On veut bien croire que François Hollande ne supporte pas les grandes chaleurs, mais tout de même !
Comment un homme politique français qui a été élu président de la République -ce qui n’est pas rien et peut même être considéré comme l’apogée d’une carrière- peut-il déclarer le plus sérieusement du monde que « le plus beau jour » de sa vie (politique) est celui au cours duquel la population de… Bamako lui a fait un triomphe sous prétexte que l’aviation française et quelques unités d’élite avaient fait fuir des bandes de rebelles fanatiques qui terrorisaient la région.
Ce « dérapage » qui restera dans les annales révèle cruellement trois choses : Hollande est sensible au-delà du raisonnable aux applaudissements, il est un démago et il vit à la petite semaine.
Visiblement bouleversé par les vivas qui l’ont accueilli à Tombouctou et à Bamako, le président de la République ignore encore –faute d’expérience- que ces manifestations de foule sont organisées par les autorités en place et qu’elles sont généralement bien éphémères, les « libérateurs » d’un jour apparaissant, souvent, dès le lendemain, comme des « occupants ».
Il n’y a aucun doute que les Maliens du Sud ont été ravis que les troupes françaises empêchent les Maliens du Nord et leurs alliés islamistes de les envahir et de leur imposer leurs lois. Mais il est plus que vraisemblable que, quand la France va vouloir instaurer un minimum de règles pour mettre un terme aux incohérences, aux querelles tribales et à la corruption endémique de ce malheureux pays, ces mêmes Maliens vont se souvenir que la France a été la puissance « coloniale » de jadis et l’accuser de tous les maux.
Démago, Hollande, en bon apparatchik du PS qu’il est, dit toujours ce qu’il pense que ses auditeurs souhaitent entendre. Dire aux Maliens que sa visite chez eux est « le plus beau jour de sa vie » a dû les surprendre mais leur a sûrement fait plaisir. L’ennui c’est que le monde entier a entendu cette phrase, qu’on a, bien sûr, rigolé de Washington à Pékin et qu’en France l’effet a été désastreux même si pas un seul journal, pas une seule télévision n’a relevé le ridicule de cette déclaration.
On imagine la tête qu’ont pu faire les salariés d’Arcelor-Mittal, de PSA Peugeot-Citroën, de Renault, de Goodyear ou de Pétroplus en entendant la joie d’autosatisfaction du chef de l’Etat au milieu des tam-tams africains.
Enfin, en criant victoire et en jouant les sauveurs, Hollande a peut-être vendu la peau de l’ours un peu tôt. Nos troupes ont gagné une bataille sans avoir à livrer combat en face d’ennemis qui ont disparu et se sont repliés dans leurs montagnes inaccessibles mais elles n’ont pas gagné la guerre contre l’Islamisme qui ne fait que commencer.
Les commentateurs patentés affirment que François Hollande vient, avec cette opération malienne, de faire la preuve de ses capacités de chef d’Etat. On aimerait les croire. Mais on peut se demander si, en voulant jouer les Sarkozy-libyens, il n’a pas démontré qu’il recherchait des succès faciles pour faire oublier les difficultés intérieures, autrement plus préoccupantes, s’il ne s’est pas laissé entrainer par quelques courtisans peu au courant des réalités du terrain et lui promettant monts et merveilles et surtout s’il a imaginé un seul instant ce que serait la situation du Mali dans six mois et la position de nos soldats dans les dunes.
C’est très beau d’être un chef de guerre, encore faut-il gagner la guerre. Et celle pour laquelle nous l’avons élu est celle du chômage. Aux yeux des Français, ce ne sera que le jour où il aura terrassé le chômage que François Hollande pourra dire que c’est « le plus beau jour de sa vie ».

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