Tout le monde connait la question –et la réponse- de l’adjudant : « Combien de temps faut-il à un canon pour se refroidir après avoir tiré ? »… « Un certain temps ».
C’est à peu près la réponse qu’a faite François Hollande à Bamako quand on lui a demandé combien de temps durerait encore l’intervention de l’armée française au Mali : « Le temps nécessaire ».
On peut penser que si on lui avait posé l’autre célèbre question du même adjudant : « De quoi sont les pieds ? » il aurait, comme le brave sous-off, répondu : « L’objet de soins constants ».
Depuis Mac Mahon et mis à part Raffarin, nous n’avions jamais eu un responsable maniant avec un tel brio l’absurde.
Certes, le président de la République était tenu par le secret militaire et, d’ailleurs, si on sait souvent comment commencent les guerres, on ne sait jamais ni comment ni quand elles se terminent.
Cela dit, un journaliste sérieux aurait relancé la question en demandant à Hollande : « Le temps qu’il faudra… pour faire quoi ? »
Car toute la question est là. Le chef de l’Etat a-t-il lancé nos troupes pour empêcher les Islamistes de foncer vers Bamako, de s’emparer de tout le Mali et d’en faire un Etat islamiste au cœur de l’Afrique ? Pour reconquérir tout le nord du Mali ? Pour éradiquer le terrorisme islamiste du cœur des régions sahéliennes ? Pour recréer (en fait, créer) de toutes pièces un Etat malien ?
On a bien l’impression que François Hollande lui-même n’en sait rien. Ravi de l’accueil enthousiaste que lui ont réservé les Maliens (du Sud) il s’aperçoit que les troupes africaines qui devaient prendre la relève des Français ne se précipitent pas et il commence à se demander s’il n’a pas mis le doigt dans un engrenage redoutable.
Bamako est sauvée et les grandes villes du Nord sont reprises les unes après les autres, les Djihadistes ayant détalé d’eux-mêmes sans livrer le moindre combat. Mais tout reste à faire car la facilité de nos premières victoires est une catastrophe puisque si nous avons fait reculer les Islamistes nous n’en avons éliminé aucun.
Toutes proportions gardées, c’est la campagne de Russie. Les troupes du Tzar avaient reculé devant Napoléon pour laisser jouer le général Hiver. Devant Hollande, les terroristes d’Al Qaïda ont fui pour laisser jouer le général Désert.
Il faudra donc, en effet, « un certain temps » pour aller les « dénicher » dans leurs grottes montagneuses. Il faudra aussi ne pas confondre les Islamistes et les Touaregs qui sont chez eux dans toute cette partie nord du Mali et qui ne veulent pas de l’autorité des « Nègres » de Bamako. Il ne faudra pas confondre les Islamistes et les Musulmans rigoureux, ce qui ne sera pas facile. Il faudra, enfin, faire croire que cet Etat malien, fait de bric et de broc, de haines raciales et tribales, de politiciens corrompus jusqu’à la moelle et sans aucune ressource, peut exister de lui-même. Et tout cela sans avoir l’air d’être une armée d’occupation qui reprend possession de ses anciennes colonies.
Hollande nous avait raconté, peut-être de bonne foi, que les troupes françaises n’interviendraient pas au sol et qu’il s’agissait simplement d’arrêter la marche vers Bamako des terroristes. Voilà maintenant qu’il lui faut faire une vraie guerre, au sol, en face d’ennemis invisibles, libérer un immense pays désertique et, pire encore, créer un pays.
C’est beaucoup pour un adjudant.

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