Il fallait s’y attendre et visiblement nos dirigeants ne s’y attendaient pas. Quand on fait une guerre, il ne faut jamais surestimer ses forces et –encore moins- sous-estimer celles de l’adversaire. C’est l’a-b-c du métier.
Il était évident qu’à l’instant même où l’aviation française allait attaquer les positions des Islamistes au Mali, ces mêmes Islamistes, sachant qu’en face de nos Rafales, de nos Mirages et de nos hélicoptères ils ne pourraient que reculer, allaient lancer une réplique à leur façon, c’est-à-dire organiser des attentats et des prises d’otages, ailleurs, loin du champ de bataille.
Cela n’a pas tardé. Vendredi, François Hollande déclenchait les opérations. Moins de cinq jours plus tard, hier, les Islamistes attaquaient un puits de pétrole en Algérie, à In Aménas, s’emparant de 200 otages, 150 Algériens et 41 occidentaux.
Cette réplique est particulièrement audacieuse. D’abord, techniquement. In Aménas est à plus de 1.500 km du Mali, en principe la frontière qui sépare l’Algérie du Mali est totalement bouclée par l’armée algérienne, en principe, toutes les installations pétrolières sont sous très haute surveillance.
On peut, bien sûr, imaginer que ces assaillants venaient de Libye, plus proche, voire même qu’ils étaient déjà en Algérie. On sait que beaucoup de « djihadistes maliens » sont d’anciens mercenaires de Kadhafi qui se sont dispersés dans le désert avec armes et bagages et que leurs chefs actuels sont souvent des Algériens, anciens du GIA, qui ont mené la guerre civile algérienne pendant une dizaine d’années.
Mais on sait aussi que ces milliers de kilomètres de frontières en plein désert sont totalement incontrôlables et que ces Islamistes ne se considèrent ni comme des Algériens, ni comme des Libyens ni comme des Maliens mais comme des combattants d’Allah, citoyens du monde musulman.
Ensuite, politiquement, cette attaque d’In Aménas est, quelle qu’en soit l’issue, un coup de maître. D’une part, parce que tout le monde a compris qu’elle était une riposte à l’offensive française et que ce n’était sans doute qu’un début, ce qui va, évidemment, calmer l’enthousiasme de tous ceux qui, à Paris, avaient applaudi à l’initiative de François Hollande et qui vont maintenant redouter que le terrorisme ne dégénère en France même.
D’autre part, parce que s’attaquer au pétrole et prendre 41 otages étrangers, c’est, tout aussi évidemment, défier et effrayer toute la communauté internationale qui va, rapidement, reprocher à la France d’avoir voulu jouer, comme autrefois, « les gendarmes de l’Afrique » et au président français lui-même auquel personne ne demandait de prendre la tête d’une croisade contre l’islamisme d’avoir mis le feu aux poudres.
Enfin, il est évident que « les fous de Dieu » ont un vieux compte à régler avec le régime algérien et que s’ils reprochent officiellement aujourd’hui à Bouteflika d’avoir autorisé les avions de guerre français à survoler le territoire algérien, ils veulent aussi relancer leur combat algérien.
Rares furent ceux qui, dès la semaine dernière, osèrent rappeler que le terrorisme islamiste ne se limitait pas à quelques bandes de rebelles guerroyant dans les dunes. Répétons-le indéfiniment, les terroristes islamistes ne sont que l’avant-garde d’une armée gigantesque qui se réveille, qui a un trésor de guerre fabuleux (toutes les richesses des monarchies du Golfe), des bases innombrables (de l’Atlantique au Pacifique), sa 5ème colonne (dans toutes les banlieues européennes et américaines) et qui a déclaré la guerre à l’Occident « judéo-chrétien ».
On peut nous raconter n’importe quoi, que l’écrasante majorité des Musulmans n’a rien à voir avec les Islamistes, que les souverains du Golfe sont nos « amis », que « nos » Musulmans ne souhaitent que pouvoir bénéficier de tous les avantages de notre civilisation, que l’Islam se modernise et même s’occidentalise, il n’empêche –et le « Printemps arabe » l’a bien démontré- que, chaque fois que ces peuples ont pu choisir librement leur destin, ils ont basculé dans un Islam radical.
Et ce n’est pas parce que notre propagande officielle nous affirme aujourd’hui que les Frères musulmans sont des « modérés » (sic !) qu’il faut croire que ceux qui ont pris le pouvoir à Tunis, à Tripoli, au Caire et qui vont sans doute finir par le prendre à Damas n’ont pas comme premier objectif la chute de l’Occident et de ses valeurs et le triomphe de l’Islam à travers la planète. On ne peut d’ailleurs pas reprocher à des croyants de vouloir la victoire de leur foi. Mais il faut le savoir…
Ce n’est qu’un détail mais il est diablement révélateur. Hier, toute la journée, des foules de manifestants ont conspué la France devant le Consulat français d’Istanbul. Or, la Turquie qui souhaite faire partie de l’Europe est l’un des pays musulmans les plus occidentalisés.
Et c’est avec une escadrille et 2.500 soldats d’élite que ce pauvre François Hollande qui ne connait visiblement ni son histoire, ni sa géographie ni même l’actualité, compte arrêter cette marée aussi montante que menaçante !
En voulant sauver le Mali et éradiquer le terrorisme islamiste de l’Afrique sahélienne, le président de la République pourrait bien avoir donné un prétexte à ces fameux Islamistes pour mobiliser une nouvelle fois les foules musulmanes et, cette fois, carrément, contre la France. Car, contrairement à ce qu’on pense à l’Elysée, les Musulmans ne considèrent pas que les Islamistes ne sont pas des Musulmans…

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