles aisées, que les entreprises auraient à payer une taxe pour les salaires par trop élevés de leurs dirigeants et qu’il voulait simplifier les démarches administratives. Autant dire des mesures plutôt « de droite » que même la droite n’avait pas osé lancer.
Pour celui qui prétendait « ré-enchanter le rêve français » et qui espérait rebondir avec cette heure de propagande c’est bien peu. Et, en plus, pas le moindre souffle, aucune vision d’avenir, aucune « allure ». En effet, du bricolage de débutant.
On comprend que la gauche de la gauche soit furieuse et que la droite ricane. Le grand jury (populaire) de ce tout petit oral a recalé le candidat en ne lui accordant qu’un petit 3 sur 10, selon les sondages. Avec une telle note, il y a bien peu de chance que ce cancre soit autorisé à… redoubler dans quatre ans. Il risque fort, s’il ne se reprend pas très sérieusement d’ici-là –mais en a-t-il les capacités ?- d’être viré de l’établissement.
Mais le problème pour les Français est déjà celui de son remplacement car le poste ne peut pas rester vacant.
Et c’est ici qu’on voit –à la surprise générale, il faut bien le dire- revenir, sur la pointe des pieds mais avec ses gros sabots, Nicolas Sarkozy. Alors qu’il ruminait sa rancœur dans son coin, il a la double et divine surprise de voir que ses rêves les plus fous commencent à s’exaucer. Son successeur-usurpateur est plus mauvais encore qu’il n’avait pu l’imaginer et ses propres héritiers auxquels il n’avait d’ailleurs rien légué ont fait la preuve, à force de s’entredéchirer comme des chiffonniers pour se partager les dépouilles, qu’ils ne pouvaient pas prétendre à la couronne.
A gauche, on imagine mal un Valls ou une Martine Aubry oser entrer en lice pour tenter de sauver les couleurs du PS tant que le calife sera sur son trône même chancelant. A droite, Fillon et Copé sont déjà exsangues, quatre ans avant le combat et un inconnu du genre NKM ou Bruno Le Maire est encore trop vert pour sortir du bois en 2017.
Bref, qu’on le veuille ou non et même si les juges, après l’avoir mis en examen, l’expédiaient derrière les barreaux, Sarkozy a, jusqu’à preuve du contraire, un boulevard devant lui. On va droit vers une nouvelle « Restauration » !
En 2012, les Français le rejetant ont élu Hollande, en 2017, rejetant Hollande ils l’éliront. Quitte, naturellement, à rappeler Hollande en 2022. L’alternance n’a plus que deux protagonistes.
Pire encore l’alternance risque bien de n’être que de façade. On change les premiers rôles mais la tragi-comédie reste la même puisqu’à part augmenter les impôts, baisser les aides, reculer l’âge de la retraite et créer des emplois bidon pour les jeunes nos deux « chefs de guerre » n’ont toujours pas compris que nous étions entrés dans le XXIème siècle, c’est-à-dire dans un autre monde où « l’exception française », « les avantages acquis », « l’Etat providentiel » sont des expressions qui font penser aux chars-à-boeufs, à la marine-à-voile et à la lampe-à-huile, pour ne pas dire à l’homme de Cro-Magnon.
Reste évidemment à savoir si, avec un chômage à 20% ou plus et une dette à 100% du PIB ou plus, les Français se contenteront d’observer indéfiniment ce petit duo de marionnettes passant de la danse de Saint-Guy à la danse du ventre.

