François Hollande pensait avoir gagné « sa » guerre du Mali. Il était convaincu que les Islamistes avaient détalé devant nos Rafales, nos hélicoptères et nos troupes d’élite pour se réfugier dans leurs montagnes désertiques du grand Nord, proches de la frontière algérienne. A ses yeux la partie était gagnée et il avait cru pouvoir faire sa visite triomphale à Tombouctou et à Bamako.
Jean-Yves Le Drian, notre ministre de la Défense, nous avait d’ailleurs affirmé que nous avions fait « des centaines de morts » parmi les rebelles, autant dire qu’il n’y en avait pratiquement plus puisque ce même Le Drian estimait que la rébellion ne comptait guère que 3.000 « vrais combattants ». Et Laurent Fabius nous avait déjà annoncé que les 4.000 hommes de l’armée française commenceraient à évacuer le Mali dès la fin du mois de mars.
Fier de ses succès et pensant sa « mission » terminée, Paris s’apprêtait donc à « refiler le bébé » aux troupes maliennes et africaines pour aller déloger ce qui restait des rebelles dans leurs grottes inaccessibles.
Très curieusement, tout le monde avait applaudi l’opération. L’opposition sous prétexte qu’on ne tire pas dans le dos de l’armée française quand elle est au combat, même si on l’a envoyée dans une expédition pour le moins aventureuse. La presse qui trouvait qu’en se déguisant en chef de guerre, Hollande était devenu un chef d’Etat. L’opinion publique, elle-même, toujours prête à pousser un cocorico et ravie de voir nos soldats gagner, enfin, une guerre.
En même temps, les uns affirmaient qu’en empêchant les Islamistes de foncer sur Bamako, Hollande avait porté un coup très dur à Al Qaïda et limité les risques d’une islamisation radicale de toute l’Afrique sahélienne. Les autres, plus rares, saluaient l’habileté du président de la République qui, en se lançant dans cette opération qu’il fallait bien qualifier de « néocoloniale », avait réussi à faire oublier, pour un temps, aux Français toutes leurs difficultés que le gouvernement n’arrivait pas à résoudre.
Or, n’importe quel sous-officier de la coloniale aurait pu faire remarquer que les Islamistes (anciens mercenaires de Kadhafi, surarmés) et les Touaregs (éternels guerriers des sables) étaient des adversaires particulièrement redoutables et qu’en refusant, selon leur stratégie traditionnelle, le combat frontal ils entrainaient leurs ennemis dans des dunes qu’ils maitrisaient totalement. Du Sahara occidental au Soudan en passant par le Tchad, aucune armée « classique » n’a jamais pu venir à bout des bandes rebelles du désert.
Ce même sous-officier aurait pu, aussi, rappeler que ces fameuses armées africaines chargées de prendre la relève des Français n’étaient, le plus souvent, que des hordes de pillards, mal armées, peu entrainées, divisées par des querelles ethniques et incapables de faire autre chose que des coups d’Etat. Quant à l’armée malienne, elle-même, elle a déjà commencé à s’entre-tuer dans ses casernements de Bamako.
Des observateurs plus avisés auraient, d’ailleurs, pu faire remarquer à quel point la France restait seule dans cette aventure. Les Américains et les Européens n’applaudissant que du bout des doigts aux exploits de François Hollande et limitant leur aide promise à un petit soutien logistique alors qu’à Moscou, le ministre des Affaires étrangères déclarait textuellement : « La France combat au Mali les hommes qu’elle a armés en Libye ».
Toujours est-il que, depuis deux jours, on s’aperçoit que François Hollande a, évidemment, eu tort de crier victoire trop tôt. Plusieurs attentats suicides ont eu lieu à Gao précédant une attaque en règle des Islamistes contre les forces maliennes.
Rien n’est donc terminé et il est bien vraisemblable que tout ne fait que commencer, comme on pouvait s’y attendre.
Non seulement les « incidents » du week-end prouvent que tous les Islamistes n’ont pas fui vers le grand Nord mais ils laissent entendre que ces rebelles ont un certain soutien de la population locale puisqu’ils ont pu se cacher dans Gao pendant plusieurs jours « comme des poissons dans l’eau », selon la fameuse formule de Mao. On avait oublié de nous dire que Tombouctou, Gao et tout le nord du Mali étaient peuplés de tribus très islamisées et qui haïssent souverainement leurs « compatriotes » du Sud.
Il est évident qu’on ne rétablira jamais un semblant de paix dans ce malheureux Mali tant que les gens du Nord n’auront pas –au moins- une très large autonomie. Or, au lieu d’imposer immédiatement au pouvoir (inexistant) de Bamako d’accorder cette autonomie aux Touaregs, la France soutient à bout de bras les Sudistes ce qui ne peut que faire apparaitre nos soldats comme des envahisseurs aux yeux de tous les Nordistes.
On peut déjà dire que, comme en Afghanistan la seule présence des troupes alliées avait, par un simple réflexe nationaliste, poussé les Afghans dans les bras de Talibans, au Mali le soutien de la France aux fantoches de Bamako (re)pousse les Touaregs dans les bras des Islamistes.
Hollande qui nous avait juré qu’il n’y aurait « jamais de troupes françaises au sol » au Mali et qu’il n’y avait « aucun risque d’enlisement ». Il y a 4.000 soldats français « au sol ». Et l’enlisement commence déjà.

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