Sans vouloir commettre le moindre sacrilège, il était difficile, hier matin, en écoutant Benoit XVI, de ne pas penser… à la droite française.
Le pape a, en effet, dans l’une de ses dernières grandes interventions publiques, exhorté l’Eglise à « se renouveler » et les fidèles à « se réorienter ». « Ce qui comporte, a-t-il ajouté, une lutte et un combat parce que l’esprit du mal cherche à nous faire dévier de la route ». Avant de conclure : « Il faut donc repousser les tentations et remettre Dieu au centre de notre vie ».
Si l’on remplace « Dieu » par « la France » ou « les Français » et « l’esprit du mal » par la gauche en général et son politiquement correct, cet appel semblait bel et bien s’adresser (aussi) à la droite française.
Il est vrai, d’ailleurs, que la droite française ressemble bien souvent à l’Eglise d’aujourd’hui. L’une et l’autre ont, parfois, un peu perdu le nord, sont divisées entre chapelles et courants, entre ceux qui veulent conserver l’essentiel pour sauver les restes et ceux qui voudraient se mettre à la mode du jour pour faire face à la concurrence.
Les églises se vident (du moins en Europe) et les militants de droite, écoeurés, deviennent des abstentionnistes. Certains jeunes, au lieu d’entrer dans les séminaires, se convertissent à des sectes inattendues et nos diplômés sortant des meilleures écoles partent vers des exils lointains et prometteurs. Bref, pour un grand nombre, aussi bien chez les uns que chez les autres, on a perdu la foi…
Il n’y a aucun doute que, comme l’Eglise, la droite française devrait « se renouveler ».
D’abord, en changeant les hommes qu’on a trop vus et qui sont épuisés par des années d’échecs, de bégaiements, de trahisons, voire de scandales mal étouffés, de compromissions honteuses, d’amitiés compromettantes.
Ensuite et surtout, en changeant de discours. Les Français en ont assez d’entendre, depuis des décennies, rabâcher les mêmes promesses (jamais tenues) sur la libération des entreprises, la baisse des prélèvements obligatoires, la rigueur dans la gestion du budget de l’Etat, la réduction du train de vie de cet Etat-providence, celle du nombre des fonctionnaires, le contrôle de l’immigration, la lutte contre la délinquance, les bienfaits de l’Europe, etc.
Nos compatriotes veulent un langage de vérité et une droite qui s’assume pleinement en prenant, au besoin, le contre-pied de la pensée unique, cet « esprit du mal » qui nous a fait « dévier de la route », comme dirait Benoit XVI.
Une droite qui aurait le courage de promettre « du sang et des larmes », d’affirmer que le rôle de l’Etat se limite aux domaines régaliens, d’annoncer que l’assistanat généralisé n’est plus de mise et de rappeler les deux fameuses formules du dernier président de droite que nous ayons eu, Pompidou, qui disait : « Trop d’impôt tue l’impôt », et « Le problème de la redistribution serait grandement facilité si nous avions davantage à distribuer ».
Une droite qui aurait aussi le courage de proclamer que la mondialisation est, certes, inévitable mais qu’on peut en juguler les effets les plus dévastateurs, que l’Europe n’est pas une fatalité qu’on ne peut pas remettre en cause, que l’immigration n’est pas forcément une chance devant laquelle il faut s’incliner sans tenter de la maitriser, que seuls ceux qui en ont vraiment besoin doivent bénéficier de la solidarité…
Mais il faudrait, alors, aussi, que les Français « se réorientent », pour reprendre encore une fois le verbe du pape. Qu’ils ne considèrent plus l’Etat à la fois comme un minotaure et une vache à lait, la France comme coupable de tous les péchés du monde, les 35 heures et les congés payés comme des acquis sociaux, les aides, les allocations, les subventions comme des droits…
Une droite « renouvelée », des Français « réorientés » ! Cela s’appelle, hélas, « des vœux pieux ». Mais il est émouvant que ces deux mots aient été prononcés par un souverain pontife sur le départ et qui, pendant son pontificat, ne les avait guère employés.

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