30 Mar 2013 | Comments (8)

Quand Hollande nous prend pour des imbéciles…

Ce qui est bien avec François Hollande, c’est qu’on n’est jamais déçu ! Mis à part les derniers « hollandolâtres », une espèce en voie de disparition, personne, hier soir, n’attendait quoi que ce soit de la prestation télévisée du président de la République.
Ayant été totalement incapable, pendant dix mois, de faire face à la situation et à ses obligations, on ne pouvait guère imaginer qu’en une petite heure il saurait nous remonter le moral en nous faisant croire qu’il avait compris la gravité de la situation, qu’il avait fixé un cap et que les choses allaient finir par s’arranger.
On sait qu’il aime « les blagues à deux balles ». Il a donc d’abord commencé par nous raconter sa baliverne préférée : il va inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année grâce à ses contrats de génération, son pacte de compétitivité et sa banque publique d’investissement. Personne n’y croit, bien sûr, lui non plus d’ailleurs, mais ça fait toujours sourire (amèrement).
Ainsi lancé, il a continué à prendre les téléspectateurs pour des imbéciles. Il nous a d’abord juré ses grands dieux qu’il n’y aurait pas d’impôts nouveaux… oubliant, notamment, l’augmentation prévue de la TVA et quelques autres broutilles. Quant au déficit abyssal de la Sécurité sociale, il s’est contenté d’un superbe… « Nous ne reparlerons »…
Pour ce qui est de la fiscalisation des prestations familiales, il a fait encore plus fort. Pas question, nous a-t-il déclaré le plus sérieusement du monde, de taxer les allocations et encore moins de remettre en question l’universalité de cette politique d’aide aux familles. A un détail près : « Que les hauts revenus touchent autant que les autres, non ».
L’idée se défend parfaitement. La solidarité ne devrait jouer qu’en faveur de ceux qui en ont vraiment besoin. Mais alors il faut avoir le courage de le dire et annoncer aux Français que les riches (et un bon nombre de moins riches) ne toucheront plus les mêmes allocations familiales que les « défavorisés » et que l’universalité de cette politique en faveur des familles va disparaitre. Un gosse de pauvre rapportera plus qu’un gosse de riche.
Pour la fameuse taxe à 75% sur les revenus dépassant le million d’euros par an, il a trouvé un tour de passe-passe. Le Conseil constitutionnel lui ayant retoqué sa petite idée, ce ne seront plus les bénéficiaires de ces hauts salaires (indécents, il est vrai) qui paieront les 75% mais… leurs entreprises. La première version était anticonstitutionnelle car confiscatoire, la nouvelle version sera totalement inapplicable mais Hollande pense sans doute sauver ainsi la face.
Pour les retraites, lui qui s’était roulé par terre quand Sarkozy avait reculé l’âge de départ à 62 ans, voilà qu’il reconnait, enfin, qu’il va falloir… allonger la durée de cotisation. Or, quelle différence y a-t-il entre reculer l’âge de la retraite et allonger la durée de cotisation ? Aucune en réalité. Nous avions, d’ailleurs, été, ici-même, quelques-uns à reprocher à Sarkozy d’avoir préféré toucher au « tabou » de la retraite à 60 ans plutôt que de prolonger les annuités de cotisation ce qui serait revenu au même.
La seule nouveauté, hier soir, a été l’annonce présidentielle d’« un choc de simplification administrative » (sic !). Là, bravo ! La France crève sous le poids des lois, des décrets, des arrêtés, des règlementations, des normes en tous genres, souvent obsolètes, parfois contradictoires, voire absurdes, en tous les cas liberticides, ainsi que sous le fardeau de son mille-feuille des collectivités et sous sa dictature de ses administrations. En 1964, Georges Pompidou, alors Premier ministre de de Gaulle, déclarait déjà « Arrêtez d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois dans ce pays, les Français en crèvent ».
Hélas, Hollande ne nous a donné aucune précision sur ce qu’il entendait par ce « choc de simplification administrative ». Et, mollasson comme on le connait, on le voit mal s’attaquer à ce fléau national qu’on appelle tantôt « le délire normatif français », tantôt « la tyrannie des ronds-de-cuir », tantôt plus simplement « l’énarchie ».
Et Hollande a conclu son numéro en déclarant un peu pompeusement : « Je veux une République exemplaire et apaisée ». Nous en rêvons tous. Exemplaire ? Cela commence mal avec Cahuzac, sans parler des affaires du PS à Marseille ou ailleurs. Apaisée ? De qui se moque-t-il, lui qui, après avoir déclaré la guerre aux riches, n’a rien trouvé de mieux que de sortir cette histoire du « mariage pour tous » qui a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de Français et divisé les Français comme ils ne l’avaient pas été depuis l’affaire de l’Ecole libre ?
On aurait aimé qu’il nous parle de la France, de la place de notre pays dans le monde, dans l’Europe, d’un grand dessein, d’une vision, d’un espoir pour les jeunes. Il ne nous a vendu que quelques rustines. En effet, comme un conseiller général aux petits bras.
On va lire avec intérêt les commentaires de la presse complaisante ce matin et attendre les prochains sondages. Dès hier soir, sur les plateaux de télévision, certains trouvaient qu’il avait « enfin revêtu les habits présidentiels »…

