En commentant les résultats des élections italiennes, nos « bons esprits de service » n’ont rien trouvé de mieux que d’évoquer un risque de « populisme » qui menacerait l’Europe.
Comme pour tous les noms d’oiseau que se jettent à la figure les vautours de notre personnel politique, nous n’avons pas de définition exacte de ce qu’est « le populisme » en question.
En gros, ce serait caresser l’électorat dans le sens du poil, lui promettre de juguler le chômage, de réduire les impôts, de faire baisser la dette et les déficits, de limiter l’immigration, d’assurer la sécurité de chacun et de remettre sur pied tous les services de l’Etat.
Mais, si on s’en tient à cela, on s’aperçoit immédiatement que tous nos candidats sans exception, de droite comme de gauche, ont tous été coupables du pire des « populismes ». A commencer par celui qui nous annonçait, il n’y a pas très longtemps, que « le changement » c’était « maintenant » ou à celui qui, juste avant, nous affirmait que « tous ensemble » tout devenait « possible ».
En nous promettant tout et n’importe quoi et notamment qu’« on rasera gratis demain », tous nos candidats ont fait, font et feront du « populisme ». Mais il parait que, dans ces cas-là, cela s’appelle « deux doigts de démagogie » et que c’est parfaitement acceptable dans toutes les règles de la démocratie.
Certains précisent alors que « le populisme » consisterait à réveiller « les instincts les plus bas de la populace ». Exemples d’instincts particulièrement « bas » de la populace : vouloir balayer tous les politiciens, de droite comme de gauche, qui depuis des décennies ont été totalement incapables de faire face à tous les problèmes du pays, penser que l’austérité décrétée par nos technocrates, nos banquiers et nos agences de notation n’est sans doute pas le meilleur moyen pour relancer la croissance –c’est-à-dire les investissements et la consommation- seule arme pour faire reculer le chômage et les déficits, accuser l’Europe de ne pas nous avoir apporté la prospérité qu’on nous avait promise, considérer qu’une immigration totalement incontrôlée n’est pas forcément « une chance » pour le pays, ne pas croire que l’Islam soit soluble dans notre société et redouter que les fous de Dieu ne finissent par entrainer leurs coreligionnaires dans un affrontement avec notre civilisation.
Mais si c’était cela « le populisme », il faudrait bien constater qu’il ressemble furieusement à ce qu’on appelle souvent la lucidité.
En vérité, « le populisme » c’est tout simplement le culot qu’on certains petits, obscurs, sans-grades, manants, inconnus de vouloir, un jour, brusquement, entrer dans la cour des puissants et s’asseoir autour de la table du club le plus fermé du monde, celui de la caste des maitres de la planète. Or, c’est vrai, la piétaille ne sait pas se tenir à table, ne serait-ce que parce qu’elle met les pieds dans le plat et que, sous prétexte qu’elle est sur le point de crever, elle ne veut rien savoir des règles élémentaires du savoir-vivre.
Il n’y a aucun doute qu’en disant dans les urnes, comme l’avaient fait, dans les rues, les Grecs, les Espagnols ou les Portugais, qu’ils ne voulaient plus de cette Europe-là, de cette austérité-là et de ces politicards-là, les Italiens ont fait preuve d’un total manque d’éducation alors pourtant qu’on leur avait, pendant des années, appris à gober n’importe quoi et à se soumettre sans broncher à tous les diktats de tous les seigneurs qu’on pourrait bien souvent orthographier saigneurs.
En accusant ces nouveaux venus d’être des « populistes » qui menaceraient la « démocratie » sous prétexte qu’ils les contestent, les tenants de l’oligarchie qui règnent encore sur notre vieux continent ignorent que le mot « démocratie » vient du grec « démos » qui signifie peuple tout comme le mot « populisme » qui vient du latin « populus » et qui signifie, lui aussi, peuple. Autant dire qu’une vraie démocratie est, par définition, plus proche du populisme que de l’oligarchie.

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