Personne n’est obligé de lire Libération mais sa lecture est parfois intéressante pour voir jusqu’où peut aller la mauvaise foi des « amis du pouvoir ».
Dans son éditorial d’aujourd’hui, le quotidien, créé par Jean-Paul Sartre mais appartenant à Edouard de Rothschild, affirme que le Mali n’a rien à voir avec l’Afghanistan sous prétexte que des habitants de Bamako ont accueilli avec enthousiasme les premières troupes françaises débarquant dans la capitale malienne.
L’argument est un peu court. Nos soldats venant défendre les Sudistes contre les Nordistes, il n’est pas étonnant que les Sudistes en question acclament ce secours inespéré. Pour les reste, et même si comparaison n’est pas raison, il faut bien dire que le Mali ressemble étrangement à l’Afghanistan.
D’abord, le paysage. Du désert et des montagnes à perte de vue dans lesquels une armée venue d’ailleurs a bien peu de chance de s’y retrouver. Ensuite, la population. Dans un pays épouvantablement pauvre, une mosaïque inextricable de tribus et d’ethnies aux langues et aux cultures différentes qui se sont toujours affrontées mais qui peuvent, du jour au lendemain, se rassembler pour peu qu’un ennemi arrivant de l’étranger envahisse leur région. Enfin et surtout, le fond du problème.
L’Occident s’est lancé dans la guerre d’Afghanistan pour faire payer aux Talibans qui étaient au pouvoir à Kaboul les attentats du 11 septembre et écraser « le terrorisme islamiste ». Or, qui dit « terrorisme islamiste » dit évidemment « Islamisme » et, malgré toutes les explications emberlificotées de tous nos dirigeants, personne n’a jamais pu établir avec précision les différences qui pourraient exister entre « l’Islamisme » et « l’Islam ».
Pour le monde musulman dans son ensemble, en partant en guerre contre les Talibans, l’Occident entreprenait une nouvelle croisade contre l’Islam. On a vu, de Rabat à Djakarta, des foules brûler des drapeaux américains au sortir des mosquées. Et la victoire des Islamistes, même déguisés avec un faux nez de Frères musulmans, à Tunis, Tripoli et au Caire n’a fait que renforcer cette haine des Musulmans contre cet Occident capitaliste, impérialiste et judéo-chrétien.
On nous dit que les rebelles maliens ne sont que des terroristes trafiquants de drogue, les uns nomades touareg revendiquant leur indépendance, les autres anciens mercenaires de Kadhafi sans foi ni loi, à la recherche de mauvais coups.
On ne nous dit pas que l’écrasante majorité des Maliens est composée de musulmans salafistes, c’est-à-dire plus ou moins wahhabites (comme l’Arabie saoudite), que de nombreux dirigeants des bandes qui règnent dans tout le nord du Mali ont fait leurs études (religieuses) en Arabie saoudite et surtout que, pour les Salafistes, la Guerre sainte contre les infidèles est une obligation aussi impérative que les cinq prières quotidiennes ou le pèlerinage à La Mecque.
On accuse ces terroristes du Nord d’avoir imposé la Charia dans toute la zone qu’ils contrôlent, de lapider les femmes adultères, d’amputer les voleurs et d’avoir détruit les tombeaux des Saints de Tombouctou.
On oublie de préciser que ce sont-là les règles du Salafisme qu’appliquent à la lettre nos « amis » wahhabites de toute la péninsule arabique et qu’aucun bon Musulman ne peut tolérer l’idolâtrie et le culte de saints qui s’immisceraient entre Dieu et le fidèle, même si l’Unesco a classé leurs mausolées.
Il faut toujours se méfier quand on emploie le mot « fanatique ». Bernanos disait : « Le fanatisme c’est la foi de l’autre ». Et quand on parle de « terroristes », il ne faut pas oublier qu’un bon nombre de gouvernements aujourd’hui reconnus par tous étaient, hier, des terroristes
En lançant nos troupes d’élite contre des bandes de « terroristes » qu’il prend pour des bandits de grands chemins, François Hollande n’a pas compris qu’il déclarait en fait la guerre au Salafisme, c’est-à-dire à l’Islam qui domine tout le Sahel et avec lequel sont, inévitablement, au moins solidaires d’innombrables Musulmans. 2.500 hommes et « le temps qu’il faudra » ne seront sûrement pas suffisants.
Oui, le Mali ressemble étrangement à l’Afghanistan. Ce qui n’augure rien de bon.

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