Certains amis de ce blog ont été scandalisés car nous avons été quelques-uns à penser que ce n’était pas parce que la Belgique, les Pays-Bas ou la Suisse avaient adopté telle ou telle mesure que nous devions nous croire obligés de les adopter à notre tour.
Pour ces amis (furieux), nous faisions, une fois de plus, la démonstration de ce vice inhérent à notre nature qui veut que les Français soient toujours prêts à donner des leçons à la terre entière mais n’acceptent jamais de recevoir le moindre conseil de quiconque. Vice auquel s’en ajoute, tout naturellement, un autre, celui d’être persuadés que nous sommes les meilleurs et que les autres n’existent pas.
Faisons donc la mise au point qui s’impose. Personne n’aurait l’idée de mépriser nos amis belges, hollandais ou suisses. Pas plus d’ailleurs que nous ne regardons avec dédain Monaco, Andorre, le Lichtenstein ou San Marin.
Ce que nous sommes plusieurs à contester c’est l’argument selon lequel la France devrait forcément faire « comme les autres », sous prétexte que les autres en question auraient par définition raison et seraient indiscutablement « dans le sens de l’histoire ». Nous sommes quelques-uns à estimer que la France a encore (relativement) le droit de faire ce qu’elle veut chez elle et notamment de débattre des évolutions qu’elle souhaite accepter pour elle-même sans se mettre à trottiner derrière les autres parce que ce serait « à la mode de chez eux ».
Mais c’est vrai que nous sommes aussi encore un certain nombre –de plus en plus réduit- d’irréductibles impénitents à croire que la France est un pays… un peu particulier. Certes, nous avons, comme tout le monde, parfaitement conscience de notre déliquescence, nous connaissons les chiffres de notre économie, de notre chômage, de notre dette, nous voyons chaque jour l’incompétence de notre personnel politique et l’effondrement de nos services publics, de l’Ecole au système de protection sociale, mais nous avons toujours l’impudeur d’imaginer que notre (petit) pays a une place à part.
Non seulement parce que nous sommes, tout de même, la 5ème ou 6ème puissance économique de la planète, que nous avons l’arme nucléaire, un siège permanent au Conseil de sécurité, que, sans nous, l’Europe n’existerait plus –autant de choses dont ne peuvent se targuer ni la Belgique, ni des Pays-Bas ni même de la Suisse- mais surtout parce que nous avons une Histoire et une culture qui font que, malgré notre dégringolade, nous sommes encore souvent regardés par le monde entier ce qui n’est pas le cas non plus de nos amis belges, hollandais ou suisses.
Il faut évidemment être lucide sur notre décadence mais cette lucidité ne doit pas nous conduire à l’autoflagellation –autre vice national- et à affirmer que nous avons bien des leçons à prendre de nos petits voisins qui marcheraient triomphalement sur les voies de l’avenir radieux.
Bien des Français seraient d’accord pour adopter la législation fiscale de nos amis belges ou suisses, pour développer la production des tulipes, la fabrication des réveils matin et l’industrie du chocolat mais de-là à ouvrir des salles de shoot pour faire comme eux, nous demandons encore à réfléchir.
Et que la Grande-Bretagne de David Cameron ait adopté le mariage homosexuel ne devrait pas non plus être un argument de poids pour que nous en fassions autant. Les Anglais roulent à gauche, n’ont pas choisi l’euro, boivent du thé et jouent au cricket.
Cela dit, il y a sans doute d’autres arguments en faveur de l’ouverture de salles de shoot et du mariage gay. Mais avant que la France ne soit plus qu’une province de la fédération européenne, nous demandons de pouvoir encore choisir comme nous l’entendons nos réformes « sociétales ».
L’Histoire prouve que la décadence des grands empires a souvent commencé quand, après avoir été envahis par des immigrés « barbares », ils se sont mis à adopter les mœurs des autres.

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