Quand on veut faire la guerre, il ne faut pas se tromper de champ de bataille. On attendait François Hollande à Florange, à Aulnay-sous-Bois, à Petit Couronne ou à Amiens, il est aujourd’hui à Tombouctou.
Certes, personne ne reprochera au président de la République-chef des armées d’aller saluer ces soldats qu’il a envoyés faire la guerre au Mali et qui, en quelques jours et sans pratiquement tirer un seul coup de feu, ont fait décamper les Islamistes qui, depuis des mois, imposaient leur terreur dans les villes du nord du pays.
Nos 3.500 hommes présents là-bas ont remporté une première victoire et il est normal que le chef de l’Etat leur rende hommage, même si tout le monde est d’accord pour dire que c’est maintenant que les ennuis vont commencer quand il va falloir aller chercher ces rebelles dans le désert.
On nous affirme que des contingents africains vont rapidement prendre la relève de nos troupes. Personne n’y croit, bien sûr. Et tout le monde redoute le risque d’enlisement, d’ensablement devrait-on dire, car une armée classique avec son aviation, son artillerie et ses unités constituées est toujours impuissante, dans le désert, en face de bandes de terroristes qui connaissent parfaitement le terrain, disparaissent dans les grottes de leurs montagnes pour réapparaitre au détour d’une dune ou lancer des opérations terroristes dans n’importe quelle bourgade.
Si l’opinion publique semble avoir été sensible à la détermination dont a, pour une fois, fait preuve le président de la République dans cette affaire et qui a quelque peu modifié son image de mollasson perpétuellement hésitant, les Français sont restés totalement indifférents aux communiqués de victoire.
D’abord, parce que la partie semblait trop inégale entre nos Rafales et ces « bédouins », ensuite, parce que rien n’est terminé, enfin et surtout, parce que les Français se demandent encore ce que nous sommes allés faire là-bas.
On a beau leur répéter qu’il s’agissait d’extirper le terrorisme islamiste qui risquait de devenir maitre de tout le cœur de l’Afrique, ils ont l’impression déplaisante que nous sommes revenus à la pire époque de la Françafrique, voire même carrément à celle des expéditions coloniales, certains iront jusqu’à dire à celle des Croisades.
Personne ne peut d’ailleurs croire une seule seconde qu’en anéantissant ces 2 à 3.000 rebelles d’Al QaÏda au Maghreb Islamique la France fera disparaitre le danger islamiste qui sévit des Philippines à la Mauritanie, en passant par un bon nombre de nos banlieues. Il s’agit d’une guerre « mondiale » que les Islamistes ont déclarée à l’Occident et la France, seule, n’y mettra pas un terme en débusquant quelques poignées de fanatiques au fin fond du Mali.
Si les Français observent avec scepticisme les opérations du Mali c’est, d’abord, parce qu’ils se désintéressent totalement de la situation dans cette partie du monde et qu’ils en ont assez que la France se sente toujours obligée d’intervenir dans ses anciennes colonies, un demi-siècle après leur indépendance. Ils vont bien vite se demander combien tout cela nous a encore coûté.
Mais c’est, ensuite et surtout, parce qu’ils s’inquiètent davantage de la destruction de notre économie et de notre appareil industriel que de celle des mausolées de Tombouctou, aussi beaux qu’ils aient pu être.
La visite de François Hollande à Tombouctou rappelle cruellement celle de Nicolas Sarkozy à Benghazi. Même foule avec de petits drapeaux français, même sourire de satisfaction du héros du jour qui semble murmurer « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu », même promesse de reconstruction du pays « dans la fraternité ». Ce matin, il ne manquait que Bernard-Henri Lévy.
On sait où en est la Libye aujourd’hui, en ruines, avec la Charia et divisée par des guerres tribales. Sarkozy n’a d’ailleurs pas été réélu, malgré sa « victoire » libyenne.
C’est sur un tout autre théâtre d’opérations que les Français attendent le président de la République. Le chômage, la dégradation du pouvoir d’achat les préoccupent infiniment plus que l’avenir des Touaregs et de ces immensités désertiques. Hollande peut se faire nommer « Grand-duc de Tombouctou », cela n’y changera rien.

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