Jack Lang vient d’être nommé président de l’Institut du Monde Arabe. Celui qui avait cru en 1981 « passer de la nuit à la lumière » ayant été battu à plates coutures lors des dernières législatives, il fallait bien le recaser quelque part.
On ne savait pas, jusqu’à présent, qu’il avait la moindre compétence en ce qui concerne le monde arabe ou la culture islamique mais on doit reconnaitre que la plupart de ses nombreux prédécesseurs n’en connaissait pas davantage, même s’il leur était arrivé, parfois, de s’être fait photographier devant les Pyramides et qu’ils avaient, souvent, l’habitude de fréquenter la Mamounia à Marrakech.
Cela dit, soyons justes. Si pendant son éphémère séjour au ministère de l’Education Nationale, Lang a été aussi mauvais que les autres, il a été un très honorable ministre de la Culture, ne serait-ce que parce qu’il a inventé la Fête de la Musique. D’ailleurs, quand on demande aux Français de citer quelques ministres de la Culture, ils ne se souviennent que de Malraux et de lui.
Mais il y a tout de même quelque chose d’aberrant pour un gouvernement qui veut rabaisser l’âge de la retraite à 60 ans à nommer un homme de 73 ans à un poste qui n’est pas sans importance.
On dira que tous les présidents ont toujours attribué très généreusement des retraites dorés à leurs copains en difficulté. Mais François Hollande s’était, justement, engagé sur l’honneur à changer ce genre de méthodes et à faire valider toutes les nominations à de hauts postes par des commissions ad hoc.
L’Institut du Monde Arabe n’est pas un simple placard de luxe. Financé par Paris et plusieurs pays arabes, il est une petite vitrine qui permet de laisser entendre que la France a des relations particulières avec le monde arabe, du moins dans le domaine culturel.
Il est évident qu’aujourd’hui ces relations deviennent délicates. La politique arabe de la France ne sait plus sur quel pied danser. Paris a totalement « loupé » le début du « Printemps arabe », puis, croyant pouvoir rattraper son retard, la France s’est mise à soutenir les « rebelles »… au nom de la démocratie qu’elle n’avait pas hésité à piétiner pendant des décennies en protégeant les dictateurs locaux. Manque de chance, les rebelles soi-disant démocrates n’étaient que des Islamistes qui voulaient instaurer non pas la démocratie mais la Charia. Et Paris ne s’en était pas douté !
Au nom de nos grands principes dont nous nous souvenions soudain, nous avons laissé tomber Ben Ali, abandonné à son triste sort Moubarak, fait assassiner Kadhafi mais ce sont les Islamistes qui ont le pouvoir aujourd’hui à Tunis, au Caire et à Tripoli et qui font tirer, ces jours-ci, sur la foule aussi bien en Tunisie qu’en Egypte. Nous continuons d’ailleurs à soutenir les rebelles syriens, tout aussi islamistes. Et en même temps nous avons déclaré la guerre aux Islamistes du Mali.
On se demande comment, à son petit niveau, Jack Lang va pouvoir expliquer que la France, terre des Droits de l’homme, se réjouit du triomphe des Frères musulmans et, mieux encore, qu’elle fait une différence entre « bons » (à Tunis, à Tripoli, au Caire et à Damas) et « mauvais » (dans le Sahel ou en Afghanistan) Islamistes.
Jadis, nous avions des diplomates et des universitaires qui connaissaient remarquablement bien et le monde arabe et l’Islam. Aujourd’hui, nous avons des dirigeants qui apprennent ce qui se passe dans ces pays en lisant la presse.
Mais l’essentiel était de caser « Mister Jack ».

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