Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel fait partie de ces innombrables « trucs » dont la France a le génie mais dont les Français se demandent à quoi ils peuvent bien servir si ce n’est à caser confortablement des petits copains qui ont fait preuve d’une constante et obséquieuse soumission et qui, tels les vieux caniches, sont encore prêts à obéir à leurs maitres.
Et voilà que, soudain, ce « truc » en question, sans doute pour faire croire qu’il sert à quelque chose, veut jouer les arbitres des élégances et donner des mauvais points à ceux qui font leur métier (de journaliste) sans tenir compte des règles de bienséance établies par la pensée unique, le politiquement correct et le régime.
A la suite d’un reportage de France 2 sur la guerre du Mali, ce ramassis d’incapables confortablement vautrés dans les fauteuils-clubs du CSA vient de publier un communiqué qui vaut son pesant de moutarde.
« Le CSA a constaté la diffusion sur France 2, dans le magazine Envoyé spécial, d’images difficilement soutenables, notamment pour les jeunes téléspectateurs, à l’occasion d’un reportage consacré au conflit qui se déroule au Mali. Considérant que les plans répétés et particulièrement insistants sur les corps de personnes décédées, sans analyse correspondante, étaient susceptibles de constituer une atteinte à la dignité humaine, le Conseil a décidé de mettre fermement en garde les responsables de France Télévisions contre le renouvellement de tels manquements » (Sic !)
Mais dans quel pays vivons-nous ? Comment neuf illustres inconnus, nommés par le président de la République, le président du Sénat et le président de l’Assemblée, peuvent-ils se permettre de juger le travail de journalistes et de jouer les censeurs comme dans les pires dictatures du Tiers-monde ou les républiques soviétiques d’antan ? Le pouvoir considère-t-il vraiment les Français comme des débiles qui ne pourraient pas supporter la vue du sang ?
Le CSA s’imagine-t-il que la guerre se fait encore « en dentelles » ? Comment peut-il parler de « personnes décédées » alors qu’il s’agit tout simplement de « morts » tués par l’armée française ? Et quand il ose affirmer que « les plans répétés et particulièrement insistants sur les corps de ces personnes décédées sont susceptibles de constituer une atteinte à la dignité humaine » ne pense-t-il pas que c’est plutôt la guerre elle-même qui constitue et depuis quelques siècles « une atteinte à la dignité humaine » ?
En fait, ne soyons pas dupes. Ces pitres sont « aux ordres ». Jamais, d’ailleurs, ils ne se sont indignés devant les images des « personnes décédées » en Syrie, en Irak, en Afghanistan ou ailleurs.
Oui, mais tout est soudain très différent car « le mort malien » n’est pas comme les autres. Il est (en principe) un djihadiste tué par nos Rafales, nos hélicoptères ou nos troupes de choc et, bien sûr, sur ordre du président de la République. Ce mort-là, il ne faut donc pas le montrer.
Cela pourrait choquer l’opinion publique française, ternir un peu la belle opération Serval, faire comprendre que, quand on veut exterminer des rebelles islamistes, on tue forcément un peu les gens. Cela pourrait aussi déplaire dans certains quartiers de non-droit de nos banlieues où des islamistes en herbe ou en puissance font la loi.
Dans un communiqué rendu public aujourd’hui, l’Association du Prix Albert Londres (dont l’hôte de ce modeste blog est membre) « s’étonne de la mise en garde du CSA pour la diffusion d’images qui auraient porté atteinte à la dignité humaine » et demande « Qui porte atteinte à la dignité humaine dans une guerre ? Ceux qui le mènent ou ceux qui en rendent compte ? ». Elle rappelle aussi que « La diffusion de ce reportage était accompagnée, à juste titre, du sigle « interdit aux moins de 10 ans ». Et, en conclusion, « Elle s’inquiète de cette intrusion du CSA dans le travail journalistique et d’une éventuelle censure ou autocensure d’images qu’une telle condamnation impliquerait à l’avenir ».
En fait, le plus inquiétant est de voir qu’une fois de plus ce pouvoir qui prônait le langage de la vérité et la transparence nous ment, veut nous cacher la vérité et nous prend pour des imbéciles.
Le CSA va, sans doute, bientôt interdire, et toujours au nom de la dignité humaine, les images, difficilement soutenables, elles aussi, des usines qui ferment les unes après les autres et des gens, de plus en plus nombreux, qui font la queue devant les Restos du cœur.

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