La Tunisie semble sur le point de sombrer dans le chaos. On ne peut que… s’en réjouir. La rue se révolte contre les Islamistes au pouvoir. C’est la preuve que le monde arabe n’a pas totalement basculé dans le fanatisme religieux, qu’il reste quelques poignées de nostalgiques de la démocratie et que « les barbus » ont rapidement déçu les foules. On a bien l’impression d’ailleurs qu’au Caire, aussi, une partie de la population commence à en avoir assez de ces mêmes Islamistes qui, comme en Tunisie (ou en Libye), ont profité de la chute d’un dictateur pour s’emparer du pouvoir.
« Le printemps arabe » n’a été qu’une partie de dupes. Les « gens » ne supportaient plus la misère dans laquelle les faisaient croupir, depuis des années, des régimes incompétents et corrompus jusqu’à la moelle. Ben Ali et Moubarak étaient moins d’atroces dictateurs que de médiocres potentats qui, au fil des décennies, s’étaient endormis sur leur tas d’or avec la bénédiction de l’Occident.
Au bout du rouleau et abandonnés par les grandes capitales qui les soutenaient à bout de bras, Ben Ali et Moubarak ont fini par capituler. Mais après tant d’années de dictature policière, les « gens » n’étaient pas préparés, pas organisés, pas capables de profiter de leur victoire. Seuls, les Islamistes avaient leurs partis structurés, des chefs, des réseaux, des militants. Ils ont donc pu rafler la mise, gagner des élections plus ou moins truquées et bien vite s’installer à la place des tyranneaux déchus. Et « les gens » se sont vite aperçus qu’ils avaient été « les dindons de la farce démocratique ».
Paris, Londres et Washington qui, une fois de plus, n’avaient rien compris à ce qui s’était passé se sont immédiatement ralliés à ces nouveaux régimes, avec d’autant plus d’empressement qu’il fallait faire oublier les années de compromission avec « ceux d’avant ».
Sans pudeur et contre toute évidence, nos dirigeants nous ont alors affirmé que les militants d’Ennahda, à Tunis, et les Frères musulmans, au Caire, étaient des « modérés », des « démocrates » (ou presque), de « gentils musulmans » avec lesquels nous pouvions parfaitement nous entendre. Qu’ils veuillent instaurer la Charia était sans importance. Nous allions continuer à faire nos petites affaires avec ces « fous d’Allah » aussi bien que nous avions fait notre business avec leurs prédécesseurs.
Mais les « dindons de la farce » sont descendus dans les rues, avenue Bourguiba, à Tunis, place Tahrir au Caire.
C’est une excellente nouvelle. Cela prouve, en effet, que, si l’Islam le plus radical a évidemment conquis une partie très importante de la population, il y a aussi, encore, des « gens » qui, après avoir souffert pendant longtemps d’une dictature policière et militaire « à l’occidentale », ne veulent pas subir maintenant la dictature des fanatiques du Coran « à l’iranienne ».
L’Egypte et la Tunisie sont des pays « civilisés », avec des élites intellectuelles importantes, qui ont été longtemps ouverts à toutes les cultures, à toutes les influences. Au Caire, avec les Coptes, se mélangeaient les Libanais, les Grecs, les Arméniens, les Juifs, sans parler des Britanniques ou des Français. A Tunis, c’étaient les Italiens, les Maltais, les Espagnols, tout le bassin méditerranéen et, bien sûr, les Français. Tout cela laisse des traces. Quand son grand-père a plus ou moins appris Victor Hugo dans des écoles de Jésuites, qu’on regarde les télévisions européennes et qu’on rêve d’aller travailler en France, on peut difficilement admettre la tyrannie des « barbus ».
Et d’autant plus que les « barbus » en question sont totalement incapables de donner aux miséreux le pain qu’ils leur avaient promis. Pour la Tunisie comme pour l’Egypte, le tourisme est l’une des ressources essentielles du pays. Or, les plages d’Hammamet sont aussi désertées que celles d’Hurghada et il n’y a aujourd’hui pas plus de touristes aux Pyramides qu’à Djerba. Les Islamistes promettent le Paradis mais ils font fuir les touristes et les investisseurs.
Naturellement, les Islamistes ne vont pas céder facilement devant la rue. Hamadi Jebali, le Premier ministre tunisien, secrétaire général d’Ennahda, et Mohamed Morsi, le président égyptien, Frère musulman, ne vont pas hésiter à faire donner la troupe contre « les mécréants » qui osent les défier au nom des valeurs démocratiques de l’Occident honni. Khomeiny a été pire que le Chah, Jebali et Morsi seront pires que Ben Ali et Moubarak. Le tout est de savoir si les militaires tunisiens ou égyptiens qui rêvent, les uns et les autres, d’un « système truc » accepteront de faire tirer dans la foule.
Une fois de plus, la position de Paris est difficile à comprendre. Nous soutenons à la fois la démocratie, c’est-à-dire ceux qui ne veulent pas des « barbus », et le pouvoir en place, c’est-à-dire les « barbus » !
Laurent Fabius vient de déclarer : « La France apporte son soutien à une Tunisie démocratique et pacifique » Très bien. Si ce n’est qu’on peut se demander ce que veut dire le mot « soutien » et surtout ce qu’il considère comme étant « la Tunisie démocratique ». Car il a aussitôt ajouté : « Les ennemis de la Révolution, les obscurantistes, veulent semer le chaos en Tunisie ». Comme s’il ne voulait pas voir que la Révolution (« de jasmin ») a été précisément récupérée par les obscurantistes et que ce sont eux qui ont assassiner Chokri Belaïd, le militant des Droits de l’Homme.
Il faudra tout de même qu’un jour nos dirigeants s’aperçoivent que les « fous de Dieu » qu’ils soient d’Ennahda ou des Frères musulmans ne sont pas des démocrates.

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