29 Mar 2013 | Comments (8)

Le braquet du conseiller général…

On ne sait pas ce que va nous dire, ce soir, François Hollande au cours des trois-quarts d’heure d’horloge qu’il s’offre sur France 2. Mais ce qui est sûr c’est qu’il ne pourra ni nous répéter que tout est « de la faute de Nicolas Sarkozy », ni nous raconter que c’est « la crise » et qu’on n’y peut rien, ni nous faire croire que les mesures qu’il a prises vont rapidement donner leurs premiers résultats.
Sarkozy n’est plus au pouvoir depuis dix mois, un certain nombre de pays voisins, connaissant la même crise que nous, s’en sortent beaucoup mieux que nous et la politique qu’il mène depuis son entrée à l’Elysée n’a fait qu’accélérer la dégringolade du pays.
Les chiffres du chômage, avec 3,180 millions d’inscrits au Pôle emploi en catégorie A, vont dépasser le triste record historique de 1997, 3,190 millions. Depuis que François Hollande est président, il y a 250.000 chômeurs de plus en catégorie A. Si on additionne les catégories A, B et C, on arrive au record absolu de 4,700 millions de demandeurs d’emploi. Un Français (actif) sur six !
Hier, on a appris, en plus, que, pour la première fois depuis 1984, le pouvoir d’achat des Français avait baissé.
En économie, la malédiction n’existe pas et tous les malheurs ont toujours une explication. Tout le monde sait que si, en France, le chômage de masse est devenu « une tendance lourde », comme le reconnait Michel Sapin, lui-même, c’est parce que les entreprises, écrasées de taxes et de règlements, n’ont plus les moyens ni d’innover ni d’investir et qu’elles ont donc perdu toute compétitivité.
Tout le monde sait aussi que si le pouvoir d’achat des Français a baissé (ce qui veut dire que la consommation va, elle aussi, baisser) c’est parce qu’ils sont, eux aussi, écrasés de prélèvements obligatoires.
N’importe qui comprend alors que pour s’attaquer au chômage, il faudrait d’abord permettre aux entreprises d’innover et d’investir et aux Français de consommer. Donc qu’il faudrait alléger les charges qu’on leur impose aux unes et aux autres.
Obsédé –à juste titre- par nos déficits publics et la dette qu’ils provoquent, Hollande s’est trompé de colonne en faisant ses calculs. Il augmente les recettes alors que ce sont les dépenses qu’il faudrait diminuer. Tout le monde le lui a dit. Mais un vieil apparatchik du parti socialiste peut-il faire autre chose que de présurer toujours plus les riches et les moins riches et que d’embaucher, par exemple, 60.000 nouveaux enseignants ?
Certes, bien que s’étant très récemment découvert une vocation de guerrier, il va sabrer dans le budget de la défense et nous faire définitivement perdre notre statut de grande puissance (moyenne, en fait). Mais, pour le reste, il n’ose pas s’attaquer au train de vie de l’Etat, au nombre faramineux de nos fonctionnaires, aux aides, subventions, allocations distribuées à la volée, au mille-feuilles absurde de nos collectivités, à notre système ruineux de protection sociale, aux injustices scandaleuses de notre fiscalité, à la ribambelle de conseils, de comités, d’associations subventionnés qui sont autant de sangsues sur la bête, etc.
Ce type n’est pas à la hauteur de sa fonction. Bien des gens le pensent depuis dix mois, certains le disent. Cette fois, c’est un socialiste qui ose le proclamer ouvertement. Pascal Cherki n’est pas un militant de base inconnu. Il est député de Paris, maire du 14ème arrondissement et l’un des ténors de la gauche du PS. Et que dit-il ? « Quand on est président de la République, on n’est pas conseiller général, on prend la mesure de la situation et on change de braquet ».
Hier, nous nous demandions, ici même, si François Hollande n’était pas « un gros nul ». Cherki, un socialiste pur jus, semble se poser la même question.
Mais ne sachant que « pédaler dans la semoule », Hollande est visiblement incapable de « changer de braquet »…

28 Mar 2013 | Comments (15)

« Un gros nul »?

Certains attendent avec impatience, d’autres avec simplement de la curiosité l’intervention de François Hollande, demain soir, à la télévision.
Les premiers veulent encore espérer que le président de la République sortira de son chapeau quelques recettes miracles pour faire face à la crise. Les seconds se demandent quelles pirouettes pourra bien trouver le chef de l’Etat pour expliquer pourquoi il n’a tenu aucune de ses promesses et pourquoi tout ne fait que s’aggraver, le chômage, la précarité, la dette, la balance du commerce extérieur, l’isolement de la France, etc.
Il est d’ailleurs vraisemblable qu’un bon nombre de téléspectateurs préféreront zapper plutôt que de regarder cette énième opération de communication d’un président qui semble avoir été à bout de souffle et au bout du rouleau depuis le début de son mandat, il y a dix mois.
A l’Elysée, on nous dit que Hollande veut faire de la « pédagogie » (c’est le grand mot à la mode), expliquer aux Français sa politique, leur montrer qu’il a « un cap » et qu’il le suit et leur répéter qu’avant longtemps on verra les premiers résultats de toutes les mesures qu’il a prises.
Le mot « pédagogie » est évidemment malheureux. Les Français ne sont pas des enfants et Hollande n’est pas un maitre. Ni en économie, tout va de plus en plus mal, ni en politique, sa majorité se délite, ni en diplomatie, nous sommes brouillés avec l’Allemagne d’Angela Merkel, la Grande Bretagne de David Cameron, la Russie de Vladimir Poutine et méprisés par les Etats-Unis d’Obama.
Hollande va-t-il avoir le culot, au lendemain même de l’annonce officielle d’une nouvelle hausse du chômage (pour le 22ème mois consécutif !) de nous affirmer, une fois de plus, qu’avec ses emplois jeunes, ses contrats de génération et son crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises, aussi « bidons » les uns que les autres, il va inverser la courbe du chômage dans les 9 mois qui viennent ? Va-t-il oser nous dire qu’un léger frémissement se fait sentir ou même que certains clignotants passent au vert alors que les plans de licenciement se multiplient encore, que la croissance est nulle, que les investissements sont à l’arrêt et que la consommation est en baisse?
Pour la très grande majorité des Français, les dix premiers mois du quinquennat de François Hollande et son fameux « changement » promis se sont limités à une accélération de la dégradation générale du pays, à des hausses d’impôts, à des baisses de la protection sociale et à la légalisation du mariage des homosexuels.
Pour les hétérosexuels qui semblent encore, pour l’instant, être très majoritaires dans le pays, c’est un bilan catastrophique.
En fait, les Français se sont, bien vite, aperçus que le président n’avait aucune prise sur les réalités. Les nier n’a jamais été suffisant pour les maitriser. Il nous impose « de la sueur, du sang et des larmes » mais ne l’avoue pas et surtout ne sait pas quelle guerre il veut mener et quelle stratégie il compte employer. Sur la passerelle de son paquebot, le capitaine de pédalo regarde, avec son sourire benêt et entouré de son équipage inerte, couler son navire dans la tempête en refusant d’entendre les cris des passagers qui se noient.
Il va, sans doute, demain soir, nous refaire les tirades et les effets de manche de sa campagne en nous promettant qu’on rasera gratis demain. Mais les Français ne veulent plus l’écouter ni même l’entendre. Il est, comme disent certains, « brûlé », « cramé », « carbonisé ».
Les Français reprochaient à Chirac d’être « un rad.-soc. » somnolant, à Sarkozy d’être « un agité inconséquent ». Ils reprochent à Hollande d’être « un gros nul ». Il n’y a aucune chance qu’ils soient sensibles à sa nouvelle séance de… pédagogie. Ils ne l’écoutent plus. Ils ne l’entendent même plus.

