Contrairement aux apparences, ce n’est pas la question du mariage homosexuel que va poser le débat qui commence aujourd’hui à l’Assemblée Nationale mais la question de l’utilité du Parlement.
Les Français, tout le monde le reconnait, sont divisés sur cet énorme chamboulement de notre société et prétendre qu’ils y sont favorables sous prétexte que François Hollande l’avait annoncé dans son programme et qu’ils l’ont élu est évidemment absurde. Les manifestations de rue ont suffisamment démontré qu’il n’y avait pas unanimité. Les socialistes nous ont d’ailleurs raconté que le vrai débat aurait lieu –comme il convient- à l’Assemblée et au Sénat.
On peut noter au passage que, jusqu’à présent, l’opposition est restée curieusement très silencieuse sur ce dossier pourtant important. Nos pseudo ténors de l’UMP ont préféré laisser la responsabilité de la contestation à quelques farfelus du genre de Frigide Barjot et de ses amis, sans comprendre que des énergumènes de cet acabit déconsidéraient la cause et faisaient, évidemment, le jeu de la gauche. L’Eglise elle-même a d’ailleurs, après quelques dérapages maladroits, freiné des quatre fers de peur, sans doute, d’être accusée d’homophobie en défendant la sainte famille.
La droite entend se rattraper maintenant au Parlement. Elle a préparé plus de 5.000 amendements. Elle joue donc la politique de l’obstruction. C’est de bonne guerre même si cela ne donne pas une image très responsable de nos débats parlementaires.
Nous allons donc avoir deux semaines, dimanches compris, de discussions dans l’hémicycle. L’ennui c’est que tout le monde sait parfaitement que le texte sera adopté à une large majorité, tel que le gouvernement l’a décidé et sans tenir le moindre compte des critiques ou des suggestions de l’opposition. Nous avons droit à un débat mais ce sera un débat totalement inutile, pour amuser le tapis, la galerie et les médias. Un débat « pour du beurre », selon la vieille formule enfantine.
On dira que la règle de la démocratie veut que la majorité ait tous les pouvoirs et que le système de la Vème République permet au gouvernement d’imposer sa loi et ses lois à une assemblée composée de godillots le petit doigt sur la couture du pantalon.
Mais alors pourquoi ne pas supprimer le Parlement et préciser que tout le programme et toutes les promesses du candidat élu à la présidence entreront en vigueur dès son élection ?
Cela fait des années qu’on a totalement oublié Montesquieu, que le pouvoir législatif est à la botte du pouvoir exécutif et que le Parlement n’est plus qu’une chambre d’enregistrement où l’on sait que Guignol l’emportera toujours, quels que soient les coups de bâton qu’il aura reçus.
Il faudra sûrement qu’un jour on ne revienne aux grands principes de la démocratie qui exigent ce qu’on appelle « la séparation des pouvoirs ».

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