Claude Sérillon qui fut, il y a très longtemps, présentateur du journal télévisé de 20 heures vient de se retrouver un emploi stable. Preuve que la lèche et la flagornerie ne sont pas toujours inutiles. Il est embauché à l’Elysée pour améliorer, voire modifier l’image du président de la République.
On est toujours étonné d’apprendre que nos hommes politiques acceptent de se considérer eux-mêmes comme de vulgaires marques de lessive ou de produits déodorants en ayant recours à des professionnels du « marketing » et de la « communication » pour tenter de mieux se vendre et de séduire le chaland avec de petits trucs et de grosses ficelles attrape-nigauds. Sans parler de de Gaulle, bien sûr, on voit mal Jaurès, Clemenceau ou Blum demander des conseils à ce genre des spécialistes pour essayer d’améliorer leur « image ».
Personne n’a d’ailleurs jamais été capable de démontrer que ces « coaches » avaient permis à un président de remonter la pente dans les sondages. Giscard a été le premier à expérimenter la chose. Pour tenter d’atténuer son image de snobinard prétentieux, les « experts » lui avaient conseillé de jouer de l’accordéon, de recevoir, au petit déjeuner, les éboueurs du quartier et d’aller dîner chez des Français dits « moyens ». Le résultat fut, bien sûr, catastrophique.
Il n’y a aucun doute que François Hollande a ce qu’on appelle « un problème d’image ». Il a été élu –et il le sait- parce que les Français ne supportaient plus Sarkozy et que Strauss-Kahn s’était éliminé de lui-même. Autant dire qu’il a triomphé par défaut avec une image en négatif.
Jusqu’alors, son image était d’ailleurs inexistante. Il n’était qu’un apparatchik du PS, rondouillard et connu dans la faune politique pour son goût de la palabre, du verre d’eau à moitié plein et à moitié vide, du compromis, c’est-à-dire de l’indécision. Un « capitaine de pédalo » ou une « petite fraise des bois », comme disaient aimablement ses propres « amis ». Ce n’était pas ce qu’il fallait pour prendre la barre d’un navire en perdition au milieu de la tempête.
Mais il faut reconnaitre qu’il a eu un coup de génie, un moment de grâce absolue pendant le débat de l’entre-deux-tours qui l’opposait à Sarkozy. Il a soudain eu l’air d’un vrai chef en répétant à maintes reprises, en martelant même : « Moi, président, je ceci… », « Moi, président, je cela… ». L’autre, en face, totalement médusé, KO assis, n’a même pas eu l’idée de l’interrompre en lui faisant remarquer que les jeux n’étaient pas encore faits, qu’il ne fallait pas qu’il prenne ses désirs pour des réalités et que les électeurs n’étaient pas assez naïfs pour croire un traitre mot de ce qu’il leur affirmait.
Les Français, eux aussi étonnés, crurent découvrir chez cet homme qu’ils pensaient falot un bonhomme soudain devenu « couillu », comme on dit en Corrèze. Ce soir-là, la partie était jouée. Pendant quelques minutes, Hollande avait eu « l’image » d’un chef d’Etat.
Mais cela n’a, bien sûr, pas duré. Tout est très vitre venu contredire le « Moi, président ». La présence intempestive d’une maitresse souverainement antipathique et qui portait visiblement la culotte, la nomination d’un gouvernement totalement incohérent et surtout cette obsession de vouloir faire de l’anti-sarkozisme en répétant inlassablement « Moi, normal, moi, normal » ont rapidement fait oublier le « Moi, président ».
On a tout de suite retrouvé l’apparatchik timoré nous interprétant tous les refrains de la valse-hésitation, multipliant les volte-face, incapable d’arbitrer entre ses sbires, reculant à la moindre difficulté, disant tout et son contraire, promettant n’importe quoi tout en sachant parfaitement qu’il ne s’agissait que de balivernes.
Non seulement Hollande n’a bénéficié d’aucun état de grâce mais, trois semaines après son entrée à l’Elysée, il était déjà discrédité, disqualifié et semblait sur les rotules. Jamais un président n’avait déçu les Français aussi vite en se montrant tel qu’il était.
On plaint donc le petit Sérillon. Certes, il va avoir un bureau à l’Elysée donnant peut-être même sur les jardins, des secrétaires, une voiture avec chauffeur et, sans doute, un salaire plus que confortable mais sa mission est impossible.
Il va, bien sûr, apprendre à Hollande à faire un noeud de cravate et à rentrer sa manchette droite. Mais pour le reste, c’est-à-dire l’envergure, l’étoffe, la dignité, la crédibilité ?
D’abord, il est trop tard. Hollande nous a trop répété qu’il était « normal ». Or, un type « normal » n’est, par définition, pas apte à être chef d’Etat, garant des institutions, chef des armées, etc., etc. autant de fonctions qui, de toutes évidences, sortent du commun et n’ont rien de normal. A fortiori en période de crise. Comment faire aujourd’hui croire aux Français que ce type désespérément normal, pour ne pas dire médiocre, est… exceptionnel ?
Ensuite, Hollande nous a trop dit et trop démontré qu’il voulait faire de la social-démocratie. Ménager la chèvre et le chou, la croissance et la rigueur, la compétitivité et le partage, le patron et le salarié. Or, cela fait quarante ans que la France, qu’elle soit de droite ou de gauche, fait de la social-démocratie. Comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Du coup, le pays est paralysé, tétanisé, asphyxié, agonisant et tout le monde est mécontent, les chèvres, les choux, les patrons et les salariés.
D’ailleurs peut-on changer l’image d’un chef d’Etat ? Pour les Français, Giscard est toujours resté un faux aristo méprisant, Mitterrand un florentin prêt à tout, Chirac un brave type un peu somnolent, Sarkozy un agité inconséquent. Hollande restera à tout jamais un capitaine de pédalo. C’est inscrit dans ses gênes.
Et c’est désespérant.

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