27 Mar 2013 | Comments (18)

Les juges et l’honneur

A-t-on le droit de dire, comme vient de le faire Henri Guaino, qu’un juge a « déshonoré la justice » ? Evidemment. Les juges qui ont condamné Dreyfus ont déshonoré la justice, les juges qui ont siégé à Riom pendant l’occupation ont déshonoré la justice, les juges de Bruay-en-Artois, de la Vologne ou d’Outreau ont déshonoré la justice, sans parler des juges francs-maçons de Nice et de bien d’autres.
C’est défendre l’honneur de la justice elle-même que de s’en prendre à des magistrats qui, par idéologie, ont oublié qu’ils devaient, en toute impartialité, rendre la justice « au nom du peuple français ».
Si leur indépendance est garantie, ils ne sont tout de même « que » des fonctionnaires de l’Etat et n’ont pas à se servir des pouvoirs exorbitants que la République leur a confiés pour tenter de changer notre société ou régler des comptes personnels.
Certes, il y a des juges honnêtes mais la justice française souffre depuis trop longtemps de « petits juges rouges » qui rêvent d’envoyer derrière les barreaux tous « les salauds de patrons » et de massacrer les bourgeois. Tout le monde sait que l’Ecole de la Magistrature du Bordeaux est une ultime survivance de mai 68 et que la plupart des syndicats de magistrats sont des repaires de « gauchistes ». Il suffit d’ailleurs d’aller s’asseoir dans une salle d’audience pour s’apercevoir, bien vite, que le délinquant, pour peu qu’il soit issu d’un milieu défavorisé, a toutes les excuses et que sa victime, pour peu qu’elle porte une cravate, tous les torts.
Que le juge Gentil déteste Sarkozy est, naturellement, son droit le plus strict. Il n’est d’ailleurs pas le seul. Mais qu’il aille jusqu’à mettre l’ancien président de la République en examen pour avoir « abusé de la faiblesse » de Liliane Bettencourt est inadmissible car, bien sûr, cela ne tient pas debout. Les Bettencourt et quelques autres grosses fortunes du pays ont toujours aidé financièrement, en toute illégalité et de très bon cœur, la plupart des candidats à la présidence, de droite comme de gauche.
On dira que Nicolas Sarkozy est (peut-être) coupable d’avoir eu recours à des financements occultes pour sa campagne présidentielle et que, ces faits étant proscrits, le juge Gentil a cherché un autre motif pour le coincer. C’est, bien sûr, intolérable et ne peut conduire, du moins on veut l’espérer, qu’un à un non-lieu.
Henri Guaino avait-il alors le droit de déclarer que Gentil « déshonorait la justice française » ? Oui. On ne voit pas pourquoi, dans une démocratie, un juge pourrait tenter de déshonorer un citoyen, quel qu’il soit, en magouillant sur les motifs de mise en examen, sans qu’on ait le droit d’émettre des réserves sur son honnêteté et son sens de l’honneur.
Il est dommage que nous ayons totalement oublié la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui est, pourtant, le fondement même de notre droit. L’article 11 affirme : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de homme », l’article 15 précise : « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».
Guaino « demande compte » à Gentil de « son administration » et a parfaitement le droit de « communiquer son opinion ».
Mais dans notre pauvre et vieux pays qui prétend encore être celui de toutes les libertés il y a bien longtemps que « les castes au pouvoir » ont oublié cette Déclaration des Droits de l’Homme et se croient tout permis. Il serait grand temps de leur rappeler que nous avons des comptes à leur demander.

26 Mar 2013 | Comments (7)

« Dix mois, ça suffit! »

