Le président de la République reçoit les familles des otages français détenus par les rebelles maliens. Le président de la République reçoit les opposants au mariage homosexuel. L’Elysée va donc nous affirmer que François Hollande est « à l’écoute » des Français inquiets, que ce soit pour leurs proches perdus dans les sables du Sahel ou pour les chamboulements « sociétaux » qu’il veut imposer au pays.
Qu’un chef de l’Etat soit « à l’écoute des inquiétudes » de ses concitoyens est évidemment une bonne chose. On pourrait dire que c’est indispensable et même la moindre des choses.
L’ennui avec Hollande c’est que, s’il est « à l’écoute », il est sourd comme un pot.
Naturellement, il va dire aux parents des otages qu’il compatit à leurs angoisses et aux opposants au mariage pour tous qu’il a entendu leurs arguments. Mais, en fait, il va surtout leur faire comprendre, à demi-mots, aux uns et aux autres, qu’il se contrefout et de leurs inquiétudes et de leur opposition.
Même s’il nous raconte que l’intervention des troupes françaises au Mali pourrait faciliter une issue heureuse pour les otages en effrayant ceux qui les détiennent, il sait parfaitement que, sauf miracle, il les a condamnés en se lançant dans cette opération militaire contre eux.
Son approbation de la méthode algérienne pour régler le problème de la prise d’otages à In Aménas s’explique, bien sûr, par le souci qu’il a de ménager Alger pour que nos avions qui ravitaillent nos soldats au Mali puissent continuer à survoler l’Algérie mais elle prouve aussi qu’à ses yeux, quand on fait la guerre –et notamment aux terroristes- on n’a pas à tenir compte de la vie de quelques otages dont la mort est simplement à mettre dans les profits et pertes.
Oubliant la belle phrase de Malraux : « La vie d’un homme ne vaut rien mais rien ne vaut la vie d’un homme », Hollande estime que la raison d’Etat peut justifier le sacrifice de quelques innocents.
On peut en discuter. Mais alors on ne reçoit pas les familles de ceux qu’on s’apprête à sacrifier en leur racontant qu’on va tout faire pour les sauver.
La réception des adversaires du mariage homosexuel est, certes, moins dramatique mais tout aussi révélatrice de la méthode Hollande. Il va leur dire qu’il s’était engagé, tout au cours de sa campagne présidentielle, à faire cette réforme, que les Français étaient donc prévenus, qu’ils l’ont élu en toute connaissance de cause et que d’ailleurs aujourd’hui les sondages démontrent qu’une majorité de Français est favorable à cette « avancée ».
Il les reçoit parce qu’il est un homme de dialogue, toujours à la recherche des consensus, mais… il s’assoit de tout son poids sur leurs protestations.
François Hollande ne fait pas de la concertation, il fait… des mondanités.
Là aussi, on peut dire qu’un chef d’Etat n’a pas à céder devant l’inquiétude de quelques-uns et à renoncer à « sa » politique devant la rue.
Mais alors, là encore, pourquoi faire semblant ? Certains diront qu’il est courtois et accepte de recevoir même les mécontents. En fait, comme ses erreurs de géo-stratège et son sectarisme de vieux socialiste lui interdisent d’écouter aussi bien les familles de nos otages que les opposants au mariage pour tous, il perd son temps et fait perdre le leur à ses interlocuteurs.
Mais il s’imagine sans doute que ce sera bon pour son image. Un président qui palabre avec tout le monde et qui n’en fait qu’à sa tête. Oui, un mondain…

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