Il va être intéressant de voir, dimanche prochain, l’ampleur de la manifestation des opposants au mariage homosexuel. Seront-ils des centaines de milliers à arpenter le pavé parisien, comme l’espèrent les organisateurs ? Dans ce cas, s’il y a bien peu de chance que le gouvernement ait la sagesse de reculer et d’abandonner ce projet que personne, mis à part quelques lobbies homosexuels, ne réclamait, Hollande et ses compères comprendront qu’ils ont eu grandement tort d’essayer d’amuser le tapis avec des réformes dites « sociétales » pour tenter de faire oublier leurs errements économiques.
Quand François Hollande nous avait promis « le changement », la plupart des Français avait compris qu’il voulait s’attaquer au chômage, à la désindustrialisation, à la perte de compétitivité, au déclin économique du pays, ainsi d’ailleurs qu’à l’abime qui se creusait chaque jour davantage entre les plus riches et les défavorisés, qu’au problème du logement et qu’à la décomposition de notre école et de nos hôpitaux. Tout cela supposait une totale et donc courageuse réforme de notre fiscalité, du code du Travail et de notre système de protection sociale. En fait, une totale remise en cause de ce que nous appelons fièrement et sans nous rendre compte de notre ridicule « l’exception française ».
Elu, Hollande a oublié le changement et préféré faire comme les autres, en augmentant les prélèvements obligatoires, en déclarant aux chômeurs qu’il était « à leur côté » mais que l’Etat ne pouvait pas tout et en refilant les grands sujets aux partenaires sociaux et à leurs palabres inutiles.
Mais il a cru qu’il pourrait s’en sortir la tête haute et même laissé une petite trace dans l’histoire en sortant de son chapeau quelques « gadgets » qui jusqu’alors n’avaient « amusé » que les bobos parisiens : le vote des étrangers, le mariage homosexuel, l’euthanasie.
Connaissant mal des Français, le nouvel élu n’avait pas compris que, s’ils pensaient d’abord au problème de l’emploi et à leur dégringolade générale, nos compatriotes ne tolèreraient jamais qu’on détruise, sous leurs yeux, les fondements mêmes de ce qui restait de la Nation, de la famille et de la vie.
Comme son mentor Mitterrand, il a rapidement capitulé pour le vote des étrangers. Mais il s’entête pour le reste. Du coup, les Français descendent dans la rue.
Nous sommes habitués aux grandes manifestations de rue. Avec les grèves, elles font partie de ce « folklore français » qui nous fait juger si sévèrement par les étrangers. Mais il y a « manifs » et « manifs ».
Il y a, d’abord, les manifestations organisées par les syndicats qui, ne représentant plus que 7% des salariés (et encore tous fonctionnaires), n’ont guère d’autre moyen pour faire croire en leur existence que de faire défiler leurs troupes de la Bastille à la République. Ils ne rameutent ces « promeneurs » que contre toute réforme qui oserait toucher à ce qu’ils appellent des « droits acquis » mais qui ne sont, en fait, que « des avantages acquis ». On se souvient des défilés contre la réforme des retraites de Sarkozy ou contre celle de Juppé en 1995.
Il y a aussi, tout aussi traditionnelles, les manifestations des « jeunes ». En réalité, il ne s’agit que d’étudiants (auxquels se joignent maintenant des lycéens et même des collégiens) tous petits favorisés, fils de riches et des beaux quartiers, ravis de participer à ce genre de monôme pour faire râler leurs parents et sans se rendre compte une seule seconde qu’ils sont totalement manipulés. On n’a pas oublié leur chahut contre la loi Devaquet, le projet Balladur ou le CPE de Villepin.
Et puis, beaucoup plus rares, il y a les manifestations qu’on pourrait dire « populaires ». C’est quand « la France du métro à 18 heures », pour reprendre une expression célèbre (de Malraux), celle qui n’est ni encartée ni enrégimentée n’en peut plus et se réveille. La France du 31 mai 1968 qui en avait assez de « la chienlit » des morveux gauchistes de la rue Gay-Lussac et qui remonta les Champs-Elysées pour rappeler de Gaulle. La France qui, ne supportant plus le dogmatisme sectaire de Mitterrand, défendit l’Ecole libre, le 24 juin 1984.
Il faudra observer le visage des manifestants de dimanche prochain pour voir si cette foule n’est composée que d’ « homophobes » invétérés, comme vont sans doute le prétendre nos dirigeant actuels, ou si elle rassemble des Français qui se supportent ce régime à la sauce social-démocrate, faussement bon enfant, qui, par idéologie, fait la chasse aux riches tout en ayant des comptes en Suisse, fait fuir les investisseurs tout en parlant de croissance et prouve chaque jour son incompétence à affronter tous les problèmes du pays.
Le 24 juin 1984, la manifestation ayant pour prétexte la défense de l’Ecole libre avait provoqué la fin de l’ère triomphante des nationalisations de Mitterrand. Ce 13 janvier 2013, en soulignant la fracture qui sépare une majorité de Français du pouvoir, va-t-il marquer une date importante dans ce quinquennat qui commence si mal ?

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