Sale dimanche, hier, pour le pouvoir.
La manifestation contre le mariage homosexuel a été un énorme succès. Il suffit de voir les photos de la foule pour comprendre que le chiffre avancé par la préfecture de police de 350.000 manifestants est ridicule même si le million et demi revendiqué par les organisateurs est, sans doute, un peu excessif.
Personne ne pouvait prévoir un tel raz-de-marée alors que le texte incriminé a déjà été approuvé par l’Assemblée Nationale et va l’être sans problème par le Sénat. Mais, et c’est en cela que la journée a été importante, il ne s’agissait plus d’un baroud d’honneur pour une cause perdue.
Dès le début de la manifestation, on a entendu des slogans qui dépassaient de beaucoup le débat sur « le mariage pour tous ». D’innombrables marcheurs hurlaient : « Le chômage avant le mariage » et le mot d’ordre était repris sur un grand nombre de banderoles. Ce n’étaient plus seulement les défenseurs de la famille traditionnelle qui défilaient. Ils avaient été rejoints par les « Français de base » affolés par la situation et excédés par les atermoiements et l’incapacité de François Hollande à faire face à la crise qui s’aggrave de jour en jour.
Le président de la République s’était imaginé, très naïvement, qu’en jouant avec des réformes dites « sociétales » il ferait oublier au « peuple » le chômage, la dégringolade du pouvoir d’achat des classes moyennes et la misère qui frappe de plus en plus les « défavorisés ». Il s’est trompé. En espérant calmer la gauche de sa gauche et en voulant plaire les bobos homosexuels parisiens, il a simplement allumé une mèche qui pourrait faire sauter tout le baril des mécontentements.
Hier, la foule lui a rappelé sèchement que, si sa lubie-gadget de faire marier à la mairie des gens du même sexe détruisait le principe même de la famille, elle était infiniment moins importante, dans l’immédiat, pour la majorité des Français, que la déliquescence complète de notre économie. Et on est rapidement passé du « Non au mariage gay » au « Hollande démission ». Certains allant jusqu’à pasticher un vieux slogan en criant « Dix mois, ça suffit ! »
Manuel Valls a sans doute été l’un des rares à comprendre les risques politiques de cette démonstration de masse. Il a donc cru devoir donner aux forces de l’ordre des instructions pour réprimer énergiquement tout débordement. Une évidente maladresse qui va permettre ce matin à la presse mondiale de publier des photos d’« insurrection sur les Champs Elysées ». Bien mauvaises images pour Hollande qui guerroie au Mali, envoie des troupes en Centrafrique et fait donner les CRS au cœur même de sa capitale. Finalement, ce type n’est pas « normal ».
On ne voit pas comment le président va pouvoir sortir de ce guêpier. Après s’être « dégonflé » pour le vote des étrangers, pour le cumul de mandats, pour les 75% et même pour la croissance, il ne peut plus reculer sur son mariage homosexuel. Or il est évident que ces centaines de milliers de manifestants qui sont descendues dans la rue ne vont pas désarmer maintenant qu’ils ont déjà remplacé leur combat contre le mariage gay par une opposition frontale au pouvoir socialiste.
Mais la plus mauvaise nouvelle est sans doute venue de Beauvais avec les résultats du second tour de l’élection législative partielle de la 2ème circonscription de l’Oise.
On le sait, la candidate socialiste, Sylvie Houssin, avait déjà été éliminée dès le première tour alors pourtant qu’en 2012 elle avait obtenu 38,85% des voix et avait bien failli l’emporter. On attendait donc, hier, une très large victoire de l’éternel Jean-François Mancel, le candidat de l’UMP, sortant et réélu depuis plus d’un quart de siècle et qui n’avait plus en face de lui qu’une candidate du Front National, Florence Italiani.
Or, Mancel n’a été réélu qu’avec 51,41% des voix, l’institutrice inconnue du FN obtenant 48,59% des suffrages. On dira que Mancel est usé jusqu’à la corde, qu’il a eu des démêlés avec la justice, qu’il a peut-être eu à souffrir de la crise de l’UMP. Mais au 2ème tour des législatives de l’année dernière, dans une triangulaire, Florence Italiani n’avait obtenu que 22,18% des voix et on peut ajouter qu’en 2007, Anne Fouet, la candidate du FN d’alors, n’avait recueilli que 8,21% des voix.
Cette partielle de l’Oise confirme que les électeurs ne veulent plus des candidats du PS (on l’avait déjà vu lors des premières partielles de décembre dernier quand la candidate socialiste de la 6ème circonscription de l’Hérault avait été largement battue par un UMP et que la droite l’avait aussi facilement emporté dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne) et qu’ils hésitent de moins en moins à voter Front National.

25 Mar 2013 | Comments (13)

Une chance inespérée pour Sarkozy ?

