« L’hollandologie » devient une science de plus en plus compliquée. A force de l’entendre nous dire tout et son contraire –souvent les deux à la fois- on ne sait plus si le président de la République nous prend pour des imbéciles ou s’il ne sait pas lui-même ce qu’il veut.
Il ne voulait plus de la Françafrique et il envoie nos parachutistes rétablir l’ordre au Mali. Il déclarait la guerre à la finance et il fait des bassesses aux investisseurs du monde entier pour essayer de renflouer nos industries en perdition. Mariage homosexuel et procréation médicalement assistée ? Non, à la réflexion, pas de PMA. Et on pourrait multiplier à l’infini les exemples de cette valse-hésitation qui se dance désormais, tous les jours et du soir au matin, sous les lambris dorés de l’Elysée.
Pour ce qui est de l’Europe, c’est encore pire. Ou mieux, si l’on préfère.
Ce matin, devant le parlement européen, Hollande s’est surpassé. D’abord, il s’est pris les pieds dans le tapis en demandant à l’Europe à la fois de « faire des économies » et de « ne pas affaiblir l’économie ». Le beurre et l’argent du beurre. Comme s’il n’avait toujours pas compris ce que tout le monde a compris depuis longtemps à savoir que la rigueur tue tout espoir de croissance, qu’elle guérira, peut-être, le malade mais qu’il sera mort.
On se souvient que c’était sous la bannière de cette fameuse croissance qu’il avait entamé son quinquennat en essayant de croiser le fer avec Angela Merkel. La découverte des dures réalités de ce bas-monde semble lui avoir fait renoncer à ses bons sentiments et du coup, pour garder la face, il affirme « Un compromis est possible, mais ce compromis doit être raisonnable ». C’est de l’hollandisme à l’état brut, la langue du double langage.
Mais c’est maintenant ce qui fait « le charme » de notre président. Ce matin, il a aussi prôné une Europe « différenciée ». Pourquoi pas ? Ce ne serait d’ailleurs que reconnaitre une évidence. Il y a de sérieuses « différences », c’est le moins qu’on puisse dire, entre l’Allemagne et la Grèce, la Grande-Bretagne et la Bulgarie. Serait-ce un pas dans le bon sens ? Non, car tout de suite il fait deux pas en arrière, en précisant que « Cette Europe différenciée ne serait pas une Europe à deux vitesses, ni une Europe à la carte ». Là, on ne comprend plus. Les Etats européens sont différents mais ils sont tous pareils, doivent avancer à la même vitesse et manger le même menu.
Pris au piège de ses propres contradictions, Hollande a alors été obligé de sortir un peu du bois et de nous avouer la conception qu’il se faisait de l’Europe. « L’Europe, nous a-t-il déclaré, ne peut pas être une addition de Nations, chacune venant chercher dans l’Union ce qui lui serait utile, pour elle et elle seule ». C’est pourtant ce que beaucoup de Français croyaient jusqu’à présent, ce qu’on leur avait toujours dit. Una addition de Nations.
Mais Hollande n’ose pas nous avouer qu’il veut une Europe fédérale c’est-à-dire supprimer toutes les Nations. Alors il bafouille : « L’Europe c’est une volonté politique, un engagement où la confiance crée la solidarité ». Ce qui ne veut strictement rien dire. Si ce n’est qu’il ajoute toute de même à mi-voix : « Je plaide pour l’intégration et la solidarité car l’une ne va pas sans l’autre ». Il s’imagine toujours qu’avec le seul mot de « solidarité » il pourra faire passer et avaler tout et n’importe quoi.
Et, visiblement désolé, il constate dans un moment de lucidité dont on lui sait gré: « L’intérêt national est en train de prendre le pas sur l’intérêt européen » ce qui est pour le moins étonnant de la part d’un chef de l’Etat dont la première fonction est de veiller précisément à l’intérêt national. Et il en arrive à reconnaitre : « Aujourd’hui ce qui nous menace n’est plus la défiance des marchés mais celle des peuples »
Quand on entend de tels discours, on comprend la défiance des peuples. Il serait grand temps que nos dirigeants en prennent conscience.

Mots-clefs : ,