Personne ne sait si Florence Cassez est innocente ou coupable dans les affaires d’enlèvements crapuleux dont elle était accusée mais tout le monde se réjouit, bien sûr, que la justice mexicaine ait finalement reconnu que le procès de la Française avait été truqué et qu’après sept ans de prison la jeune femme ait enfin été libérée.
Ce qui est choquant c’est la bataille de chiffonniers que se livrent, déjà, la droite et la gauche à propos de ce fait divers qui se termine bien. « C’est grâce à Sarkozy qu’elle a été libérée », proclament les uns. « Non, c’est grâce à Hollande », rétorquent les autres.
En fait et bien sûr, ce n’est pas le changement de locataire de l’Elysée qui a permis ce dénouement heureux mais le changement de président… à Mexico. L’ancien, Felipe Calderon, obsédé par la montée de la criminalité dans son pays et harcelé par les familles des victimes des innombrables enlèvements, ne voulait rien entendre à propos de l’éventuelle innocence de la Française. Le nouveau, Enrique Pena Nieto, élu le 1er décembre dernier, souhaite visiblement redonner à la justice de son pays une image plus conforme à une démocratie, or personne ne pouvait contester que Florence Cassez n’avait pas bénéficié de tous les droits reconnus généralement à l’accusé.
Cela dit, il est incontestable que Sarkozy et Hollande ont, l’un et l’autre successivement, « tout fait » pour obtenir la libération de Florence Cassez dont l’histoire avait été particulièrement médiatisée. Mais chacun selon sa méthode. Sarkozy en tapant du pied, en montant sur ses grands chevaux et en menaçant, Hollande en se faisant tout petit, en pleurnichant et en laissant surtout agir nos diplomates présents au Mexique.
Selon les circonstances, l’une ou l’autre de ces méthodes peut avoir des résultats. Tout dépend de l’interlocuteur.
Sans parler de la libération des infirmières bulgares détenues par Kadhafi (obtenue par la Commission européenne et non pas par Cécilia), ni de celle d’Ingrid Betancourt (obtenue par l’armée colombienne), ni de celle de nos otages au Proche-Orient (obtenue par nos services secrets moyennant de fortes rançons), on se souvient que Sarkozy avait obtenu l’expulsion des « charlots » de l’arche de Zoé, incarcérés à N’Djamena pour une affaire de trafic de faux orphelins. Mais c’était au Tchad et Paris qui soutient à bout de bras la dictature locale pouvait se permettre d’être menaçant avec le tyranneau du cru.
Dans l’affaire de Florence Cassez, l’erreur de Sarkozy a, évidemment, été de prendre le Mexique pour un pays sous-développé et le président Felipe Calderon pour un vulgaire Idriss Deby. Nous avons été à deux doigts de la rupture des relations diplomatiques avec Mexico.
En fait, il faudrait surtout que la gauche cesse de rendre Sarkozy responsable de tous les problèmes que François Hollande n’arrive pas à régler aujourd’hui et qu’en même temps la droite comprenne, quand une bonne nouvelle arrive, que Sarkozy n’est plus dans le coup.
Huit mois après l’élection présidentielle, Sarkozy n’est plus responsable (ni donc coupable) de rien et ne peut donc se vanter d’aucun succès, même diplomatique. Et Hollande qui a tous les pouvoirs doit assumer totalement la situation et c’est lui et lui seul qui, dans certains cas, trop rares, peut recevoir d’éventuelles félicitations.
Aujourd’hui, Sarkozy n’a pas à remercier Calderon mais Hollande peut remercier Nieto.
Et on aimerait bien qu’après nous avoir abreuvés jusqu’à plus soif de l’affaire Depardieu, du mariage homosexuel, du Mali, du drame d’In Aménas et de la neige, la presse française ne fasse pas toutes ses « unes » et toutes les ouvertures de tous les journaux télévisés de toutes les chaines uniquement avec la libération de cette jeune femme qui -ose-t-on le rappeler ?- n’a pas été libérée parce qu’elle était innocente mais parce que son procès n’avait pas respecté les règles les plus élémentaires.
Il se passe sans doute d’autres choses actuellement dans le monde et peut-être même en France. Du côté des usines Renault, par exemple.

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