Abuser de la faiblesse d’une vieille dame pour lui soutirer de l’argent est, évidemment, ignoble. Aux yeux de l’opinion publique, pourtant blasée de tout, c’est beaucoup plus grave que de toucher des pots-de-vin, détourner des rétro-commissions, utiliser des emplois fictifs ou faire voter de faux électeurs, toutes choses devenues banales dans notre vie politique.
Mais en mettant en examen Nicolas Sarkozy sur cette accusation, le juge Jean-Pierre Gentil s’est sans doute engagé dans une voie sans issue.
D’une part, parce que tout le monde sait parfaitement que les Bettencourt ont toujours aidé financièrement certaines personnalités politiques et que Sarkozy n’avait donc pas besoin d’« abuser de la faiblesse » de Liliane Bettencourt pour obtenir cette aide.
D’autre part, parce que les témoignages des domestiques de Liliane Bettencourt ne sont pas probants. Que Sarkozy soit allé une, deux ou trois fois rendre visite à Liliane Bettencourt, avant ou pendant sa campagne présidentielle, n’est pas un délit et ne veut pas dire qu’il soit ressorti de l’hôtel particulier de Neuilly avec des enveloppes pleines de billets dans ses poches, même si Mme Bettencourt avait demandé (preuve qu’elle n’était pas aussi gâteuse qu’on le dit) qu’on lui apporte de Suisse quelques liasses de billets de banque les jours précédents.
Tout le monde est persuadé que « la femme la plus riche de France » a aidé, de son plein gré, financièrement le candidat de la droite pour sa campagne présidentielle mais personne ne pourra jamais prouver qu’elle a, elle-même, remis des billets à Sarkozy lui-même, et a fortiori sous la moindre pression. A moins, bien sûr, qu’elle et lui ne le reconnaissent devant un juge ce qui n’est guère imaginable.
Georges Kiejman, ancien ministre de Mitterrand et ancien avocat de Liliane Bettencourt a sûrement raison de dire qu’il y a « trop de charges invraisemblables » dans cette mise en examen et que le juge Gentil a porté « un mauvais coup à la justice ».
Cela dit, la question aujourd’hui n’est pas de savoir comment la procédure engagée par le juge Gentil va s’enliser dans les sables mais quelles seront les suites politiques qu’aura cette affaire pour Sarkozy.
Il faut d’abord se souvenir qu’en France la justice n’a jamais tué un homme politique. Sans remonter jusqu’à Joseph Caillaux qui, condamné pour trahison pendant la guerre de 14 (et dont la femme avait auparavant assassiné le directeur du Figaro) est redevenu ministre des Finances en 1925, on se souvient des démêlés de François Mitterrand avec la justice à propos de l’affaire du jardin de l’Observatoire qui ne l’ont pas empêché, quelques années plus tard, de devenir président de la République. Et on pourrait multiplier à l’infini ces exemples d’amnésie des électeurs.
Ce qui est frappant dans le cas de Sarkozy c’est que, depuis deux jours et grâce au juge Gentil, tout le monde répète à satiété et à la « une » de toutes les presses qu’il est le patron incontesté de l’opposition et le candidat inévitable de la droite pour 2017. En le mettant en examen, Gentil l’a remis sur son piédestal.
Pour les uns, la justice, instrumentalisée par le pouvoir, tente d’abattre le seul adversaire dangereux pour Hollande. Pour les autres, en ne faisant que son travail, la justice a, par pure coïncidence et presque par inadvertance, essayé de porter un coup fatal au plus redoutable des concurrents. Preuve que, pour les uns comme pour les autres, Sarkozy reste si ce n’est le chef de l’opposition du moins son seul « homme recours ».
Une chose est sûre. On se demandait si Sarkozy aurait envie de replonger dans le combat politique. Lui-même faisait sa « chochotte » en affirmant à qui voulait l’entendre qu’il n’avait jamais été aussi heureux que dans sa vie actuelle, en écoutant chantonner sa femme et en accompagnant sa fille à l’école. Il ajoutait toutefois que si la situation de la France le lui imposait… il serait prêt à se sacrifier.
Bien sûr, personne n’était dupe et ceux qui le connaissaient un peu savaient très bien que ce « teigneux » ne pensait qu’à une seule chose depuis le soir de sa défaite  : prendre sa revanche. La situation catastrophique du pays, la dégringolade de François Hollande dans tous les sondages et plus encore le spectacle totalement affligeant qu’offrait l’UMP lui redonnaient évidemment tous les espoirs que certaines études d’opinion lui confirmaient. Il attendait son heure.
Mais le vaincu d’hier est maintenant trainé en justice. Il a une revanche à prendre non plus sur Hollande mais sur le sort qui semble s’acharner sur lui. Pire, on l’accuse d’une infamie, c’est donc désormais pour lui une question d’honneur.
On ne comprend rien à Sarkozy si on ne fait pas un minimum de psychanalyse de bistrot. Ce grand complexé a toujours souffert de sa petite taille, d’être un fils d’immigré, du divorce de ses parents, de ne pas être aussi riche que les autres, de ne pas avoir « l’art et la manière » et du mépris dans lequel le tenaient ostensiblement des « grands » du monde politique, à commencer par Chirac.
Son désir frénétique du pouvoir qui pendant des années lui a fait avaler toutes les avanies et commettre bien des indélicatesses n’a jamais été pour lui qu’une volonté effrénée de revanche et qu’une soif d’être reconnu comme l’un des leurs par les puissants et les riches.
Le « petit chose » pensait y être enfin… « parvenu ». Et voilà qu’un juge de province le traite comme un loubard de banlieue qui aurait arraché son sac à une vieille dame. Il est, bien sûr, convaincu que c’est sur ordre de Christiane Taubira et donc de François Hollande que le juge Gentil tente de l’enfoncer.
Quand Gentil après lui avoir signifié sa mise en examen lui a dit « Voilà, c’est terminé », Sarkozy, furieux, lui aurait répondu, menaçant : « Non, ce n’est pas terminé. Ne vous inquiétez pas, je n’en resterai pas là ».
Dans la bouche de Sarkozy cela voulait dire : « Vous allez me le payer cher, vous et vos maitres ». On peut parier qu’il avait alors décidé d’être candidat en 2017…
Reste, bien sûr, à savoir comment les Français vont réagir à tout cela. L’année dernière, ils ne le supportaient plus à cause de son bling-bling, de ses zigzags, de ses coups de barre à gauche puis à droite, de tous ses échecs sur le chômage ou la dette, sans parler déjà des affaires. Mais le temps passe. Hollande fait encore plus mal, 70% des Français ne veulent déjà plus de lui et on ne voit pas quel miracle pourrait lui éviter d’arriver en guenilles et sur les genoux à l’élection de 2017.
Ajoutons qu’en mettant en examen Sarkozy, Jean-Pierre Gentil a cloué le bec des Copé, Fillon et autres prétendants qui vont tous maintenant être obligés d’être solidaires comme un seul homme derrière Sarkozy.
En le mettant en examen, Gentil a rendu le plus beau des services à Sarkozy : il l’a remis à la « une » de l’actualité et dans le rôle de l’homme providentiel de l’opposition, il en a fait la victime de ce que certains vont présenter comme un complot fomenté à l’Elysée, il lui a redonné « la rage » et il a éliminé ses éventuels concurrents.

