On se demande parfois ce que peuvent bien faire nos ministres alors que le pays sombre chaque jour davantage dans le chômage, l’endettement et l’angoisse.
Eh bien, ce matin, on peut dire qu’ils étaient débordés. A 9 heures pétantes, ils étaient convoqués à l’Elysée. Pour adopter des décisions importantes, faire des choix difficiles, arbitrer et prendre enfin le taureau par les cornes ? Pas du tout. Pour « un séminaire de réflexion sur la relance de l’économie et de l’emploi » (sic !). Ils sont au pouvoir depuis 7 mois, la France est en crise depuis des années et le gouvernement… réfléchit. Le moins qu’on puisse dire est qu’il est, en effet, grand temps que ces messieurs commencent à réfléchir.
A 11 heures 30, ils se retrouvaient tous à Matignon. Pour adopter des décisions importantes, faire des choix difficiles ? Pas du tout. C’était « une réunion de mobilisation » avec « une déclinaison opérationnelle de la feuille de route » (re-sic). Mais les services du Premier ministre avaient prévenu tout le monde : il ne s’agissait « absolument pas d’une réunion assortie de décisions ».
Ils réfléchissent, se mobilisent mais ne prennent pas de décisions. Jean-Marc Ayrault s’est limité à rappeler « les objectifs prioritaires » : inverser la courbe du chômage « avant la fin de l’année », préparer l’avenir « avec une stratégie d’investissements publics et privés », mettre la jeunesse « au cœur de ces priorités ».
Autant dire que le Premier ministre s’est contenté d’ânonner un programme électoral parfaitement irréaliste. Il sait, comme tout le monde, que la courbe du chômage ne sera pas inversée avant la fin de l’année et qu’elle risque même de s’aggraver encore, qu’avec la politique de rigueur les investissements publics vont de réduire comme peau de chagrin et qu’avec sa politique de chasse aux riches les investissements privés vont fuir vers des pays plus hospitaliers.
Quant aux jeunes, ils ont parfaitement compris, dès le premier jour, que les contrats qu’on leur faisait miroiter, qu’ils soient « d’avenir » ou de « génération », ne sont que de la poudre aux yeux, des emplois bidons et précaires payés par la collectivité et une usine à gaz qu’on ne pourra même pas faire fonctionner.
Les Français ne demandent pas à ce gouvernement de « réfléchir » ni même de « se mobiliser ». Ils exigent que cette équipe qui devait nous apporter « le changement maintenant » ouvre les yeux, retroussent ses manches et se coltine avec les réalités en prenant des décisions courageuses. Ils ne veulent pas d’« une feuille de route » qui zigzague dans le labyrinthe de la social-démocratie. Ils veulent que « le capitaine de pédalo » fixe un cap au milieu de la tempête et lance les machines « en avant toute ».
On se demande ce que le fameux « monde de la finance », les agences de notation, les investisseurs de la planète entière vont bien pouvoir penser d’un gouvernement français qui éprouve, aujourd’hui encore, le besoin de réfléchir.
Quant aux Français eux-mêmes, ils commencent à avoir compris. Le tout est de savoir quand et comment ils vont, eux aussi, se mobiliser pour faire savoir que leur déception s’est transformée en colère.
Ils ne vont tout de même tous demander à Poutine la nationalité russe…

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