24 Mar 2013 | Comments (10)

L’acharnement du juge et l’inquiétude des courtisans

Peut-on reprocher à un juge d’instruction de « s’acharner » contre un justiciable ? Evidemment non. Le travail d’un magistrat instructeur est, précisément, de « s’acharner » pour essayer de trouver la vérité, de démasquer les coupables et de les mener devant le tribunal où ils auront des comptes à rendre. Trop d’affaires dans ce pays ont été ignorées, étouffées, oubliées, enterrées et trop d’aigres-fins, continuent à se pavaner, fortune faite, en toute impunité, dans les allées du pouvoir.
Il est évident que le juge Jean-Michel Gentil, convaincu « en son âme et conscience » et au vu de certaines pièces du dossier, de la culpabilité de Nicolas Sarkozy « s’acharne » contre lui. Ne pouvant plus le poursuivre pour un financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007, il le met en examen pour « abus de faiblesse » sur la personne de Liliane Bettencourt. C’est beaucoup plus infamant mais, il faut bien le dire, assez dérisoire.
Contrairement à d’autres margoulins de l’entourage de « la femme la plus riche de France », le candidat Sarkozy n’a, sûrement, pas eu à « abuser » des moments de fatigue de la vieille dame.
De tout temps, les grandes fortunes de France ont financé très généreusement la plupart des candidats à l’Elysée ainsi qu’un bon nombre de partis politiques. On semble, d’ailleurs, avoir oublié qu’André Bettencourt, le mari, a été député, sénateur, ministre de droite et que la fortune de sa femme lui a permis de se faire pardonner l’attitude pour le moins équivoque qu’il avait eue, comme son beau-père, pendant les années noires de l’occupation. Bettencourt était aussi l’un des meilleurs amis de François Mitterrand qu’il avait fait embaucher à l’Oréal au lendemain de la guerre et qu’il a toujours su aider quand il le fallait.
Bref, si Sarkozy et/ou Eric Woerth ont peut-être, sans doute, vraisemblablement bénéficié des largesses de Liliane Bettencourt, on ne peut pas dire qu’ils aient « abusé » de sa « faiblesse » puisque la générosité tous azimuts (ou presque) de la famille Bettencourt faisait partie des traditions de la République comme celle d’un bon nombre d’autres grands noms du CAC40.
Mais connaissant son droit, le juge Gentil n’avait aucun autre « délit » à reprocher à Sarkozy que d’avoir abusé d’une vieille dame qui est peut-être beaucoup moins gâteuse que ne l’affirment certains, à commencer par sa propre fille.
L’affaire qui dure déjà depuis longtemps ne fait que débuter pour Sarkozy. Elle va trainer des mois, voire des années.
En s’attaquant bille en tête, dès hier, au juge Gentil, les amis de Sarkozy ont fait une erreur invraisemblable. Henri Guaino s’est ridiculisé en proclamant que Gentil avait « déshonoré la justice française », Fillon n’aurait pas dû déclarer que cette décision du petit juge bordelais était « extravagante », Estrosi n’aurait pas dû parler d’« instrumentalisation » et l’ineffable Nadine Morano n’aurait pas dû dire que cette mise en examen était « abjecte ».
D’abord, parce que les magistrats sont rancuniers et qu’un tel tir d’artillerie lourde ne va pas les inciter à prononcer un non-lieu en faveur de Sarkozy. Ensuite et surtout, parce que tous les Français n’étant pas convaincus de l’innocence de l’ancien président, cette indignation collective de ses amis va leur rendre sympathique ce petit juge dont ils ignoraient jusqu’à présent l’existence.
La gauche a été beaucoup plus habile, trois jours plus tôt, au soir de l’ouverture d’une information judiciaire visant Jérôme Cahuzac, en se contentant d’évoquer la présomption d’innocence.
Cette réaction maladroite des ténors de l’UMP est évidemment révélatrice de la situation actuelle du parti. En se précipitant au secours de l’ancien président, ils font allégeance au futur candidat de 2017. Tous ont compris que, pour affronter Hollande, il était encore non seulement le meilleur mais aussi le seul.
Bien sûr, certains comme Fillon, Copé et quelques autres rêvent sûrement de voir Sarkozy condamné à perpétuité et jeté au fond d’un cul de basse-fosse. Mais, au cas où il s’en sortirait la tête haute, cette dernière péripétie ne ferait qu’aviver davantage encore sa soif de revanche et le ferait apparaitre, une fois de plus, aux yeux des Français comme une victime. Il ferait alors « le don de sa personne au peuple français » et tous les courtisans d’hier savent qu’il a une mémoire redoutable.

23 Mar 2013 | Comments (12)

Sarkozy, Cahuzac « présumés coupables »

L’expression « présumé innocent » est totalement absurde. Quand la justice met en examen quelqu’un ou ouvre une enquête contre lui cela signifie, évidemment, qu’elle le considère, a priori, comme « présumé coupable » de tout ce dont on le soupçonne et qu’elle va tout faire pour le trainer jusque dans le box des accusés.
La mise en examen de Nicolas Sarkozy et l’ouverture d’une enquête contre Jérôme Cahuzac ont fait l’effet de bombes dans le milieu politico-médiatique qui ne pouvait pas imaginer que de « petits » juges oseraient s’en prendre ainsi à de telles personnalités.
L’opinion publique semble, elle, moins étonnée. Cela fait très longtemps que les Français sont convaincus que notre faune politique n’est qu’un ramassis de voyous prêts à tout pour financer leurs campagnes électorales quand ce n’est pas pour s’enrichir personnellement. C’est le fameux « Tous pourris » qui est, évidemment, une catastrophe pour la démocratie. Mais la faute à qui ?
Aujourd’hui et sans attendre les conclusions de magistrats, les Français sont persuadés que la campagne d’Edouard Balladur en 1995 a été financée, en partie, par des rétro-commissions de contrats de vente d’armement au Pakistan, que celle de Nicolas Sarkozy en 2007 l’a été par des générosités illégales de quelques milliardaires, voire par Kadhafi lui-même, que le même Sarkozy a bien facilité les choses avec Christine Lagarde pour que Bernard Tapie touche quelques centaines de millions du Crédit Lyonnais et que Jérôme Cahuzac, lui, a empoché des pots-de-vin de grands laboratoires et « planqué son fric » en Suisse, puis à Singapour.
Tant que Médiapart ou Le Canard enchainé, faisant leur travail, sortaient des « révélations » sur l’affaire de Karachi, l’affaire Bettencourt, les liens (éphémères) entre Sarkozy et Kadhafi, l’affaire Tapie ou sur le passé du ministre du Budget, on parlait de « presse de caniveau » et de journalistes « fouillant dans les poubelles ». Mais maintenant que la justice elle-même a confirmé les soupçons si ce n’est les accusations qu’avaient soulevés ces journalistes dits « d’investigation », on est bien obligé de reconnaitre que ceux qui veulent en savoir un peu plus sur les mœurs de nos politiciens sont bien souvent contraints de patauger dans les caniveaux et d’ouvrir les poubelles.
Il est d’ailleurs bien regrettable que, dans une démocratie comme la notre, il faille que ce soient un site internet et un hebdomadaire satirique qui révèlent ce genre d’affaires. Nous avons un nombre incalculable d’organismes de contrôle, du Conseil constitutionnel à la police judiciaire en passant par le ministère des Finances. A quoi servent-ils ? Or, sans Médiapart et Le Canard enchainé il n’y aurait pas eu d’affaire Karachi, d’affaire Tapie, d’affaire Cahuzac et l’affaire Bettencourt aurait été enterrée depuis longtemps. On nous parle de « la République des juges », en fait nous sommes entrées dans « la République des journalistes d’investigation et d’internet ».
Cette ambiance qui relève de la délation est évidemment détestable. Mais à qui doit-on jeter la pierre ? A ceux qui dénoncent des scandales ou à ceux qui en sont coupables ?
Les Français n’aiment pas les journalistes auxquels ils reprochent tantôt d’être d’une complaisance affligeante à l’égard du pouvoir quel qu’il soit, tantôt d’être des « fouilles-merde ». Ils ne connaissent pas la jolie phrase d’Albert Londres qui disait que le rôle des journalistes était de « porter la plume dans la plaie » et ils ont oublié, toute proportion gardée, que, sans Zola, Dreyfus aurait fini ses jours dans l’île du Diable.
Le problème n’est d’ailleurs pas de savoir si la presse a raison ou non de jeter l’opprobre sur certains. Il est de savoir si les « Grands » de ce pays se croient permis de faire n’importe quoi, et notamment les pires vilénies, en s’imaginant pouvoir toujours bénéficier de la plus totale impunité.
Il est amusant de voir à quel point droite et gauche brandissent aujourd’hui « la présomption d’innocence » aussi bien pour Cahuzac que pour Sarkozy. A croire qu’ils se tiennent par la barbichette et qu’il y a une solidarité de castes. Cela s’appelle « la loi du milieu ».
Cela dit, naturellement, rien ne prouve pour l’instant que Sarkozy ou Cahuzac aient commis la moindre indélicatesse. Nous ne faisons plus aucune confiance en nos hommes politiques mais essayons de « faire confiance en la justice de notre pays » en sachant que ce n’est pas la presse qui est « pourrie » mais sans doute le système.

22 Mar 2013 | Comments (2)

Page suivante »